Reportages ou entretiens : EurActiv.fr a suivi six têtes de listes de différents partis français présents aux élections européennes. Cette semaine, rencontre avec Christophe Béchu, président du Conseil général du Maine-et-Loire et tête de liste dans l'Ouest pour l'UMP.

Positions
Union pour la Majorité Présidentielle
page EuropeAutre
Site internet de Christophe Béchu pour les élections européennes
Aujourd’hui, les questions nationales centrées autour de la crise et des difficultés des entreprises relèguent au second rang la question des élections européennes. Il y a un certain paradoxe : alors que la crise montre plus que jamais à quel point l’Europe peut être la bonne échelle pour construire des réponses, elle atténue la vue que nous avons sur les élections européennes. Alors que le contexte national n’a jamais été aussi favorable pour que l’on parle d’Europe, on sent que la campagne n’est pas la première préoccupation des gens. Pour autant, dès que nous engageons le débat en précisant qu’il ne peut pas y avoir de réponse nationale à une crise mondiale, il y a évidemment une certaine réceptivité.
Nous ne sommes pas dans une crise liée à des décisions prises en France. Cette crise est liée à la faillite d’un système sur le plan mondial, qui a des conséquences internationales. Les réponses sont internationales, et donc au minimum continentales pour définir une position qui nous permettra de peser sur les grandes questions à la fois de refondation du capitalisme, mais même au-delà.
Qui rencontrez-vous quand vous menez campagne?
Il y a trois types de profil. Tout d’abord, il y a des militants. A partir du moment où le grand public n’est pas encore mobilisé, il faut multiplier les relais de terrain qui vont faire en sorte de sensibiliser autour de vous.
Deuxième type de rencontres : les réseaux des maisons de l’Europe, les cercles européens, ou les médias qui s’intéressent aux questions européennes de longue date.
Troisième type de personnes : celles directement concernées par les politiques européennes. J’ai beaucoup rencontré d’agriculteurs, notamment au cours du congrès national de la FNSEA dans ma circonscription. Il est plus simple d’aller discuter de questions européennes, avec des pêcheurs, des agriculteurs, ou des chefs d’entreprise, car ils mesurent tout de suite ce que sont les enjeux du scrutin du mois de juin.
Mais comment fait-on pour parler d’Europe aux citoyens non initiés ?
Il faut d’abord faire preuve de pédagogie. Même si cela devrait plutôt avoir lieu entre les campagnes électorales pour aider à faire la différence entre les listes qui se présentent.
Le déficit de pédagogie sur l’Europe en temps normal oblige à reposer un certain nombre de questions. De ce point de vue là, la nature de la campagne sur le référendum sur la constitution européenne, en 2005, n’a pas aidé à clarifier les choses. On ne s’est pas posé les questions fondamentales sur l’élargissement, sur l’équilibre constitutionnel à 27, sur la nécessité de conduire des politiques plus intégrées et plus ambitieuses dans les domaines de l’industrie, de la recherche, de l’innovation,… Pour beaucoup de gens, nous avons juste voté pour ou contre le plombier polonais.
Il faut expliquer les mécanismes de prise de décision: le rôle du Conseil des ministres, le poids du Parlement européen, le mécanisme de la codécision… C’est absolument nécessaire. Tous les candidats doivent le faire, quel que soit notre parti.
Vous parlez de manque de pédagogie. Est-ce la faute des politiques nationaux?
Peut-être en partie, mais pas seulement. L’Europe donne parfois des bâtons pour se faire battre. Pendant très longtemps, beaucoup avaient tendance à dire que ses décisions nous étaient imposées.
Les séances parlementaires sont moins sexy à Strasbourg qu’à Paris. Les députés ne s’apostrophent pas entre eux, ils sont confrontés à la barrière des langues et ne peuvent pas faire claquer les pupitres. Personne ne va, non plus, chanter l’hymne européen au pied du perchoir. En bref, les clivages sont moins évidents et les choses moins théâtralisées.
Par ailleurs, dans beaucoup de domaines, l’UE élabore des règles a minima qui n’ont pas forcément d’implications en France. Par exemple, les débats du Parlement sur la fixation d’un plafond de travail hebdomadaire à 62 ou à 48h n’intéresse pas les Français. La nature des questions qui sont abordées rend plus complexe leur traduction d’un point de vue médiatique.
Ce qui renforce cette impression, c’est la désincarnation de l’Europe politique à travers une présidence tournante tous les six mois. L’incarnation de l’Europe avec une présidence fixe, donnerait un peu de chair aux débats.
Quant au fait de déplorer une décision de l’UE, on assiste au même type de discours de la part des maires envers les intercommunalités. Ce n’est pas propre au plan national.
Comment lutter contre l’abstention?
La première des choses, c’est de savoir quel est notre idéal. A 35 ans, je fais partie d’une génération qui ne fait pas campagne sur le thème : l’Europe c’est la paix. Personne, dans la jeune génération, ne peut dire que le maintien de la paix est la raison pour laquelle il va voter le 7 juin.
Quels sont les projets sur lesquels nous sommes capables de mobiliser? Pendant longtemps, on a été capable d’oublier les lourdeurs, les pesanteurs et les dysfonctionnements parce qu’il y avait un idéal capable de sublimer les petites contraintes quotidiennes.
Mais aujourd’hui, comme il n’y a pas de vision claire de l’idéal que nous pouvons poursuivre, nous ne voyons plus que les difficultés.
Nous manquons d’une Europe de la preuve. On retient davantage la transposition de la directive européenne que la directive européenne elle même. Faute de consensus, l’Europe s’est résumée à un processus d’élargissement qui a rendu plus complexes les décisions continentales.
La question de la Turquie est assez emblématique de l’Europe que nous voulons construire. Si nous sommes opposés à l’entrée de la Turquie en Europe, c’est parce que nous ne pouvons pas à la fois expliquer que l’on souhaite une Europe plus efficace et capable de conduire de nouvelles politiques, et nous prononcer pour une Europe sans frontières. Une Europe sans limites signifierait forcément une Europe sans projet.
Si j’étais anti-européen, je serais pour une entrée de la Turquie dans l’Europe. C’est le meilleur moyen de fuir toute possibilité de se mettre d’accord sur une politique commune.
Pourquoi la campagne a-t-elle eu tant de mal à démarrer à l’UMP?
Nous sommes en campagne depuis le 24 janvier. Mais nous avons plusieurs niveaux de difficultés: les budgets de campagne ne sont pas colossaux. Le plafond est à 1,2 millions d’euros par liste. Pour ma part, j’ai 13 départements et 8,4 millions d’habitants. Le plafond pour les élections municipales dans une ville de 150 000 habitants, c’est 200 000 euros.
Avec 1,2 million d’euros, quand on veut faire une campagne sobre, c’est-à-dire dépenser environ 50% de cette somme, on ne distribue pas un document de programme toutes les semaines dans les boîtes aux lettres.
Deuxième chose: quel est l’intérêt d’aller faire une campagne au moment où ça ne correspond pas au sujet d’intérêt majeur des gens ?
Comment concilier votre travail de président du Conseil général et celui de député européen?
Je vais me décharger d’un certain nombre de responsabilités : le leadership de l’opposition municipale à Angers, mais aussi d’autres responsabilités locales.
De plus, je vais revoir mon agenda et mon emploi du temps. Aujourd’hui, je fais de la politique à plein temps. Tous les jours, j’ai à la fois des moments qui sont des moments de travail sur des dossiers, et des déplacements sur le terrain.
A partir de juin, je compte bien mettre à profit mes temps de trajet et mes soirées non occupées à Bruxelles et à Strasbourg, pour les consacrer aux dossiers locaux, afin que mon temps de présence dans le Maine-et-Loire soit avant tout un temps d’audience et un temps de présence sur le terrain.
Que pensez-vous de l’éviction d’Alain Lamassoure?
Je pense qu’Alain Lamassoure est quelqu’un qui a beaucoup compté à Bruxelles. S’il peut y retourner, c’est une bonne chose. De la même manière, le choix de Jean-Paul Gauzès en troisième place dans la circonscription du Nord-Ouest est une très bonne chose, étant données ses compétences, notamment sur les questions financières.
Mais je comprends qu’un parti politique considère que le sortant ne soit pas, de droit, celui qui va conduire la bataille d’après.
Dans quelle commission parlementaire voudriez-vous siéger?
J’ai des espoirs et des attentes. Siéger dans la commission des affaires sociales, celle du marché intérieur ou à la commission agriculture m’intéresserait beaucoup.




Réagissez