«Pendant 20 ans, nous avons eu un problème avec l'Europe. Je vous propose que nous nous y prenions autrement.» Devant tous les cadres de l'UMP, regroupés à l'occasion du Conseil national, samedi 24 janvier à Paris, Michel Barnier campe le décor. Le ministre de l'Agriculture, qui vient d'être confirmé comme tête de liste de la région Ile-de-France pour les européennes, poursuit: «20 ans que trop de ministres arrivent en retard, partent en avance à Bruxelles, laissent des hauts fonctionnaires siéger et décider à leur place.»
L'Europe qui est, selon Michel Barnier, «redevenue la solution» après avoir été un «problème», a d'ailleurs été le sujet central de la réunion de samedi. Le parti a officiellement nommé ses têtes de liste pour les huit circonscriptions (lire encadré). La nomination des candidats résulte en fait d'un savant mélange, qui doit concilier deux règles: l'alternance entre hommes et femmes et les départements d'origine des candidats, afin que toute la région soit représentée sur la liste. Un casse-tête qui explique en partie que les débats aient traîné en longueur, jusqu'à être tranchés au plus haut sommet de l'Etat. «C'est Nicolas Sarkozy qui décide de tout», glisse un élu UMP. Un Nicolas Sarkozy qui a choisi, pour mener campagne, des «gagneurs».
Disgrâce
Parmi les gagneurs figure Rachida Dati. Après moult hésitations, la ministre de la Justice se range finalement aux côtés de Michel Barnier sur la liste de l'Ile-de-France. «La décision de mettre Rachida et Michel en tête de la région la plus peuplée de France est proprement historique», s'enthousiasmera, en clôture, Nicolas Sarkozy. Avant de lancer: «La vie d'un gouvernement, c'est fait de départs et de retours.»
Rachida Dati, dont le départ à Strasbourg est vu par de nombreux observateurs comme une disgrâce, pourrait avoir accepté de figurer sur les listes contre la garantie d'un avenir national. En attendant, elle doit se contenter de la deuxième place, derrière Michel Barnier. Des sondages confidentiels commandés par l'UMP révèlent en effet que l'ancien commissaire européen est mieux placé dans l'opinion que la ministre de la Justice.
«Nous n'avons pas choisi des candidats uniquement médiatiques», lance le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, qui préside, avec le ministre du Travail Brice Hortefeux, la commission d'investiture du parti, juste avant de présenter les candidats aux conseillers nationaux du parti. Quelques minutes plus tard, alors que l'ancien maire de Toulouse, Dominique Baudis, tête de liste dans le Sud-Ouest, monte sur scène, Gaudin, toujours au micro, tonne, en marseillais dans le texte: «Dans cette région, il va falloir se lever la peau: il nous faut au moins trois élus. Parce que je veux qu'Alain Lamassoure puisse retourner à Strasbourg!» Pourtant la situation dans la région semble être un peu plus complexe que le laisse entendre le maire de Marseille.
L'âge des strapontins
Le député français, artisan du traité de Lisbonne après les «non» français et néerlandais aux référendums de 2005 sur le traité constitutionnel, n'en revient pas de ne pas figurer en première position dans sa région. L'Elysée a en effet estimé qu'il était une moins bonne «locomotive électorale» que son rival toulousain. «Pour l'instant, il est hors de question que je prenne la troisième place. C'est un strapontin, et je n'ai plus l'âge des strapontins».
Par ailleurs, Lamassoure confirme être dans une position «complètement schizophrénique». «D'un côté, le PPE me demande de participer à la rédaction de son programme, le comité des sages va m'auditionner sur l'avenir de l'Union, et la présidence suédoise veut me consulter sur un de mes rapports, et de l'autre, je ne figure même pas en tête de liste dans ma région», constate l'élu. Il fustige une «mauvaise utilisation des compétences» et confirme qu'il ne fera pas la campagne de Dominique Baudis.
Si les chefs de file sont désormais connus, le reste des listes demeure à construire. Et la bataille continue en coulisses. «Il faut sans cesse avancer des idées, se battre pour exister, s'agiter en permanence: c'est épuisant, et le combat est difficile», confie un candidat à la candidature. Les places de numéro 3 sont, pour la plupart, à pourvoir. Et si pour quelques régions, comme le Nord-Ouest, l'Ouest ou l'Outremer, les binômes sont déjà formés, c'est loin d'être le cas de toutes les euro-circonscriptions. Dans le Sud-Ouest, la sortante Christine de Veyrac et l'adjointe au maire de Bordeaux Sonia Dubourg-Lavroff, tiennent pour l'instant la corde pour figurer à la suite de Dominique Baudis.




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