MODEM: «NOTRE CRÉDIBILITÉ DE CENTRISTES COMMENCAIT À MARCHER»

A 20h00 au siège du Mouvement Démocrate, alors que les premières estimations tombent et que le MoDem est placé en quatrième position, largement sous la barre des 10%, c’est un sentiment de déception qui remplit le 133 bis rue de l’université, où seule une poignée de militants se sont réunis. On s’embrasse, on se prend dans les bras, on tente de se réconforter. « On ne s’attendait pas à tel résultat », déclare une jeune militante parisienne. Il y a eu « un changement de cap » ressenti « la semaine dernière », lance un autre, la trentaine, déjà militant à l’UDF avant de passer au MoDem. Il fait référence à la chute dans les sondages du parti et de son chef, passé du rang de troisième au quatrième homme. Il revient sur le débat entre Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou sur le plateau d’Arlette Chabot. « Il a craqué » concède-t-il. Mais ne semble toutefois pas être déçu par le Béarnais. Et la plupart des militants présents ne souhaitent pas commenter l’épisode. Ils estiment qu’il «est « trop tôt » pour analyser la débâcle de leur parti. Aucun des candidats ne se montre. Seule une ancienne tête de liste aux élections municipales dans le premier arrondissement parisien s’attarde sur le résultat. « On a encore un gros travail à faire », estime-t-elle. « On n’a pas été suffisamment présent », poursuit-elle. Elle donne l’exemple de la loi Hadopi. « Les membres du parti étaient tous contre, on ne l’a pas assez dit », déclare-t-elle. Elle avoue être « déçue, triste pour le MoDem et François Bayrou », dont elle estime qu’il avait pourtant fait « une campagne extraordinaire ». « Notre crédibilité de centristes commençait à marcher » auprès des citoyens rencontrés durant la campagne, se désole-t-elle. Finalement tout ce petit monde s’attarde sur la diffusion du film Home de Yann Arthus Bertrand, vendredi 5 juin, jugée en parti responsable de la fièvre écologique qui semble s’être emparée du scrutin européen.

LIBERTAS: «LES FRANCAIS SONT DEBILES»

Au quartier général de Libertas, le rassemblement du Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers et de Chasse, pêche, nature et tradition (CPNT) de Frédéric Nihous, « on n’est pas déçu, on est en colère », déclare un jeune, responsable des «Jeunes pour la France» à Lyon. Leur parti est à seulement 4,6% des voix, et ne remporte qu’un seul siège à Strasbourg, celui du Vendéen Philippe de Villiers. Ce sont environ une trentaine de personnes, des jeunes et des familles, qui, malgré tout, profitent du buffet et boivent quelques coupes de champagne. « Les Français sont débiles ! », estime une femme d’une cinquantaine d’années, qui fait campagne avec Philippe de Villiers depuis la première fois où il s’est présenté au scrutin européen. « C’est un type qui fait des trucs incroyables dans sa région », lance-t-elle.Comment analyser ce revers ? « L’UMP a fait campagne sur nos idées », lance un jeune responsable lyonnais. Il fait référence au refus de voir la Turquie entrer dans l’UE, clairement affiché par Nicolas Sarkozy et ses troupes. Il y a aussi eu « un despotisme des médias », lance-t-il, qui selon lui ne se sont pas intéressés au programme de Libertas durant la campagne. « On n’a pas pu convaincre », explique un autre jeune militant, César, 20 ans, qui a fait la campagne en Ile-de-France. Très peu de journalistes se sont rendus ce soir au 84 rue de grenelle. « Étant donné les circonstances ce n’est pas si mal», relativise César. Il revient sur la campagne du MPF pour le « non » au traité constitutionnel de 2005, qui « avait très bien marché », selon lui. « L’UMP a retenu la leçon. »De son côté Thibaut Vincendeau, responsable des jeunes pour la France, déclare n’avoir « aucun regret ». A deux exceptions près. La première concerne le fait « de savoir que le peuple français a voté massivement pour ceux qui disaient vouloir faire une Europe qui protège, mais qui font passer en force le traité de Lisbonne au-dessus des démocraties ». La deuxième « porte sur ce phénomène soixante huitard » qu'est, pour lui, le leader de la liste Europe écologie. « Cohn-Bendit, c'est la France de la chienlit ! »Dans un coin, deux militants, la trentaine, discutent. « Marre de faire des soirées électorales et de perdre », lance l’un. Interrogé sur sa remarque et sur les conséquences de ce score pour le rassemblement, il se reprend. « On rigole entre nous ». « C’est Philippe qui décidera. »

LE PS SOUS LE CHOC

A Solferino, on est un peu sous le choc des résultats. Troisième de la liste socialiste en Ile-de-France, Aurélie Filippetti décrit «un séisme», comparable à celui de 2002. « C’est une énorme claque » pour le Parti socialiste, estime Chahra, 24 ans qui fait partie du bureau national du Mouvement des jeunes socialistes (MJS). « La division de la gauche nous à fait mal. Charha fait référence au succès des listes du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon et à celui du rassemblement Europe écologie.

Thomas Petit, 17 ème sur la liste conduite par Harlem Désir en Ile-de-France, préfère s’attarder sur l’abstention, « échec pour toutes les formations politiques», analyse-t-il. Et ceux qui sont allés voter? «Une large majorité s’est prononcée contre Sarkozy, contre le libéralisme», poursuit-il.

Or, justement, le contexte de crise économique aurait pourtant dû être favorable à la gauche. « Je crois que les gens ne sont pas convaincus que l’Europe soit le bon levier », pour y répondre estime-t-il.

Constat un peu plus critique du côté de Bruno Julliard, secrétaire national chargé de l’Education. « Il y a une très forte aspiration au changement et à la création d'une alternance aux politiques libérales de la droite. Malheureusement, le Parti socialiste n'apparaît pas comme la force leader et fédératrice de cette opposition. »

Et quelles leçons à tirer pour la première secrétaire du parti? Charha rend « hommage » au travail de Martine Aubry. Pierre, qui milite aux MJS à Paris, estime que celle qui tient les rênes du PS depuis le congrès de Reims a fait preuve de « courage », ce soir. « Elle aurait pu accuser les autres partis », comme Europe écologie, d’être responsable de la chute du PS, mais ne l’a pas fait, souligne-t-il.

Si la première secrétaire ne semble donc pas pour l’instant remise en cause il en va différemment de la stratégie du parti. « Il faut transformer le PS du sol au plafond », estime Aurélie Filipetti, qui garde le sourire même si elle ne siègera pas à Strasbourg. Il faut « des idées, un projet, renouer avec le monde associatif, intellectuel, syndical, aller travailler avec les autres formations de la gauche. On a manqué d'ambition dans cette campagne », conclut-elle.

D’autres préfèrent ironiser. « Et le PS mal parti, plus gaillard que jamais, s’élance vers de nouvelles aventures », lance un militant. « C’est le début d’une autre histoire », conclut un autre.