Vous avez déclaré, avant même que les résultats définitifs du référendum irlandais soient connus, que dorénavant 500 millions d’Européens avaient ratifié le traité de Lisbonne, directement ou par l’intermédiaire de leurs parlements. Pourtant, deux chefs d’Etats, polonais et tchèque, font  encore obstacle à la ratification finale. A quoi peut-on s’attendre concernant ces dernières obstructions ?



Aujourd’hui, tous les peuples de l’Union, directement –via une consultation populaire–, ou indirectement –via leur parlement–, ont dit oui. La conclusion de ne peut être que d’apposer les deux signatures manquantes au bas du traité.

Que peut faire le Parlement européen dans ces conditions ?



Je crois que nous allons avoir un débat la semaine prochaine au Parlement européen. Ce sera important. Mais ce qu’il faut attendre maintenant, ce sont les résultats de ce « oui » massif irlandais. Et le changement !

Avec la crise économique, les Irlandais ont dit : il faut l’Europe, il faut l’euro ! Sans l’euro et l’Union, ça aurait été le chaos dans l’Union européenne, pendant cette crise économique et financière. Ce sont ces deux facteurs qui expliquent, de mon point de vue, le changement massif en Irlande.



Donc, nous sommes dans une situation entièrement nouvelle ?

Oui. Je ne vois pas comment un chef d’Etat pourrait bloquer un texte qui a été approuvé par les 27 populations de l’Union européenne. Ce serait en opposition complète avec le fonctionnement démocratique du continent.


Ce serait légal, mais pas démocratique ?



Exactement. C’est un bon résumé.


Nous sommes aujourd’hui confrontés à un problème. Le Conseil européen de juin a décidé de ne pas commencer la composition de la nouvelle Commission européenne avant de savoir avec certitude sur quelle base juridique elle doit être constituée (traité de Nice ou traité de Lisbonne). Or, le traité de Lisbonne n’est pas encore entré en vigueur…

Juin, c’est déjà il y a longtemps. Pour les politiques, ça fait déjà une éternité qui est derrière nous.



Dans votre discours, vous avez parlé du sommet de Laeken de 2001 qui avait lancé le processus menant au nouveau traité. A l’époque, vous étiez premier ministre de la Belgique. En tirez-vous quelque satisfaction aujourd’hui ?

Oui. Nous avons commencé il y a huit ans. A cette époque, c’était une sorte de rêve de rendre l’Union beaucoup plus démocratique et transparente, en y introduisant moins d’unanimité, davantage de majorité qualifiée. Et maintenant ce rêve se réalise, c’est ça qui est important.



Rêvez-vous de devenir le premier président permanent de l’UE ?

C’était une très bonne interview.

Propos recueillis par Georgi Gotev.