La préparation des élections européennes se poursuit dans les principaux partis français, poussée par la Présidence française de l’Union européenne, mais aussi par la place prise par l’UE dans les propositions faites après la crise financière.

UMP: Barnier, patron naturel

A l’UMP, le comité directeur du parti a chargé huit personnalités de mener des «groupes de travail programmatiques». Michel Barnier (Sud-Est), Roselyne Bachelot (Ouest), Pierre Lequiller (Ile-de-France), Hubert Haenel (Est), Brice Hortefeux (Massif central-Centre), Alain Lamassoure (Sud-Ouest), François Baroin (Outre-Mer) et Antoine Rufenacht (Nord-Ouest) pilotent donc, jusqu’à la fin novembre, des groupes de travail. A cette date, ils devront rendre leurs contributions rue de la Boétie, et c’est ce travail qui constituera la base du programme national.

Les noms des têtes de listes, qui seront désignées à la mi-janvier par le Conseil national du parti, ne seront pas forcément les mêmes que les chefs des groupes programmatiques. Cependant, on sait déjà que Michel Barnier devrait piloter la liste de la région Sud-Est, Brice Hortefeux celle du Massif central-Centre et le président du PPE-DE, Joseph Daul, la circonscription de l’Est de la France. Alain Lamassoure devrait également figurer en tête de la liste du Sud-Ouest.

En revanche, en ce qui concerne la tête de la liste d’Ile-de-France, l’inconnue demeure. Rama Yade, pressentie pour le poste, a, lors d’une interview récente accordée à France24, refusé d’infirmer ou de confirmer la rumeur: «Que l’on ne m’oblige pas, le couteau sous la gorge, à dire tout de suite si je suis candidate! Attendez! C’est trop important ces décisions.» Avant d’ajouter: «Puis, il y a peut-être d’autres candidats.»

Quoiqu’il en soit, «Michel Barnier sera le patron politique naturel de cette campagne», affirme le délégué aux affaires européennes du parti majoritaire, Olivier Ubéda, arguant d’ancien commissaire du ministre de l’Agriculture. «Plus que celui de la Présidence française, le bilan politique de Nicolas Sarkozy jouera forcément un rôle dans la campagne», ajoute-t-il. Une campagne qui devrait, selon l’UMP, répondre au regain d’intérêt de l’opinion publique française pour l’Europe. «On est dans un contexte qui fait qu’il y a l’envie d’écouter les politiques sur un plan supranational», poursuit M. Ubéda, en se référant à la crise financière.

PS: «Avant le congrès, vous n’aurez rien»

Au Parti socialiste, la plus grande prudence est de mise. «Avant le congrès, vous n’aurez rien», répond, pessimiste, un des chargés de la communication du Parti. Comme dans tous les autres domaines, le congrès du PS, qui se tiendra à Reims du 14 au 16 novembre, devrait en effet être déterminant sur les questions européennes. La nomination des têtes de liste et la constitution du programme dépend étroitement du futur leader du parti à la rose et de la marque qu’il souhaitera y imprimer.

Députée européenne, Pervenche Berès fait part de la même perplexité. «Où le PS en est dans la préparation des européennes? A ma connaissance, nulle part. Il faut attendre la fin du Congrès», répond-elle. Et de justifier: «En même temps, c’est normal: ou bien il fallait désigner les têtes de listes bien avant Reims, pour pouvoir les détacher clairement du congrès, ce qui politiquement n’aurait pas beaucoup de sens, soit l’on fait ces nominations après.» Mais la députée souligne tout de même que par rapport à d’autres partis européens, les Français ne sont pas parmi les plus en avance. Les socialistes anglais ou allemands, par exemple, ont déjà constitué leurs listes.

«S’il sort de ce congrès un parti relativement uni autour d’un chef et d’une majorité, il n’est pas impossible qu’il y ait un minimum de discours», estimait le politologue Gérard Grunberg dans un entretien accordé à EurActiv.fr en septembre. «En revanche, prévenait-il, si le parti n’a pas réussi à s’unir ni sur une ligne ni sur un leader dans les mois qui viennent, il va faire face à une situation très difficile au moment des européennes.»

Nouveau centre: ADLE ou PPE?

Le Nouveau Centre (NC), en revanche, se range petit à petit en ordre de bataille. La députée européenne Brigitte Fouré a, depuis le mois de juin 2008, pris la tête de «La Ruche», la commission de réflexion sur l’Europe du parti placée «sous la haute autorité d’Hervé Morin et de Jean-Louis Bourlanges».

«Au cours de nos travaux, nous élaborons une espèce de “bible“ où figureront les valeurs que nous allons défendre pendant la campagne.» Les propositions, qui devraient être validées en janvier par les instances supérieures du parti, seront celles d’une organisation qui dit être le seul parti français «génétiquement européen». Et le MoDem? «Nombre de nouveaux adhérents du MoDem, qui viennent de la gauche, sont très eurosceptiques», estime Brigitte Fouré.

Si le parti d’Hervé Morin connaît «des tractations et des pressions», notamment venant de l’UMP, il n’est pas question, pour l’instant, de mener des listes communes avec qui que ce soit. «On veut faire entendre notre voix», la tête de file de la Ruche.

Mais la plus grande inconnue, au Nouveau Centre, reste celle de l’adhésion du parti à un groupe du Parlement européen. Aujourd’hui, Brigitte Fouré est la seule élue NC du Parlement européen; elle fait partie du groupe du Parti populaire européen (PPE), auquel appartient également l’UMP, et s’y sent «très à l’aise». Mais traditionnellement, les centristes français de la défunte UDF, d’où viennent la majorité des membres du NC, sont plutôt proche de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE). La députée européenne pose le problème: «A l’ADLE, vous avez des gens très libéraux, ce qui nous pose problème. Au sein du PPE, vous avez aussi des familles de pensée beaucoup plus conservatrices que d’autres. Nous avons notamment un problème avec les Italiens de Forza Italia.»

En janvier, le parti d’Hervé Morin rendra public les grands axes du programme sur lequel se fondera la campagne. La nomination des têtes de liste devrait intervenir plus tard.

FN: division en vue

Le Front National (FN), de son côté, commence à élaborer son programme. Un premier document, intitulé «nos solutions face à la crise financière», constitue la première pierre du futur programme du parti de Jean-Marie Le Pen. Il fustige «l’ultralibéralisme financier promu par l’Europe de Bruxelles» et un «mondialisme boursier totalement incontrôlé». Par ailleurs, le document pointe une autre cause à la crise: «l’euro, monnaie unique, et la politique suicidaire de la BCE [Banque centrale européenne]». «L’absence de devises nationales au sein de l’Europe, accuse le document, élimine l’existence d’amortisseurs successifs par l’ajustement des taux de change.» Il accuse également le directeur de la BCE Jean-Claude Trichet d’«incompétence rare.»

Le programme du FN devrait être rendu public en février. Quant aux têtes de liste, elles sont, pour la plupart, déjà connues. Jean-Marie Le Pen mènera la liste dans le Sud-Est, sa fille Marine dans le Nord-Ouest, région dans laquelle elle a connu un succès relatif dans la ville de Hénin-Beaumont, lors des dernières élections municipales. Bruno Gollnish prendra quant à lui la tête de la liste frontiste de l’Est de la France.

Louis Alliot, enfin, se présentera dans le Sud-Ouest, où il se heurtera à une liste frontiste dissidente menée par Jean-Claude Martinez. Le dissident, par ailleurs vice-président du FN, veut également former dans toutes les régions des listes dissidentes, sous le nom de «Maison de la vie et de la liberté». Une concurrence qui pourrait contribuer à diviser les forces frontistes.

La revue de détail des autres partis français est à lire ici sur EurActiv.fr