L’UE bataille pour s’imposer en Haïti [FR]

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La pression monte sur Bruxelles pour qu’elle « hisse le drapeau » de l’Europe en Haïti, ce pays semblant devenir un cas d’école pour faire la démonstration des institutions de l’Union revisitées dans le cadre du traité de Lisbonne. 

Les ministres des affaires étrangères de l’UE se réunissent à Bruxelles aujourd’hui pour une rencontre de deux jours pendant laquelle seront discutées les réponses que l’UE peut apporter à la crise en Haïti.

Herman Von Rompuy, nouveau président permanent du Conseil de l’UE, a demandé aux chefs d’Etat et de gouvernement de s’entretenir de la situation lors du sommet informel prévu le 11 février.

Une réunion ministérielle extraordinaire de lundi dernier a déjà abouti à un engagement à hauteur de 92 millions d’euros pour l’assistance humanitaire au pays des Caraïbes ravagé, qui s’est ajouté à une enveloppe de 30 millions d’euros de la Commission européenne. Pour ce qui concerne l’assistance non humanitaire précoce, notamment la restauration des services gouvernementaux, l’UE a alloué 100 millions supplémentaires. 

Cette fois-ci, les ministres vont discuter de la mise en place d’une force inspirée de la gendarmerie sous le commandement de l’ONU. Rien n’était décidé avant la rencontre concernant l’utilisation par l’UE de la Force de gendarmerie européenne (FGE), basée en Italie ; ou si chacun des Etats membres enverraient des troupes en dehors de ce cadre, ont déclaré des diplomates.

La FGE se compose de six Etats membres – France, Italie, Pays-Bas, Portugal, Espagne et Roumanie. Certains pays, comme le Royaume-Uni, n’ont pas de force de gendarmerie et ne participeront pas à ces efforts.

La couverture médiatique télévisuelle a donné l’impression que l’aide américaine était massive et que les forces des Etats-Unis avaient remplacé le gouvernement haïtien dans la gestion du désastre. Des reporters français ont affirmé que l’armée américaine, qui a le contrôle de l’aéroport du pays, donne aux avions américains la priorité pour atterrir.

La France nourrit apparemment l’ambition d’une plus grande présence à Haïti, un pays qui souffre en français, a déclaré tout récemment Jean-Pierre Raffarin, envoyé spécial de la France pour la francophonie à des journalistes à Bruxelles, notant que la langue parente du créole local était le français.

Controverse institutionnelle dans l’UE

Ces derniers jours, la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères Catherine Ashton a été critiquée pour ne pas s’être rendue à Haïti.

Bien que son service diplomatique ne soit pas encore en place, les bénéfices d’avoir pour la première fois une responsable européenne des affaires étrangères au même niveau qu’un secrétaire d’Etat américain sont déjà remis en question.

S’adressant à des journalistes bruxellois, un ambassadeur de l’un des plus importants pays de l’UE a déclaré que l’urgence, c’était l’assistance aux victimes et non pas les controverses institutionnelles.

Aider les victimes, c’est ce qui compte. Personne ne devrait se perdre dans des discussions théoriques. Nous sommes dans l’urgence, a-t-il plaidé.

Concédant qu’il comprenait l’émergence de potentiels problèmes de perception au sein de l’opinion publique concernant la réponse de l’UE à la crise, le diplomate a dit que du temps était nécessaire avant que les nouvelles institutions de l’UE ne soient pleinement fonctionnelles.

 Puis, il a rappelé que Mme Ashton ne serait pas formellement investie de ses nouvelles fonctions avant un vote d’approbation de l’ensemble de l’équipe Barroso II qui doit se tenir au Parlement européen le 9 février.

Cette nouvelle Union européenne a besoin de temps pour se mettre en place, a-t-il dit, ajoutant que le Service européen d’action extérieure n’existait pas encore. L’avant-projet devrait être adopté, inch’allah, fin avril, a-t-il dit. C’est une date limite très proche, a-t-il fait remarquer.

Le diplomate a également insisté pour dire que la réponse de l’UE aux crises comme celle d’Haïti était un travail d’équipe, demandant l’implication des ministres des 27 ainsi que celle de Mme Ashton.

Si vous voulez voir le même visage partout, alors l’idée qui est clairement derrière le traité de Lisbonne, en termes de relations extérieures, c’est qu’il y a une Haute représentante qui préside le Conseil affaires étrangères et qui coordonne une équipe, a-t-il expliqué.

Je comprends pleinement le point de vue politique selon lequel l’UE devrait se manifester, etc. Mais sérieusement nous n’allons pas à Haïti simplement pour le plaisir de se faire voir alors que l’urgence est de faire se poser des avions d’aide humanitaire. Essayons de garder un peu de décence, a plaidé l’ambassadeur.

La priorité, ce n’est toujours pas que Monsieur X ou Madame Y ne se fassent voir à Port-au-Prince, bon sang, a-t-il conclu.

Un représentant de cabinet de Mme Ashton a déclaré aux journalistes, vendredi, qu’une visite de Mme Ashton à Haïti était envisagée, mais qu’aucune date n’avait été fixée.

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