Le règlement européen Reach impose aux entreprises d'enregistrer les substances chimiques dangereuses, ou utilisées en grande quantité, avant le 30 novembre prochain. Certaines pourraient ne pas respecter les délais.

«Nous pensons que l’industrie sera prête à temps», précise-t-on à l’Agence européenne des produits chimiques (Echa). © Commission européenne
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Avis aux opérateurs économiques sur la première échéance d’enregistrement prévue par le règlement REACH
Les entreprises françaises seront-elles prêtes à temps? Elles ont jusqu'au 30 novembre pour enregistrer leurs substances chimiques auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (AEPC, Echa en anglais). Cette notification constitue en réalité une demande d’autorisation d’utilisation des produits, imposée par le réglement Reach (Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques), de décembre 2006.
Un enregistrement progressif
L’AEPC, le ministère de l’Ecologie et l’Union des industries chimiques (UIC) sont confiants sur les délais. « Sur la base des informations que nous avons reçues des associations, nous pensons que l’industrie sera prête à temps », précise l’Agence. Aucune alerte sur un risque de non respect des délais n'a été lancée. Un « avis aux opérateurs économiques sur la première échéance d’enregistrement » a toutefois été publié au journal officiel le 22 octobre.
Le 25 octobre, les industries françaises avaient déposé 1048 dossiers auprès de l’Agence via le portail électronique Reach-it. Cela représente 9,4% des 11 000 demandes enregistrées à cette date dans toute l'Europe. Les notifications se sont envolées depuis la rentrée de septembre, et en particulier au cours des trois dernières semaines.
La déclaration des produits a lieu en deux étapes. Pour préparer les documents à transmettre à l’Agence, les entreprises concernées par une même substance ont dû se réunir au sein d’un Forum d’échange d’informations sur les substances (Sief). Chaque Sief a élu un déclarant principal. Celui-ci doit enregistrer un dossier technique exhaustif comportant des données chimiques et toxicologiques.
Les déclarants secondaires, c'est-à-dire les autres industries utilisant cette substance, enregistrent un texte allégé. Ce document comporte des informations spécifiques à l’entreprise.
Des délais impératifs
« Les échéances ne sont pas négociables, les entreprises le savent et sont mobilisées », explique la responsable management des produits au sein de l’UIC, Sonia Benacquista.
Dans la plupart des entreprises françaises, les dossiers sont en cours de finalisation, malgré la complexité technique, juridique et linguistique des procédures d’enregistrement. « Monter un dossier demande beaucoup de travail. Cela nécessite une connaissance accrue de la substance, précise-t-elle. L’enregistrement est un travail considérable. »
L'optimisme de l’UIC et du ministère ne fait pas l'unanimité. Selon les avocats à la direction internationale du cabinet Fidal, Frédéric Puel et Guillaume Pezzali, certaines entreprises n’ont pas pris pleinement conscience de ce que représente Reach. Ce règlement ne concerne pas que des industries chimiques mais aussi toutes celles qui utilisent ces produits. « Elles sont moins bien armées. Pas mal d’industriels n’ont pas pris conscience qu’ils sont concernés. Il risque d’y avoir des cas de non-conformité d’entreprises qui n’ont pas compris ou pas vu les enjeux », estiment les deux avocats.
De plus, ils rappellent que « la Commission européenne a conseillé l’enregistrement des dossiers des déclarants principaux pour le 30 septembre au plus tard, mais malgré cet appel les entreprises ne l’ont pas fait ». Les avocats expliquent que ces dossiers doivent être validés avant que les déclarants secondaires puissent envoyer leurs demandes. Or, parmi ceux déjà reçus par l’Agence, 20% n’étaient pas complets: seuls 8500 enregistrements sur les 11000 ont été validés.
Les risques encourus pour les contrevenants sont importants. Si les industries ne déposent pas leurs dossiers dans les temps, elles ne pourront plus commercialiser ou importer les substances en question. La France a aussi mis en place « un arsenal juridique »: les entreprises risquent des sanctions administratives et pénales.
CALENDRIER
- 30 novembre 2010: Enregistrement des substances dont les entreprises produisent ou importent plus de 1000 tonnes par an et des produits les plus toxiques.
- 31 mai 2013 : Enregistrement des substances produites ou importées entre 100 et 1000 tonnes par an.
- 31 mai 2018 : Enregistrement des substances produites ou importées entre 1 et 100 tonnes par an.
CONTEXTE
Le règlement sur l'enregistrement, l'évaluation, l'autorisation et les restrictions des substances chimiques Reach est entré en vigueur le 1er juin 2007.
Il vise toutes les substances chimiques, produites ou importées, existantes ou nouvelles, à partir d'un volume annuel supérieur à une tonne.
Ses principaux objectifs sont d'assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine et l'environnement contre les risques que peuvent poser ces produits. Ce règlement fait porter à l'industrie la responsabilité d'évaluer et de gérer les risques et de fournir des informations de sécurité. L'UE peut prendre des mesures supplémentaires concernant des substances extrêmement dangereuses.
Les entreprises doivent enregistrer, pour le 30 novembre 2010, leurs substances dont elles produisent plus de 1000 tonnes par an, ou les plus dangereuses.
Ainsi, les substances présentant un effet cancérigène, mutagène ou toxique pour la reproduction doivent aussi être déclarées, si elles sont utilisées à plus d’une tonne par an. Les produits pouvant entraîner des effets néfastes à long terme pour l'environnement aquatique, utilisés à plus de 100 tonnes par an sont aussi concernés.
Puis ce sera au tour des produits dont elles produisent entre 100 et 1000 tonnes par an pour le 31 mai 2013. Enfin, les entreprises devront enregistrer des substances.




Réactions
berger (non vérifié), le 02/11/2010
"Monter un dossier demande beaucoup de travail. Cela nécessite une connaissance accrue de la substance, précise-t-elle..." cette phrase laisse pantois. Connaître la substance commercialisée fait partie du cahier des charges ou est -il un risque à la charge du consommateur ?
Quand on pense que les scientifiques avait demandé un nombre plus accru de ces substances mais qui a été refusé : au nom de quoi, du PIB, de dieu ? autant plaisanter face à ce manque de déontologie, de la préservation de la diversité biologique et des générations futures. Bon hier, c'était la fête des morts, alors vive la fête.
François VINCENT (non vérifié), le 02/11/2010
Est-ce que vous connaissez l'heure précise de votre date de naissance à la minute près ? Cela ne vous empêche pas d'être bien vivant et de poser des questions pertinentes...
EHS (non vérifié), le 03/11/2010
Depuis près d'une décennie ce projet est dans le tube. Ceux qui croyaient qu'il ne passerait pas les procédures du PE se sont trompés. Qu'ils n'y soient èpas préparés, c'est compréhensible. Mais toutes les autres entreprises,don nombreuses sont celle qui sont satisfaits du système ne devraient pas avoir d'excuses....à part celle que les instances étatiques n'ont pas été mises aen place et que par ailleurs il y un manque évident d'experts en chimie! De quoi tirer un sérieux alarme pour l'orientation des jeunes vers les sciences dures.
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