Janusz Lewandowski s'élève contre les pays « arrogants » sur le budget de l'UE

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Sous la pression des partis nationalistes, de nombreux Etats membres de l'UE s'en sont pris au budget européen et à l'espace Schengen de libre circulation, a déclaré le commissaire Janusz Lewandowski, dénonçant l'« arrogance » de certains pays. Le commissaire au budget s'est confié à EurActiv Pologne lors d'un entretien.

« La Commission européenne a déjà préparé la proposition pour le budget à long terme et élaboré la politique de l'Union européenne. Il est temps de les défendre à présent », a déclaré M. Lewandowski lors d’un déplacement à Varsovie.

« En réalité, les chiffres et le profil fondamental de la future politique européenne ont déjà été élaborés », a-t-il ajouté.

M. Lewandowski a fait ces déclarations lors d'une présentation pour le groupe de réflexion demosEUROPA et lors d'un entretien accordé à EurActiv Pologne, publié en amont de la présentation des propositions de la Commission sur le budget à long terme de l'UE la semaine dernière.

Le commissaire polonais a affirmé que des « temps très difficiles » s'annonçaient pour la Commission dans son rôle de protection du budget européen.

En décembre dernier, cinq pays de l'UE, l'Allemagne, la Finlande, la France, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, ont envoyé une lettre à la Commission pour demander un gel du budget de l'UE jusqu'en 2020.

M. Lewandowski a rejeté cette approche, affirmant que « quelques pays » ne voyaient que leur propre intérêt national de « manière unilatérale et très arrogante ».

Le commissaire a noté que même si certains Etats membres souhaitaient une réduction du budget, le Parlement européen avait récemment voté une résolution visant une augmentation de 5 %. Le Parlement disposera d'un pouvoir de codécision sur l'approbation du budget de l'UE pour 2014-2020 et aura donc autant de poids que les Etats membres.

Il a déclaré qu'il défendrait le budget de l'UE proposé comme « une vision […] équilibrée et raisonnable qui protégera également le projet européen, car sans financement, il ne reste qu'un slogan ».

M. Lewandowski a également mis en exergue les difficultés auxquelles est confronté le service pour l'action extérieure, admettant qu'il était « extrêmement difficile d'aboutir à une réelle politique étrangère à l'échelle de l'UE ». Il a toutefois ajouté qu'aucun pays ne remettait en question le marché unique ou la sécurité énergétique et que les prochains budgets de l'UE y consacreraient plus de financements.

Défendre l'euro et l'espace Schengen

M. Lewandowski a laissé entendre que les négociations sur le budget 2014-2020 seraient difficiles étant données les « conditions défavorables » dues à la crise de la dette dans la zone euro et aux renflouements accordés aux économies dites périphériques (Grèce, Irlande et Portugal).

Le commissaire polonais a également tiré la sonnette d'alarme dans la mesure où, selon lui, certaines réalisations clés de l'UE, à savoir la monnaie unique et la liberté de mouvement, sont de plus en plus remises en question.

La Pologne joue un rôle actif dans la défense de l'espace Schengen de libre circulation et souhaite son élargissement aux citoyens européens d’Europe centrale et orientale, a-t-il déclaré.

Contre toute attente, M. Lewandowski a affirmé que c'étaient les pays périphériques de l'UE des 15 qui s'étaient révélés être les maillons faibles lors de la crise, et non pas les pays d'Europe centrale et orientale qui ont rejoint l'UE en 2004 et 2007.

Les gouvernements « pris en otage par des réflexes xénophobes d'extrême droite »

En outre, M. Lewandowski a expliqué que la crise économique avait renforcé les groupes nationalistes et d'extrême droite. Les Etats membres sont par conséquent de plus en plus otages des réflexes xénophobes de l'extrême droite, a-t-il ajouté.

Il a notamment cité le Danemark et les Pays-Bas, où les gouvernements dépendent respectivement du Parti populaire danois eurosceptique et anti-immigration et du Parti pour la liberté mené par Geert Wilders.

M. Lewandowski a également mis l'accent sur le fait que les partis d'extrême droite n'étaient que faiblement représentés au Parlement européen, alors que lors des récentes élections nationales et locales en Europe, ils avaient émergé « presque partout ».

Il a déclaré que les partis d'extrême droite étaient actuellement « les plus véhéments au Parlement européen », où ils commençaient à « imposer leurs lubies à l'ensemble de l’Europe ».

« C'est l'Europe dans laquelle nous vivons, l'Europe dont la présidence polonaise héritera le 1er juillet », a-t-il expliqué. Il a ajouté que, selon lui, la Pologne avait pour mission d'être « un pays responsable et optimiste, afin de redonner confiance dans le projet européen pour le bien de tous ».

Il a souligné que la Pologne devrait défendre l'espace Schengen et les autres réalisations de l'intégration européenne, « et ce quelles que soient les difficultés qui surgiront ».

M. Lewandowski a ajouté que la situation devrait être prise en compte lors de la planification du budget de l'UE. Il a souligné que la vision du budget de l'UE pour les années 2014-2020 requerrait l'accord des 27 Etats membres.

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Prochaines étapes: 
  • 1er juil. : début des discussions sur le budget de l'UE lors du lancement de la présidence polonaise de l'UE. Elles dureront plus d'un an.
  • D'ici la fin 2012 : l'UE doit adopter un nouveau budget sous la présidence chypriote de l'UE.
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