Depuis des mois, on disait du scrutin européen qu’il serait sans surprise. L’abstention devait être la grande gagnante du 7 juin. Avec 40,1% de participation, c’est effectivement le cas: elle est un peu plus forte qu’en 2004.

Raz-de-marée écologique

Mais les résultats des élections européennes cuvée 2009 ont malgré tout beaucoup surpris en France. Si l’UMP arrive, comme prévu, en tête avec un confortable score de 26%, autour de minuit, les estimations faisaient état d’un véritable ras-de-marée écologique. Les listes Europe écologie de Daniel Cohn-Bendit et ses amis talonnent en effet le PS, avec 16,2% des suffrages.

Quant au parti socialiste (PS) dirigé par Martine Aubry, il plonge largement avec un score inattendu de 16,8%. Alors que les sondages lui ont prédit, tout au long de la campagne, une troisième place et des intentions de vote entre 11 et 15%, le MoDem est relégué au quatrième rang avec 8,5% des voix. 

Même si les chiffres sont encore à confirmer, l’UMP devrait disposer d’une trentaine de députés européens, tandis qu’Europe écologie et le PS devraient chacun avoir 14 sièges à Strasbourg. Le MoDem devrait quant à lui compter six élus, le Front de Gauche quatre, le Front national trois. Le NPA et Libertas disposeront probablement d’un siège chacun.

Des figures politiques quittent le Parlement

Conséquence de ces résultats inattendus, plusieurs grandes figures du Parlement européen devraient prochainement quitter Strasbourg. L’un des spécialistes de la politique régionale de l’hémicycle, le MoDem Jean-Marie Beaupuy, ne siégera plus à Strasbourg. Il paye ainsi son parachutage dans une région difficile, parce que dotée de seulement cinq sièges. C’est le candidat d’Europe écologie, Jean-Paul Besset, qui est élu.

Idem pour le porte-parole du PS Benoît Hamon qui, compte tenu du faible score de son parti en Ile-de-France (moins de 15%), risque fort de devoir quitter le Parlement européen. Dans la région, Bernard Lehideux (MoDem) dit également au-revoir à l’hémicycle strasbourgeois. 

Dans quel groupe siégera le MoDem?

A l’heure où le MoDem est en plus mauvaise posture que jamais, la tête de liste dans le Nord, Corinne Lepage, propose une grande alliance entre démocrates et écolos du Parlement européen. En clair, elle suggère que le MoDem quitte l’ADLE pour siéger au groupe des Verts/ALE. Une situation qui n’est pas totalement à exclure, estime-t-on du côté des verts du Parlement. Même si la proposition de l’ancienne ministre n’a reçu aucune réponse officielle, pas plus du MoDem que des Verts européens. Pour l’anecdote, si cette suggestion se réalisait réellement, Europe écologie et le MoDem pourraient donc siéger dans le même groupe. Une situation qui laisse rêveur après la vive altercation entre le président du MoDem, François Bayrou, et le leader des Verts, Daniel Cohn-Bendit, le 4 juin dernier sur France2.

Avec un potentiel de 270 sièges environ, le PPE-DE reste donc majoritaire au Parlement européen. La droite ne dispose cependant pas d’une majorité absolue. Les conservateurs britanniques emmenés par David Cameron ont déjà indiqué leur volonté de quitter le PPE-DE pour former un nouveau groupe parlementaire. (EurActiv.fr 3/06/2009). Cette séparation ne devrait cependant pas trop peser sur les votes. « Politiquement ils sont d’accord avec nous sur de nombreux sujets », estime un collaborateur du PPE-DE. 

Quelles alliances au Parlement européen?

La question des alliances va néanmoins se poser pour la droite. Le bureau du PPE-DE doit se réunir, mercredi 10 juin, afin d’étudier cette question, a indiqué le président du groupe, le Français Jospeh Daul. L’alliance traditionnelle avec l’ADLE pourrait être renouvelée. 

De son côté, le chef de l’ADLE, Graham Watson, a indiqué lors de la conférence de presse, qu’il n’excluait aucune possibilité, tout en précisant : « Nous sommes disposés à travailler avec tous les groupes afin d’amener une coopération idéologique. Nous ne voulons plus d’une coopération technique entre les différents formations ». Une manière de dire que la politisation du travail du Parlement doit devenir une réalité.

L’élection du président du Parlement européen fera également l’objet de tractations dans les prochaines semaines. Au PPE-DE, deux personnalités se sont portées candidates : l’Italien Mario Mauro et le Polonais Jerzy Buzek. Là encore, rien n’est réglé. Le président doit être élu par les députés réunis pour leur première assemblée plénière, qui aura lieu le 14 juillet prochain. « Nous avons indiqué que nous reprendrions ce débat après les élections. Si nous ne trouvons pas de solution, la démocratie les départagera », a précisé Jospeh Daul.  

La reconduction de Barroso paraît certaine

La victoire de la droite aux européennes pourrait en outre assurer la reconduction du président de la Commission sortante, José Manuel Barroso. Le Parlement européen approuve en effet la nomination du président de l’Exécutif européen dont le nom est proposé par le Conseil de l’UE. Or une majorité d’Etats membres s’est déjà prononcée en faveur d’une reconduction de M. Barroso. «Nous avons toujours dit que nous soutiendrions M. Barroso, notre position n’a pas changé », a indiqué Joseph Daul le soir des résultats. Reste à savoir quel sera le calendrier. 

La France semble vouloir attendre le référendum irlandais sur le traité de Lisbonne qui doit avoir lieu à l’automne. De son côté, le président sortant insiste pour que le calendrier soit respecté. C’est-à-dire que sa nomination soit officiellement proposée lors du Conseil européen des 18 et 19 juin prochains. L’avenir du gouvernement de Gordon Brown pourrait en outre avoir un impact sur ce sujet. Le chef des Tories, David Cameron, a en effet indiqué qu’en cas de victoire de son camp à d’éventuelles élections législatives anticipées à l’automne, il procéderait à un référendum sur le traité de Lisbonne.