Expliquer les avantages de la mobilité et coordonner les différentes aides existantes dans le domaine sont les deux principales mesures du rapport d’Yves Bertoncini rendu public vendredi 4 septembre. Pour EurActiv.fr, son auteur revient sur cette étude qui devrait alimenter la réflexion des Européens lors du Conseil Education en novembre.

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Centre d'analyse stratégique
rapport sur la mobilité des jeunes en Europe
EurActiv.fr: Renforcer la mobilité des jeunes en Europe fait partie des projets portés par la Présidence française de l’UE. Avez-vous déjà eu des retours sur vos propositions ?
Yves Bertoncini: Certaines de nos idées ont pu être jugées intéressantes, au même titre que celles du rapport Rodrigues, publié le 10 juillet par la Commission européenne. Nous saurons si des idées ont été reprises à l’issue du conseil Education du 20 novembre prochain. Les conclusions des conseils ne sont toutefois pas des textes d’application opérationnelle immédiate mais plutôt de grandes orientations assez stratégiques, mises en avant au niveau politique.
Certaines mesures que nous recommandons pourront être mises en œuvre rapidement. Je pense à des études d’impact pour comparer, sur le long terme, des profils d’Européens avec ou sans expérience de mobilité. Cela servirait à montrer les avantages concrets, individuels, de la mobilité, aujourd’hui mal établis. Nous recommandons également des études d’analyse de flux car la mobilité ne concerne pas seulement la mobilité étudiante mais l’ensemble des déplacements intra-européens, qui sont très mal identifiés.
Vous insistez beaucoup sur la coordination entre les différents échelons (nationaux et communautaires) pour améliorer la mobilité des jeunes en Europe. Pourquoi ?
Au niveau communautaire, les choses sont relativement balisées. La plupart des programmes ont été engagés, le dernier programme sur lequel l’Europe a pris des décisions est Erasmus Mundus. En revanche, des mesures complémentaires pourraient être envisagées et nos propositions peuvent servir de réflexion pour le bilan à mi-parcours en 2010.
L’UE ne finance que moins de la moitié des programmes de mobilité des jeunes en Europe. C’est d’ailleurs normal, l’Europe n’a pas vocation à tout financer. Mais elle peut engager des fonds qui stimulent d’autres financements.
Avec ce rapport, nous avons voulu montrer que la mobilité des jeunes Européens se traite aussi, et même surtout au niveau national ou régional. Nos propositions pourraient y nourrir la réflexion des autorités à moyen terme.
Dans votre rapport, vous montrez l’intérêt de l’extension de l’appellation Erasmus à des mobilités différentes pour des raisons de communication. Toutefois, si les programmes ont des appellations différentes c’est parce qu’ils recouvrent des réalités juridiques distinctes, qui perdureront jusqu’en 2013. Les jeunes sous contrat de travail ne peuvent ainsi pas profiter d’Erasmus mais de Leonardo. Quelle est votre position ?
Nous avons rencontré les tenants des deux écoles. Les premiers tiennent à distinguer les programmes pour les raisons que vous avez citées. Les seconds considèrent que pour une fois, qu’une initiative communautaire est suffisamment emblématique pour que toute une série de cibles potentielles souhaitent avoir leur Erasmus (Erasmus des apprentis, des professeurs..), ce serait bien de décliner le mot. En termes d’affichage, au moins, nous aurions l’impression qu’Erasmus profite à tous. Nous avons donc été plus enclins à dire dans le rapport que le deuxième argument sur la demande d’Erasmus devrait pouvoir être entendu. C’est vrai que c’est tout de même très compliqué de retenir tous ces noms Leonardo, Gruntvig, Comenius…
Pourquoi vous a-t-on proposé de travailler sur le lien entre identité européenne et mobilité ? L’intérêt de la mobilité des jeunes pour l’Union européenne n’est-il pas plutôt à chercher du côté de la compétitivité d’une jeunesse qui s’adapterait facilement et s’exprimerait en plusieurs langues?
Nous sommes dans un climat politique, en France comme en Europe, dans lequel on sent une certaine désaffection des jeunes à l’égard de la construction européenne alors même qu’on croyait que la jeune génération allait penser et vivre européen. Nous montrons que le lien entre mobilité européenne et citoyenneté européenne n’est pas clairement établi.
Pourquoi insister sur le désir de mobilité ?
Tous les jeunes ne veulent pas être mobiles. Nous proposons donc des orientations pour stimuler ce désir de mobilité.
Je pense qu’il est également important de noter que les jeunes, même si c’est un peu moins valable pour les étudiants, dépendent des adultes pour être mobile.
Il faut donc mettre en place une stratégie spécifique ciblant ces adultes. Aujourd’hui, quand un professeur souhaite partir en Espagne avec ses élèves, il le fait de manière extrêmement volontariste car il n’a ni couverture légale, ni prime spécifique, ni décharge de service…
Prenons une catégorie spécifique de jeunes mobiles : les doctorants et les post-doctorants. Comment favoriser leur mobilité et éviter ce qu’on appelle « la fuite des cerveaux » ?
Les jeunes chercheurs ne représentent qu’une toute petite fraction des jeunes mobiles mais ils peuvent être davantage tentés par une expérience de mobilité.
L’un des éléments de réponse peut être l’augmentation de 50 % du budget alloué aux bourses Marie-Curie. Ce serait une façon de retenir les chercheurs dans l’espace européen.
Cependant, il est préférable de faire son doctorat dans l’université où l’on veut être recruté pour y faire carrière. Ce qui est un frein à la mobilité.



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