Par Emmanuel Mounier
En lançant des procédures antidumping et antisubventions sur les exportations chinoises de panneaux solaires, les Etats-Unis ont ouvert le feu, en octobre dernier. Et déclenché une réaction en chaine mondiale.
La Chine a d’abord répliqué en novembre avec une enquête sur l’ensemble des subventions américaines aux énergies renouvelables, ainsi qu’une enquête antidumping sur les exportations américaines de polysilicium, indispensable pour la fabrication de panneaux solaires. En décembre, l’Union européenne s’est jointe à la danse en lançant des procédures antidumping et antisubventions contre les exportations américaines de bioéthanol.
Les Etats-Unis ont relancé la partie en janvier par une procédure antidumping sur les éoliennes chinoises et vietnamiennes. Et c’est maintenant l’Inde qui envisage d’augmenter ses droits de douane sur les panneaux solaires américains et chinois, afin de protéger sa filière locale. Cette guerre commerciale, où chacun se rend coup pour coup, connaitra surement d’autres épisodes.
Investissements colossaux
Comment en est-on arrivé là ? Depuis le milieu des années 2000, toutes les grandes puissances rivalisent d’audace dans leurs programmes de développement des énergies renouvelables. Les financements, publics comme privés, affluent de toute part. En 2011, 205 milliards d'euros, contre 14 milliards en 2004, ont été investis dans les énergies vertes dans le monde aussi bien en Europe ou en Amérique du Nord qu’en Asie (Chine, Inde), selon les données de Bloomberg.
Depuis 2008, les Etats-Unis ont accordé à eux seuls près de 90 milliards d'euros d’aides publiques. Au niveau européen, les objectifs climatiques fixés en 2007 à l'horizon 2020 amènent tous les Etats Membres à intensifier leurs efforts. La France vient ainsi d’annoncer le lancement de son plan « éoliennes offshore » qui engage 20 milliards d'euros d’ici à 2020.
Ces nouvelles sources d’énergie verte (éolien, solaire, biocarburants, biomasse, hydroélectrique…) sont parées de toutes les vertus : elles permettent de lutter contre le réchauffement climatique, de réduire la dépendance aux énergies fossiles et doivent surtout amener la création de millions d’emplois qualifiés. La crise économique de 2008 est venue renforcer ce phénomène.
La lutte contre un chômage qui explose, particulièrement aux Etats-Unis et en Europe, est devenu la priorité n°1. Les plans de relance adoptés partout dans le monde en 2009 comportent tous un volet « énergie propre ». 184 milliards d'euros de subventions publiques sont ainsi dégagés à travers le globe pour lancer de nouveaux investissements et soutenir la croissance verte.
Ruée vers l'or
De tels investissements ne pouvaient manquer de susciter l’appétit de la concurrence internationale. En Chine, 1er investisseur mondial dans le domaine en 2010, des filières ultra compétitives se sont mis en place. Les marchés des Etats-Unis ou de l’Union européenne sont largement ouverts aux exportateurs chinois depuis l’accession de la Chine à l’OMC en 2001, leur permettant de prendre toute leur part dans cette ruée vers l’or vert.
L’afflux massif de produits étrangers, suscitant une véritable guerre des prix, vient directement menacer ces fameux emplois verts, objet de tant d’attentions : la banqueroute de Solyndra aux Etats-Unis, le redressement judiciaire de Photowatt en France, illustrent l’impact de ces importations low cost.
Penser à long terme
Afin d’éviter de voir ses aides subventionner la création de nouveaux emplois chez ses partenaires commerciaux, chacun cherche à se défendre avec les armes à sa disposition, principalement les bien-nommées « mesures de défense commerciale » (antidumping, antisubventions).
Pourtant, tous les Etats qui y ont recours n’ont de cesse de demander à l’OMC une plus grande ouverture des marchés, et professent leur refus d’un protectionnisme qui viendrait mettre en danger la fragile reprise mondiale.
Avant de s’engager dans une guerre commerciale aux dommages collatéraux imprévisibles, ne vaudrait-il mieux pas s’interroger sur les finalités poursuivies ? Un développement plus rapide des énergies alternatives grâce à des équipements peu coûteux, c’est autant d’emplois créés pour l’installation et l’entretien de ces nouveaux équipements ainsi que pour la distribution de cette nouvelle énergie.
Ces emplois-là ne seront pas délocalisables, et apporteront effectivement leur pierre à la croissance et à la lutte contre le réchauffement climatique. Prenons garde à ne pas mettre en danger les importants efforts consentis ces dernières années sur des filières entières par la poursuite d’objectifs à court terme.
Emmanuel Mounier est expert en politique commerciale




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