10h38. Gare de Vierzon (Cher). Pour la troisième fois depuis la validation officielle des listes socialistes pour les européennes en mars (EurActiv.fr 22/03/2009), le député sortant Henri Weber, vient faire campagne dans cette petite ville de 28 000 habitants, à la frontière de la Sologne et du Berry. Élu dans le Nord-Ouest en 2004, il a été parachuté tête de liste dans le Centre pour cause de querelles internes au PS. Rejetée par les militants du Limousin le 13 mars, la liste pour les européennes a été validée, après que le PS a finalement placé un Limousin en troisième position. A aucun moment Henri Weber n’a pensé à se retirer (EurActiv.fr 13/03/2009). Quant à l’accueil dans la région, il a été bon, assure-t-il le sourire en coin. « Le contact a été facile. Je suis très heureux de découvrir la région, berceau du socialisme français et européen. » Discours rôdé.

11h15. Élus locaux socialistes, journalistes de la presse quotidienne régionale, et fonctionnaires de la régie de territoire du pays de Vierzon écoutent les réalisations et les besoins de cette structure financée à 3% par le Fonds social européen (FSE). Henri Weber prend des notes pour son journal de campagne envoyé aux militants. « Nous faisons de l’insertion socio-économique avec le FSE, mais nous craignons une baisse de ces crédits », lui explique le directeur adjoint de la régie, Frédéric Dupin. Or, les fonds attribués à la France par l’UE au titre de la politique de cohésion pourraient diminuer pour la période 2014-2020.

Autre source d’inquiétude : l'allocation du FSE, tout comme l’argent de l’Etat français, impose des résultats chiffrés en termes d’emplois. Or ces indicateurs de résultat ne sont pas toujours compatibles avec l’action de ces structures qui privilégient la qualité de l’accompagnement dans le retour à l’emploi. « Certains affichent des chiffres de chômage positifs, mais ont des taux de 11% d’invalidité au travail. Et les personnes inaptes sont retirées des chiffres du chômage», explique Henri Weber.

"Les collectivités locales deviennent providence"

Une situation liée selon lui à la baisse du coût de la main-d’œuvre, la compétition mondiale et l’automatisation. « Les collectivités locales deviennent providence contre l’Etat qui ne le veut plus », estime le député qui ajoute cependant que le « dogme libéral a pris du plomb dans l’aile. Les mentalités changent au Parlement européen, même à droite. Si comme je le crois, la crise est profonde, on va voir apparaître une idéologie nouvelle, qui se traduira par des politiques concrètes dans les secteurs publics, privés, et solidaires ».

Plus largement, Henri Weber lie les problèmes posés par le directeur adjoint de la régie de Vierzon à la question du budget de l’UE. « Il y a un problème avec les fonds européens. On a accueilli 100 millions de citoyens de l’Est et baissé le financement de l’Europe de 1,24 à 1% du PIB. Nous réclamons une augmentation du budget européen et une diversification des ressources », lance-t-il.

« Mais si la majorité actuelle reste au pouvoir le budget n’augmentera pas ? », interroge un élu. « Heu…non », répond le député. Sans préciser qu’une majorité socialiste au Parlement européen ne garantira pas une augmentation des ressources financières de l’UE. Le PE valide le budget de l’UE proposé par la Commission et adopté par les chefs d’Etat et de gouvernement. Mais, en 2005, les eurodéputés n’avaient rien pu faire contre la baisse des fonds demandée par les Etats membres, la France en tête.

"Il y a un acharnement médiatique contre le PS"

13h. Attablé à la maison du pays de Vierzon, Henri Weber est entouré d’une vingtaine « de camarades » socialistes, tel que les appelle ce fondateur de la ligue communiste révolutionnaire. « La stratégie du PS est de mobiliser ses 60 000 élus français pour qu’ils passent des coups de fil et mobilisent les troupes », explique le député en campagne, avant d’ajouter : « Quand le boulot est fait, les salles sont remplies. » La conversation tourne vite autour du Parti socialiste, souvent montré du doigt pour ses divisions au cours de la campagne. « Il y a un acharnement de la part des medias, accuse le député européen. Et certains camarades ont tendance à en rajouter une louche en s’auto-flagellant. » « Il ne faut pas courber l’échine », ajoute Irène Félix, vice-présidente du Conseil général du Cher. La victoire du PS à plus de 54% à l’élection cantonale partielle de Nérondes, à quelques kilomètres de là, vaut selon eux tous les sondages. « Et après ça on dit que le PS est mort », renchérit Philippe Fournié, premier secrétaire fédéral du PS du Cher.

14h30. Les journées de campagne sont ponctuées de longs trajets de voiture, surtout dans une euro-circonscription qui compte 13 départements pour seulement 4,5 millions d’habitants. L’occasion d’interroger l’ancien sénateur de Seine-Maritime sur son engagement de député européen depuis 2004, lui qui a fait campagne au côté de Laurent Fabius pour le non au projet de constitution européenne en 2005. « Je suis passionné par les grands desseins, alors quand l’occasion [des européennes, ndlr] s’est présentée, je me suis lancé », poursuit l’ancien maire de Seine Saint-Denis qui se voit bien quitter la commission culture du PE. Après avoir travaillé sur le passage de l’analogique au numérique et le modèle audiovisuel européen, « j’ai envie d’aller à la commission de l’Industrie », explique-t-il. 

15h. Canal de Berry. Deux bateaux anglais ressemblant à des petites péniches attendent Henri Weber et les élus en campagne pour une descente du cours d’eau. Les socialistes du département se battent pour que cet ancien outil de navigation et de transport de marchandise soit réhabilité en un projet de développement touristique le long du canal, notamment dans les villes. « Il faut trouver un projet qui permette de conserver le linéaire et de consolider son entretien pour le maintenir en eau », explique Irène Félix. Or pour participer à cette valorisation du territoire évaluée à 30 millions d’euros, les collectivités de la région comptent sur leurs fonds propres mais aussi sur l’Europe, l’UE finançant toujours partiellement les projets. Après une heure trente de promenade, Henri Weber semble, à mots couverts, sceptique sur ce projet touristique : « La route est quand même proche du canal… », lance-t-il à Philippe Fournié.

"Le moment Bayrou"

17h54. Après une journée de campagne « plutôt calme », Henri Weber revient, dans le train qui le ramène à Paris, sur la lenteur à l’allumage de la campagne des européennes. Les médias y ont, selon lui, encore une fois une grande part de responsabilité. « C’est la démocratie médiatique. Quand les grands médias parlent d’autres choses, les gens s’intéressent à autre chose, estime-t-il. En ce moment, par exemple, c’est le moment Bayrou. »