La Turquie n’a pas vocation à entrer dans l’Europe, seul un partenariat privilégié est envisageable, a expliqué Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale. Lors de sa première visite à Bruxelles le 21 mai, le nouveau secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, est cependant resté flou sur un possible veto français à l'adhésion turque.

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La clarification des positions exprimées par Nicolas Sarkozy sur la question turque lors de la campagne électorale est très attendue à Bruxelles. Interrogé lundi 21 mai sur la position de la France à l’égard de la Turquie à l’issue de la réunion du Conseil compétitivité, Jean-Pierre Jouyet est resté évasif: « La position du président de la République est parfaitement claire, nous savons les échéances qui nous attendent et nous y travaillons ». La question d’un possible veto français à l’adhésion de la Turquie a quant à elle été écartée : « Je n’ai rien à ajouter» à répété le secrétaire d’Etat.
Nicolas Sarkozy étudierait en ce moment ce que coûterait diplomatiquement à la France la décision d’un veto, par rapport à ce que le gouvernement serait supposé gagner dans l’opinion publique nationale. Certains Etats membres de l’UE, notamment la Grande Bretagne, sont favorables à l’adhésion turque. D’autres sont plus mesurés. L’Allemagne était par exemple satisfaite d’entendre le nouveau président de la République dire tout haut ce qu’elle pense tout bas. Opposée à l’entrée de la Turquie dans l’Europe lorsqu’elle était en campagne électorale, Angela Merkel s’était rangée du côté de la position officielle de l’UE, une fois élu. Son parti, la CDU, a cependant formulé différentes propositions pour substituer un partenariat privilégié à l’adhésion d’Ankara. Paris va devoir prendre une décision rapidement, la réouverture de trois chapitre de négociations avec la Turquie étant prévue pour le 26 juin.
Si les menaces d’un veto n’ont pas disparu, la position française se serait infléchie ces derniers jours par rapport aux déclarations faites pendant la campagne électorale. Alain Lamassoure, député européen et secrétaire général de l’UMP sur les questions européennes a déclaré au quotidien belge Le Soir à la fin de la semaine dernière que le président « souhaitait une réorientation des négociations avec la Turquie, pas du tout une rupture ».
Ankara a, à de nombreuses reprises, demandé à la France de respecter les engagements pris par l’ancien président de la République, Jacques Chirac, vis-à-vis de la Turquie. L’idée soulevée par le candidat Nicolas Sarkozy de créer un partenariat privilégié dans le cadre d’une Union euro-méditerranéenne a été rejetée par le gouvernement du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan.
Réagissant aux propos de Nicolas Sarkozy sur l’adhésion de la Turquie à l’UE, le président de la Commission européenne avait rappelé que si un Etat « veut remettre en cause ou changer ce mandat », il doit « en assumer l’initiative et les conséquences ». Les Etats membres ont pourtant ouvert la voie à une remise en cause de l’adhésion turque en acceptant de considérer dorénavant la « capacité d’absorption » de l’UE avant tout nouvel élargissement. L’adhésion d’un nouvel Etat membre ne devra pas remettre en cause le fonctionnement efficace des institutions et la capacité de l’UE à financer les politiques communes.
L’attitude de l’UE et a fortiori de la France aurait plutôt tendance à attiser la montée des nationalismes et de l’euroscepticisme observé dans l’opinion publique turque depuis les revirements de l’UE dans la poursuite des négociations d’adhésion. Selon Burak Gogus, rédacteur en chef d’EurActiv en Turquie, « la population considère que la Turquie n’est pas traitée comme les autres candidats et qu’elle est victime d’une certaine discrimination ».
Les journaux turcs ont cependant tous émis des doutes sur la capacité du président de la République à mettre en œuvre ses promesses de campagne. « Les réactions des hommes politiques turcs relatées par la presse après l’élection de Nicolas Sarkozy sont unanimes: ils pensent tous que le nouveau président français sera dans l’obligation de tenir l’agenda politique prévu par l’UE et que les négociations d’adhésion se poursuivront comme prévu », indique Burak Gogus.
L’instabilité qui s’est installée en Turquie depuis l’invalidation de l’élection présidentielle par le Parlement n’aide pas au rétablissement d’un climat apaisé avec l’Union européenne. Abdullah Gül, candidat de l’AKP et presque assuré de la victoire a soulevé l’opposition du camp laïc et de l’armée. Les manifestations pro-laïcité pour s’opposer au gouvernement composé d’islamistes modérés de l’AKP se succèdent depuis près d’un mois. L’armée laïque avait déclaré dans le passé qu’entre l’Etat nation et l’Europe, elle n’hésiterait pas. Des élections législatives anticipées ont été fixées au 22 juillet.






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