Développements récents et prochaines étapes :

  • 7 février 2007 : Nicolas Sarkozy en campagne lance l’idée d’une Union méditerranéenne
  • 23 octobre  2007 : Au Maroc, Nicolas Sarkozy précise son projet
  • 8 et 9 décembre 2007 : Sommet UE – Afrique à Lisbonne
  • juin 2008 : Conférence des chefs d’Etats riverains de la Méditerranée à Marseille
  • 1er juillet 2008 : Début de la Présidence française de l’UE

Contexte :

Nicolas Sarkozy avait lancé pendant sa campagne présidentielle l’idée de créer une Union méditerranéenne. Le président de la République, ainsi que la diplomatie française, se consacrent aujourd’hui activement à préciser la teneur de ce projet. Depuis juillet, le chef de l’Etat s’est ainsi rendu en Tunisie, en Algérie, au Maroc et en Libye et le président égyptien, Hosni Moubarak, a été reçu à l’Elysée le 1er août.

L’ambassadeur chargé par Nicolas Sarkozy de la mise en œuvre de l’Union méditerranéenne, Alain Le Roy, ainsi que le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, mènent actuellement une diplomatie active pour tenter de surmonter le scepticisme, relativement généralisé, de partenaires de la France, au sud comme au nord de la Méditerranée. Ils s’attachent notamment à préciser le contenu du projet français. 

Enjeux :

La forme institutionnelle que prendra l’Union méditerranéenne est encore floue. à l’occasion d’une conférence à l’IFRI, le 22 novembre, Alain Le Roy à estimé que cette situation était à la fois “logique et légitime”, le projet étant encore au au stade de la discussion entre tous les partenaires intéressés, les gouvernements comme la société civile. Dans un débat avec ses homologues espagnol et allemand, le 26 novembre, Jean-Pierre Jouyet a ainsi indiqué que la France était actuellement “dans une position d’écoute pour recueillir les propositions”.

Tirant les leçons de l’échec au moins relatif du processus de Barcelone, l’ambition de l’Union méditerranéenne sera cependant limitée à institutionnaliser des projets économiques, par le biais, par exemple, d’une agence méditerranéenne de l’eau, voire d’une banque méditerranéenne d’investissement. Il ne s’agit donc pas de constuire un projet politique.

La réunion des dirigeants des Etats riverains de la Méditerranée qui aura lieu en France à l’invitation de Nicolas Sarkozy, en juin 2008, devrait ainsi être consacrée à la “sélection d’un nombre limité de ces projets”, a expliqué Alain Le Roy. D’ici là, la diplomatie française travaillera avec ses homologues méditerranéens ainsi qu’avec la société civile pour “proposer, élaborer et évaluer” des propositions de coopération, a-t-il ajouté.

Le Cercle des économistes, une structure regroupant des universitaires, a identifié cinq domaines d’action potentiels pour la future Inion méditérranéenne : l’agriculture et la pêche, l’industrie (et particulièrement l’énergie, le textile et les technologies de l’information et de la communication), l’immigration choisie, l’investissement (notamment le financement des PME) et la protection civile (incendies).

Quid des membres de cette Union? Elle s’adresse “à l’ensemble des Etats volontaires riverains de la Méditerranée mais sera à géométrie variable”, a expliqué Alain Le Roy à l’IFRI. “Si certains projets pourront ne regrouper qu’un petit nombre de pays, d’autres devront nécessairement concerner tout le monde”, ajoute-t-il. Des problèmes tels que la pollution maritime, par exemple, ne peuvent, en effet, être traités efficacement que par une coopération généralisée à l’ensemble du pourtour méditerranéen.

Positions :

Même si Jean-Pierre Jouyet a affirmé plusieurs fois que l’Union méditerranéenne respecterait les coopérations euro-méditerranéennes existantes, les partenaires européens de la France restent très sceptiques.

Les Etats du sud de l’UE apprécient la nouvelle impulsion que l’initiative française compte donner aux relations autour de la Méditerrannée mais ils ne voient pas la nécessité d’ajouter une nouvelle institution. Le ministre des Affaires étrangères espagnol, Miguel Angel Moratinos, a ainsi eu l’occasion de saluer ce qu’il voyait comme un “Barcelone +” mais l’Espagne reste convaincu qu’un tel approfondissement doit se faire dans les cadres communautaires existant, à savoir le processus de Barcelone et la politique de voisinage.

La commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, a elle-aussi estimé que le projet était « intéressant » mais à la double condition ferme qu’il “se développe à partir des structures existantes” et qu’il “associe pleinement la Commission et l’ensemble des Etats membres de l’UE”.

Ainsi, le statut de simples “observateurs” ou “associés” que le projet français prévoit pour les pays de l’UE non-riverains de la Méditerrannée est très critiqué. L’Allemagne, à l’instar d’autre pays du Nord de l’Europe, est donc très hostile au projet. Elle dénonce son exclusion et le risque d’une fragmentation de la politique extérieure de l’UE, contraire à l’essence du projet européen.

Le ministre allemand délégué aux affaires européennes, Günter Gloser, a ainsi déclaré dans un interview à La Croix que “beaucoup d’Etats européens ont une politique méditerranéenne et tous veulent contribuer à celles de l’UE” et que, par conséquent, les “projets nouveaux en direction de la Méditerranée doivent se faire sous le toit de l’UE, pas à côté”.

De l’autre côté de la Méditerranée, le roi du Maroc, Mohammed VI, le président tunisien, Ben Ali, le ministre des Affaires étrangères algérien, Mourad Medelci, et le président égyptien, Hosni Moubarak, ont tous exprimé leur soutien de principe aux propositions françaises. Un certain nombre de délégués arabes ont cependant dénoncé le flou des propositions françaises à la dernière réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Euromed (lire EurActiv 8/11/07).

La Libye, dont le leader, Mouammar Kadhafi, effectuera une visite historique à Paris au début du mois décembre, serait elle aussi favorable au projet mais une expression publique de ce soutien est encore attendue.

La question de la Turquie est bien plus épineuse. Ankara estime que ce projet est une façon détournée pour Nicolas Sarkozy de lui barrer les portes de l’adhésion à l’Union européenne. Alain Le Roy, qui se rendra prochainement à Ankara, pense cependant que “le climat d’hostilité turque à l’Union méditerranéenne est en train de s’apaiser”.