La réduction des gaz à effet de serre ne se limite pas à 2020. Le projet de "feuille de route" de la Commission européenne visant à passer à une économie faible en carbone en 2050, a fuité dans les médias. Ce document, dont la version finale devrait être publiée le 9 mars, est principalement une analyse des coûts liés aux différentes étapes nécessaires pour atteindre les objectifs de l'UE sur le climat. Il s'agit de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 80-95 % par rapport aux niveaux de 1990 d'ici 2050.

Le projet de la Commission fixe un objectif de réduction des émissions de 25% d'ici 2020, et non plus 20%, comme prévu.

Pour y parvenir le document précise que la mise en place d'objectifs provisoires sur les économies d’énergies réduirait les émissions de 5 % supplémentaires. «L’analyse montre que la solution rentable pour avoir la réduction attendue en 2050 nécessitera de diminuer les émissions dans l'UE de 25% en 2020 », peut-on lire.

Mais l'UE ne pourra réaliser cette réduction que si elle parvient à respecter sa promesse d'augmentation de 20% d'efficacité énergétique d’ici 2020, ajoute le texte.

La feuille de route propose aussi de réduire de 40% les émissions de CO2 d'ici 2030, et de 60% pour 2040.

Objectif à mi-parcours

L’objectif de 25% est inférieur à la réduction de 30%, promise par l’UE si d’autres Etats s’engagent à réduire leurs émissions. La commissaire à l’Action climatique, Connie Hedegaard, a maintenu que la proposition de réduire les émissions de 30 %, était totalement indépendante de la feuille de route.

« Nous proposons de nouveaux exercices, de nouveaux modèles et de nouvelles mesures d’efficacité pour élever le débat », a confié une source de la Commission à EurActiv. « Nous sommes actifs et intensifions nos politiques et nos projets de manière à être encore plus ambitieux. La commissaire ne reviendra jamais sur sa promesse de fixer l’objectif à 30 % ». Elle est pourtant en désaccord sur ce point avec son homologue en charge de l'Energie, Günther Oettinger. 

Néanmoins, le pourcentage de 25 % sera inévitablement perçu comme un résultat du marchandage de Bruxelles, puisqu’il s'inscrit entre les objectifs de 20 % et de 30 % de réduction du CO2 pour 2020. Un éventuel échec sera sans doute mis sur le compte de l’impuissance actuelle de la Commission à faire respecter ses objectifs contraignants en matière d’économie d’énergie.

Investissements nécessaires

La feuille de route fournit également des indications sur les moyens les plus rentables pour atteindre les objectifs de 85 à 90% de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.

Le texte propose un « investissement majeur et durable » dans les énergies renouvelables, les réseaux intelligents, le captage et stockage de carbone (CSC), les procédés industriels avancés et le développement des transports électriques sur une période de 40 ans.

Le document prévoit aussi que l'augmentation des dépenses pour l'ensemble de ces domaines soit de 270 milliards d'euros chaque année ou 1,5 %  du PIB de l'UE supplémentaires par an. Ils s'ajouteraient aux 19 % du PIB actuellement investis à ces fins. 50 milliards d'euros de plus seront également nécessaires pour la recherche et le développement au cours des dix prochaines années.

Mais sur 40 ans, les économies générées par l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables devraient réduire les coûts moyens des carburants dans l'UE de 175 à 320 milliards d'euros par an, en fonction de l'étendue et de la rapidité de mise en place des réformes. 

Le captage et stockage de carbone devra également être développé à plus grande échelle après 2035, avec un coût annuel de 10 milliards d'euros.

Le système communautaire d'échange de quotas d'émission (SCEQE) devra aussi être renforcé pour stimuler le développement d'un plus grand nombre de technologies à faible émission de carbone. Pour cela, un signal suffisamment fort sur le prix du carbone et une prévisibilité à long terme seront nécessaires, peut-on lire dans le document. Le texte propose de mettre de côté de 500 à 800 millions de quotas au cours de la transition entre la phase deux et trois du SCEQE, de 2013 à 2020, pour compenser les excès d'attribution de quotas durant la deuxième phase.

POSITIONS

L'ONG les Amis de la terre, a salué la nouvelle. Mais l'organisation a émis quelques réserves. « Une réduction de 25 % représente un peu plus que le pourcentage habituel et constitue clairement un pas en arrière comparé aux 30 % proposés », a déclaré Brook Riley membre des Amis de la terre. «La science du climat et la responsabilité historique nous montrent que l’Europe doit réduire ses émissions d’au moins 40 %, sans avoir recours à la compensation internationale. Nous ne pouvons nous permettre de laisser la pression de grandes entreprises et d’autres intérêts personnels empêcher une action efficace de l’Europe ».

La responsable de la politique européenne pour l'International Emissions Trading Association, Simone Ruiz, a déclaré à EurActiv que seuls les chiffres de réduction des quotas de carbone, ajustés à l’objectif de 25%, sont nouveaux. « Selon la directive SCEQE, vous devez mettre aux enchères tous les quotas qui n'ont pas été alloués gratuitement, donc nous supposons qu'il faudrait modifier la directive et ensuite voir comment ce signal serait perçu par les marchés », a déclaré Mme Ruiz.

Le directeur exécutif du bureau européen des marchés mondiaux des droits d'émission de carbone de la banque américaine Merrill Lynch à Londres, Abyd Karmali, a souligné la sensibilité des marchés au changement. « Toute tentative d'ajuster des aspects du SCEQE doit être effectué avec beaucoup de précautions », a-t-il déclaré. Car les acteurs du marché s'attendent à ce qu'il n'y ait pas d'ajustement ex-post, à ce qu'il y ait une communication anticipée concernant tout changement proposé et à ce que ceux-ci soient mis en place sur un calendrier qui sera donné en avance à tous les acteurs du marché ».

Le responsable du changement climatique et de la politique énergétique au Fonds mondial pour la nature (WWF), Jason Anderson, a commenté : « Nous espérons que le Conseil et le Parlement considéreront cette analyse et appelleront à une évolution d’au moins 30 % pour 2020 ». «Nous attendons de la Commission qu’elle livre une analyse indiquant de profonds potentiels de réductions dans tous les secteurs de l’économie, telles que des économies nettes. Le développement de politiques effectives dans les économies d’énergie sera crucial, la proposition législative à venir de la Commission doit apporter des économies de 20 % d’ici 2020, en commençant par fixer un objectif contraignant », a-t-il ajouté.

Pour le directeur du programme de la Fondation européenne pour le climat, Stephen Boucher, « en l’absence d’objectif clair pour augmenter les réductions de l’Union et d'un SCEQE plus strict, nous ne posséderons pas de prix du carbone ou de politique permettant de stimuler les investissements visant à réduire les émissions de carbone qui nous permettrait de concurrencer la Chine. Il est bienvenu que la Commission reconnaisse que l’idée des 30 % reste ouverte ».

La directrice du « European Corporate Leaders Group » du Prince de Galles Sandrine Dixson-Declève, a bien accueilli la feuille de route, affirmant qu’elle « donnerait aux dirigeants d’entreprises et aux investisseurs la sécurité d’investissement dont ils ont besoin à long terme. Cependant, nous avons besoin de clarifier si les 25 % indiqués par la Commission correspondent aux 20 % d’avant ou s’il s’agit d’un scénario du statu quo et si la prochaine solution rentable pour 2030 est de 40 % ». « Actuellement, la position de plusieurs Etats concernant les objectifs et les plannings n'est pas claire », a-t-elle précisé.

CALENDRIER

9 mars : Publication de la feuille de route concernant les réductions de carbone pour 2050 par la Commission européenne