Bruxelles souhaite accroître le budget de 5 % en 2012

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Hier (20 avril), le responsable du budget de l’Union européenne a défendu des projets visant à accroître les dépenses de l’Union de 4,9 % l’année prochaine, affirmant que cette proposition permettrait un équilibre entre les mesures d'austérité et la nécessité de stimuler la croissance.

Le commissaire au budget, Janusz Lewandowski, a affirmé s’attendre à de dures négociations sur son projet d’augmenter les dépenses de 132,7 milliards d’euros, un objectif qui devra être conjointement approuvé par les Etats membres et le Parlement européen.

L’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France, la Finlande et les Pays-Bas sont fortement opposés à toute augmentation du budget au-delà de l’inflation, une vision qui a engendré des divisions au sein de l’UE et créé un fossé entre les pays du nord plus riches et ceux du sud et de l’est.

« Certains se demandent comment une augmentation du budget de l’UE se justifierait à l’heure où les Etats membres sont confrontés à de sévères mesures d’austérité au niveau national. C’est une question légitime », a reconnu le commissaire polonais.

« La principale raison de l’augmentation résulte de la nécessité de payer les frais engendrés par les projets mis en place dans toute l’Europe », a-t-il déclaré, faisant référence aux subventions européennes en faveur des infrastructures des régions pauvres, aux fonds alloués à la recherche et aux projets d’innovation.

La proposition a immédiatement suscité l’opposition de certains des 27 gouvernements européens, dont la Grande-Bretagne, qui contribue largement au budget et s’est imposée des réductions strictes de ses dépenses, affirmant que cette augmentation était inacceptable.

« Nous voulons disposer de la meilleure option pour le contribuable britannique et une augmentation de 4,9 % du budget de l’UE n’est pas envisageable », a déclaré un porte-parole du gouvernement britannique à Bruxelles.

« Nous travaillerons en étroite collaboration avec les autres Etats membres pour aboutir à l’accord le plus avantageux ».

L’année dernière, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France ont exigé un gel du budget de l’UE au moins jusqu’en 2020 afin de s'assurer que les dépenses de l’Union soient représentatives des réductions des budgets à l’échelle nationale.

Mais ils se heurtent à l’opposition de la Pologne et d’autres pays bénéficiaires de fonds issus du budget dès lors que le prochain budget à long terme est évoqué, celui-ci s’étalant au moins de 2014 à 2020.

Opinion publique défavorable

Une augmentation des dépenses au-delà de l’inflation en 2012 pourrait également susciter l’opposition de la population dans certaines régions d’Europe, alimentant ainsi le ressentiment dû aux centaines de milliards d’euros payés par les contribuables pour renflouer des pays de la zone euro tels que la Grèce et l’Irlande.

Avec les partis eurosceptiques qui cherchent à renforcer le sentiment anti-européen en leur faveur, comme l’ont fait les Vrais Finlandais lors des élections parlementaires du 17 avril, de nombreux gouvernements voient cette proposition comme une menace électorale.

« Comment expliquer à nos citoyens qui se serrent la ceinture que le budget européen continue d’augmenter ? », a demandé le ministre des finances néerlandais, Jan Kees de Jager.

« Dans les mois à venir, je travaillerai d’arrache-pied pour que le budget européen soit inférieur à celui proposé par la Commission aujourd’hui », a-t-il déclaré.

Plus de deux tiers des dépenses du budget de l’UE vont à l’agriculture et aux projets structurels tels que la construction de routes.

La Commission a proposé une réduction l'année prochaine des montants dédiés aux programmes qui ne sont pas assez efficaces et un gel de ses propres dépenses administratives basé sur l’année 2011 afin de tenter de minimiser l’augmentation du budget, a affirmé M. Lewandowski.

Selon lui, l’augmentation demeure toutefois inévitable, puisque les promesses de financement augmentent à l’heure où l’UE entre dans l’avant-dernière année de la période de dépenses actuelle. Une augmentation inférieure à 4,9 % résulterait donc en la rupture d' accords existants.

L’année dernière, la Commission a proposé une augmentation de 5,9 % des dépenses de l’UE pour 2011, mais celle-ci avait été plafonnée à 2,9 % suite à une longue lutte avec les gouvernements européens menée par la Grande-Bretagne avec le soutien d’autres pays.

Les discussions concernant les dépenses pour 2012 sont perçues comme un prélude à de plus dures négociations sur le budget à long terme de l’UE qui commencera en 2014. Ces négociations débuteront lorsque la Commission présentera des propositions plus tard dans l’année.

 (EurActiv avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EurActiv.)

Réactions: 

Laurent Wauquiez, le ministre français des affaires européennes, a déclaré que les demandes de la Commission pour une augmentation du budget de l'UE n'étaient « pas acceptables ».

« Tous les pays européens font des efforts budgétaires à un niveau jamais demandé, on ne peut pas comprendre que la Commission européenne ne soit pas dans la même logique », a expliqué M. Wauquiez. Il a ajouté que l'augmentation du budget 2012 devrait être identique à celle de l'année précédente, ou 2,91 %.

« Nous demandons pour le budget européen le même effort que celui qui s'impose aux budgets nationaux, c'est-à-dire la stabilité des dépenses », a déclaré le premier ministre français, François Fillon, lors d'une visite à Bruxelles le 14 mars.

« Nous saluons l’accent qui est mis sur la croissance et la cohésion dans l’ébauche du texte sur le budget pour 2012 [hier], et sur la valeur ajoutée européenne. Le budget de l’année prochaine a pour but d’être réaliste sur le contexte économique actuel, mais également ambitieux pour atteindre les objectifs que l’UE s’est fixée avec la stratégie Europe 2020 », a déclaré l’eurodéputé roumain Marian-Jean Marinescu, vice-président du Parti populaire européen responsable du Budget et des politiques structurelles.

Le budget de l’UE dispose d’un avantage dans le sens où il est davantage centré sur l’investissement, une caractéristique qui peut compléter les efforts des Etats membres pour contrer les effets de la crise économique. Pour 2012, la Commission a eu raison de proposer une intensification de l’investissement dans la croissance et l’emploi ainsi que dans la recherche et l’innovation », a-t-il poursuivi.

Selon le groupe des Socialistes et Démocrates au Parlement européen, le budget proposé pour l’année prochaine représente un effort « minimal » pour contrecarrer la crise économique.

Le groupe a prévenu que l’UE avait besoin d’au moins 1 800 milliards d'euros dans les dix prochaines années pour rendre possible la stratégie UE 2020 en matière de croissance et d’emploi. Il a ajouté qu’en plus de contribuer à cet effort, le budget de l’année prochaine devrait permettre à l’UE d’assumer ses responsabilités à l’échelle mondiale, en particulier concernant le Printemps arabe et les troubles qui ont surgit en Afrique du nord et au Moyen-Orient.

Le porte-parole du budget des sociaux-démocrates, Göran Färm, a déclaré : « La tentation est forte dans certaines capitales européennes de réduire les dépenses de l’UE car l’heure est à la réduction des déficits nationaux. Cette approche est contre-productive. Le budget européen est un outil important pour la solidarité européenne qui vise à promouvoir un développement économique égal dans l’ensemble de l’Union. Des réductions substantielles avantageraient seulement les Etats les plus riches à court terme mais nuiraient à l’ensemble de l’économie européenne sur le long terme ».

« Le budget de l’UE, qui représente moins de deux pourcent des dépenses publiques de l’UE, ne peut pas être victime de la politique économique austère de droite qui menace la croissance économique et la cohésion sociale », a-t-il ajouté.

« Le déficit total accumulé par les gouvernements de l’UE en 2009 s’élevait à 801 milliards d’euros. Le budget européen ne peut quant à lui pas se permettre de déficit. Il ne peut être tenu responsable de l’aggravation du déficit public des Etats membres ».

L’eurodéputée UKIP et ancienne chef comptable Marta Andreasen, qui siège à la commission des budgets au Parlement européen, a déclaré que M. Lewandowski avait usé d'une « tactique à deux sous » pour opérer une augmentation de près de 5 %.

« Exiger l’austérité de la part de chaque Etat membre et leur demander de se serrer la ceinture au nom de la crise financière est fondamentalement incompatible avec l’augmentation de son propre budget. La Commission se croit dans une bulle protégée de la crise financière », a-t-elle dit.

« L’ébauche du budget se tourne vers la stratégie 2020 pour établir ses projections. En agissant de la sorte, elle ignore volontairement l'efficacité de l'ancien programme dans le cadre des différentes lignes du budget. A part cela, il suffit de regarder la stratégie de Lisbonne vouée à l’échec pour voir où ces projections utopiques peuvent nous mener », a-t-elle ajouté.

Mme Andreasen a été soutenue par l’eurodéputé britannique conservateur Martin Callanan, dirigeant Tory au Parlement européen, qui a souligné que  l’année dernière, une augmentation de 2,9 % du budget de l’UE avait été observée et que cela était déjà excessif. Selon lui une autre augmentation du budget qui accroîtrait l’inflation serait scandaleuse.

« Toutes les autres organisations du secteur public se serrent la ceinture et l’UE doit faire de même. Les eurodéputés conservateurs n’accepteront pas une augmentation du budget de l’UE ».

Prochaines étapes: 
  • Juin 2011 : le Conseil donnera sa position sur l’avant-projet de budget pour 2012.
  • Juin 2011 : la Commission présentera son programme pour le budget à long terme après 2013.  
  • Octobre 2011 : le Parlement européen présentera sa position sur l’avant-projet de budget pour 2012.
  • Novembre 2011 : le budget final devrait été adopté par le Parlement européen.
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