Catherine Ashton, la nouvelle Haute représentante de l’UE aux Affaires étrangères, semble avoir réussi son examen de passage devant le Parlement européen le 11 janvier.
La Britannique, désignée pour devenir le premier Haut représentant pour les Affaires étrangères, souvent appelé ministre des Affaires étrangères, a fait face à des questions difficiles au cours de trois heures de séance d’examen parlementaire à Bruxelles lundi 11 janvier. Elle a évité tout écueil important sans pour autant parvenir à impressionner son audience.
La Commission européenne dans son ensemble sera soumise à un vote d’approbation le 26 janvier et il semble que la performance raisonnable de Mme Ashton lui assure sa place dans la nouvelle équipe.
En réponse à des questions d’eurodéputés de la commission des Affaires étrangères, la Britannique a souligné qu’elle travaillerait étroitement avec les Etats membres de l’UE pour traiter des questions de politique étrangère telles que l’Afghanistan ou les relations avec la Russie.
Elle a déclaré que l’Europe avait besoin de parler d’une seule voix sur la scène internationale tout en précisant que ceux qui étaient impliqués dans l’élaboration d’une politique étrangère – le président de la Commission européenne, le nouveau président permanent du Conseil de l’UE, la présidence tournante de l’UE et les dirigeants des Etats membres – devraient aussi avoir leur mot à dire.
« Quelle que soit la personne qui s’exprime, cela devrait être avec une position similaire », a-t-elle déclaré, essayant de dissiper les reproches selon lesquels la diplomatie de l’UE était devenue encore plus complexe à la suite de l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne.
Approche collective au Moyen Orient
Catherine Ashton est parvenue à éviter les critiques sur son approche des conflits au Moyen-Orient, par une mise en avant de l’extrême complexité de la situation dans cette région, et en expliquant qu’elle ne presserait pas pour une solution.
La Britannique avait déclenché quelques vifs commentaires au mois de décembre en appelant Israël à mettre un terme au traitement « discriminatoire » des Palestiniens à Jérusalem-Est et à faire de Jérusalem la capitale à la fois d’Israël et du futur Etat palestinien.
Elle a affirmé avoir contacté la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton sur cette question. « J’ai entamé les discussions mais nous devons encore trouver ensemble des solutions », a-t-elle indiqué. Elle a ainsi souligné la nécessité d’une coopération étroite avec les partenaires de l’UE dans la région.
La Haute représentante avait inscrit le conflit israélo-palestinien au sommet de l’agenda européen lorsqu’elle avait exprimé son intention de se rendre au Moyen-Orient rapidement après sa nomination officielle.
« L’Union pour la Méditerranée, un projet lancé lors de la présidence française de l’UE incluant les pays du Moyen-Orient, doit être comprise dans le contexte plus large de la politique de voisinage », a-t-elle soutenue, tout en admettant que cette initiative avait connu des temps difficiles et était parvenue à peu de résultats jusqu’ici.
Afghanistan
En réponse à une question de Geoffrey Van Orden, un eurodéputé conservateur, Catherine Ashton a reconnu qu’elle ne savait pas combien d’argent l’UE avait alloué à l’Afghanistan en 2010.
Mais elle a souligné qu’il était « absolument essentiel » que l’Europe reste impliquée dans ce pays en guerre, même si elle n’avait aucun moyen militaire. « Notre rôle n’est peut-être pas militaire, a-t-elle concédé, mais l’UE devrait rechercher des domaines dans lesquels elle peut apporter une valeur ajoutée en renforçant la coopération entre les Etats membres qui envoient des troupes dans ce pays. »
Défendre les droits de l’homme
La Britannique a réfuté les allégations selon lesquelles elle se montrerait trop souple dans sa défense des droits de l’homme dans des pays comme la Chine, l’Iran ou la Russie et qu’elle suivrait une politique de « diplomatie silencieuse » au lieu de se montrer ferme.
« Parler aux gens hors des lumières éblouissantes des médias peut s’avérer plus efficace », a-t-elle expliqué, affirmant qu’elle n’ignorerait à aucun moment les questions de droits de l’homme lorsqu’elle visiterait les autres pays.
« Parler fort n’est peut être pas le meilleur moyen de parvenir aux résultats désirés par l’UE », a-t-elle argué, expliquant que les droits de l’homme étaient « universels » mais que quelquefois ils nécessitaient des « approches différentes ».
Besoin d’une relation forte avec la Russie
De nombreuses questions avaient trait à la relation de l’UE avec la Russie, qui ont été marquées par des tensions en raison de la tentative de Moscou de reconstruire sa « sphère d’influence » en Europe de l’Est à la suite de la chute de l’Union soviétique.
En faisant référence à la guerre d’août 2008 entre la Russie et la Géorgie et à d’autres conflits gelés dans le Caucase, Catherine Ashton a déclaré que Moscou était bien sûr un thème commun car tous ces pays étaient auparavant membres de l’URSS.
Mais Catherine Ashton a déclaré que l’UE avait besoin de maintenir de bonnes relations avec son plus grand voisin, ajoutant qu’elle rechercherait des solutions aux problèmes sans en créer d’autres. « Nous avons besoin d’avoir une forte relation avec la Russie », a insisté la baronne.
«La Moldavie, une ancienne république soviétique avec une importante minorité russe, est la plus importante bénéficiaire de l’aide européenne », a-t-elle noté. L’aide est de 16 euros par tête.
En réponse à une question sur la sécurité énergétique, Catherine Ashton a déclaré que l’UE devrait maintenir de bonnes relations dans ses négociations avec Moscou. « J’ai une carte des pipelines avec moi», a-t-elle dit, ajoutant que résoudre les problèmes d’approvisionnement du gaz de l’UE avait aussi beaucoup à voir avec l’Ukraine, le principal pays de transit du gaz russe vers l’Europe.
De la flexibilité pour le nouveau service diplomatique de l’UE
Catherine Ashton a appelé le Parlement européen à la flexibilité dans son approbation du budget du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), le corps administratif composé de 6 000 personnes introduit par le traité de Lisbonne qu’elle devrait diriger.
Ce nouveau service, qui combinera des diplomates nationaux avec des fonctionnaires européens, devrait être une « structure sui generis » distincte de la Commission européenne, a-t-elle défendu. « C’est ce que j’entends du traité », a-t-elle précisé.
Elle a affirmé qu’elle s’assurerait de la mise en place d’une structure afin d’être sûre que l’argent est contrôlé mais elle a aussi appelé à de la flexibilité pour le budget, sans pour autant se soustraire au contrôle du Parlement, mais pour être capable de répondre à la variabilité des priorités.
Elle a néanmoins rejeté les suggestions sur l’instauration d’un réseau à l’américaine de représentants spéciaux pour des pays ou des régions spécifiques qui auraient besoin d’un accord du Parlement lors des auditions de confirmation. « Je ne prévois pas d’avoir de nombreux représentants spéciaux dans les différents pays », a-t-elle nié, expliquant qu’elle n’était pas sûre que le traité autorise cela de toute façon.
POSITIONS:
En particulier, M. Brok semble avoir apprécié la reconnaissance par Mme Ashton du rôle joué par le Parlement dans l’approbation du budget de l’UE pour la politique étrangère. Cela concerne en particulier la création d’un Service d’action extérieure, dont le budget et le statut personnel demandent l’approbation du Parlement européen dans le cadre de la procédure de co-décision. Sans l’approbation du Parlement, il n’y aurait pas de Service d’action extérieure.
Charles Tannock, un eurodéputé conservateur britannique, a déclaré que Mme Ashton avait amélioré sa performance depuis sa première apparition devant le Parlement européen en décembre dernier.
Elle a travaillé dur pour améliorer ses connaissances sur les questions de sécurité extérieure et de défense, et je pense qu’elle était clairement mieux préparée que la dernière fois, a déclaré M. Tannock dans un message vidéo adressé au groupe eurosceptique European Conservatives and Reformists (ECR).
M. Tannock a ajouté que Mme Ashton avait toutefois donné des réponses très évasives et que sa connaissance était encore plutôt superficielle et qu’elle avait fait preuve de son manque d’expérience. Elle s’est améliorée, elle a pris possession du poste, heureusement, elle va tous nous surprendre dans l’avenir lorsqu’elle va revenir avec encore plus d’expérience. Mais elle ne mettrait certainement pas le feu à la Tamise.
Je lui donnerais carte blanche mais je dois discuter de cela avec mes collègues à l’intérieur du groupe, a conclu M. Tannock.
Le groupe vert au Parlement européen, qui a figuré parmi les critiques les plus acerbes de Mme Ashton dans le passé, s’est montré peu impressionné après l’audition, accusant la baronne Ashton de manquer de vision politique.
Les verts ont cependant apprécié Mme Ashton pour sa volonté de rencontrer les ONG sur les questions des droits de l’homme dans différentes parties du monde et ont salué son intention d’impliquer le Parlement dans les questions budgétaires liées au service d’action extérieure.
Dans l’ensemble, cependant, nous n’avons observé aucun engagement développant une vision politique et nous n’en savons pas plus sur ce qu’elle espère réaliser ces cinq prochaines années, a conclu le groupe.
Oxfam, l’ONG de développement international, n’a pas été convaincue par la performance de Mme Ashton au Parlement. La baronne Ashton n’a pas encore démontré sa capacité à opérer des changements radicaux de l’approche européenne, nécessaires pour que l’UE soit vraiment capable de peser mondialement […] Mme Ashton doit fournir une vision de l’UE pour affirmer ses engagements à travers le monde, mais ses réponses lors de l’audition n’ont pas apporté beaucoup de réponses quant à l’existence d’une telle vision, a déclaré Elise Ford, chef du bureau européen d’Oxfam International.
Si elle est confirmée, Mme Ashton fera face à d’énormes défis ces cinq prochaines années […] Même après l’audition, les décideurs politiques européens, les citoyens concernés et les organisations de la société civile ont encore des interrogations quant aux projets de la Haute représentante de fournir une nouvelle vision de la politique étrangère de l’UE, a-t-elle ajouté.
CALENDRIER:
26 janvier: Vote d’investiture de la nouvelle Commission
CONTEXTE:
Catherine Ashton a été unanimement soutenue par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE pour devenir la prochaine Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères lors d’un sommet en novembre (EurActiv.com 20/11/09).
Née en 1956, la baronne Ashton d’Upholland a étudié la sociologie à l’université avant de commencer une carrière dans la politique britannique, et de devenir au final dirigeante du parti travailliste britannique à la Chambre des Lords.
Elle a été nommée commissaire européenne au commerce en 2008 (EurActiv.com 22/10/08).





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