Les tensions actuelles liées au renvoi de centaines de Roms de la France vers la Roumanie ne doivent avoir aucune répercussion sur l'adhésion de Bucarest et de Sofia à l'espace Schengen, estime un porte-parole de la Commission.
Positions
Revue de presse
EurActiv.com
EU urges France not to mix Roma issue with SchengenLe Figaro
Roms : l'UE peine à se doter d'une politique d'intégrationEU Observer
Italy to raise EU citizen expulsion policy at September meetingEurActiv Roumanie
Leonard Orban: "Repatrierea rromilor e doar o masura pe termen scurt si efectele nu vor fi foarte benefice"
La Roumanie et la Bulgarie prévoient d’intégrer l’espace Schengen en mars 2011. Le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, a néanmoins fait allusion à un possible report de cette échéance pour Bucarest si la Roumanie échouait à mieux intégrer sa communauté rom.
La Roumanie dans le viseur français
"La Roumanie sur le point de rester en dehors de Schengen en raison des Roms ", a titré le journal Romania Libera. Le quotidien roumain en veut pour preuve les propos de Pierre Lellouche, pour qui la Roumanie ne peut pas entrer dans la zone sans frontières de l'Union européenne, dans la mesure où le pays bénéficie de 20 milliards d’euros dans le budget de l'UE pour la période 2007-2013, mais ne fait rien pour l'inclusion sociale des Roms. Le population officielle de Roms en Roumanie est de 535 000.
« Il y a deux millions et demi de Roms en Roumanie et il est de la responsabilité de la Roumanie de les intégrer. Ce n'est pas la France qui devrait intégrer les Roms roumains », a expliqué Pierre Lellouche, selon le quotidien.
Selon Realitatea TV, Pierre Lellouche aurait également laissé entendre que la promesse du premier ministre roumain, Emil Boc, à la France de désigner un secrétaire d'Etat chargé de l'intégration de la minorité rom du pays n'aurait pas été tenue.
Ce dernier a néanmoins déclaré que la Roumanie avait bien procédé à cette nomination. Valentin Mocanu serait aujourd'hui secrétaire d'Etat chargé de l'intégration des Roms, au sein du ministère du Travail. Il devrait se rendre à Paris les 25 et 26 août pour rencontrer des responsables français.
Leonard Orban, ancien commissaire roumain, actuellement conseiller du président Traian Basescu, a jugé les déclarations de M. Lellouche "inquiétantes" et a admis que la relation de son pays avec la France était devenue "tendue".
La stratégie bulgare
Le cas bulgare diffère de celui de son voisin sur le dossier des Roms. La Bulgarie s’est en effet montrée très silencieuse sur les expulsions, alors qu’un premier groupe de 13 Roms bulgares est arrivé à Sofia. De son côté, la France n'a pas mentionné le report de l'adhésion de la Bulgarie à l'espace Schengen.
Le premier ministre bulgare, Boyko Borissov, considère l’adhesion de son pays à l’espace Schengen début 2011 comme une priorité absolue.
La Commission réagit
Interrogé par EurActiv.com après les menaces de la France de ne pas donner son feu vert à l'adhésion à Schengen de la Roumanie, un porte-parole de la Commission a affirmé que les deux questions étaient indépendantes.
" Il n'y a aucun point dans l'accord de Schengen concernant l'intégration des Roms ", a déclaré Matthew Newman, porte-parole de la Commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté, Viviane Reding.
" L'intégration des minorités ne fait pas partie de l'acquis Schengen, évalué sur la levée des contrôles aux frontières intérieures, la délivrance des visas, la coopération policière, la volonté de se connecter et d’utiliser le système d'information Schengen et la protection des données ", a expliqué le porte-parole.
Les obligations de la Bulgarie et de la Roumanie pour adhérer à l'espace Schengen concernent la fiabilité de leurs frontières terrestres et aériennes et la protection des données utilisées dans la base de données commune des passagers, appelée Système d'information Schengen ou SIS. En juin dernier, le Parlement européen a donné son accord à l'adhésion de Sofia et de Bucarest au SIS.
Un programme d'intégration européen des Roms?
Le président roumain a cependant réclamé un " programme d’intégration " européen des citoyens d’ethnie rom, le 20 août dernier.
Le nombre de Roms originaires de Roumanie et de Bulgarie vivant en France est estimé à 15 000. Le gouvernement français a commencé les expulsions groupées. 800 à 850 retours sont prévus avant la fin du mois d’août, a précisé le ministre de l'Immigration, Eric Besson, interrogé par France Inter le 23 août.
Beaucoup de Roms d'Europe orientale se sont déplacés vers l'Ouest après l'élargissement de l'UE, créant des tensions, notamment en Italie. Le ministre de l’Intérieur italien Roberto Maroni a d'ailleurs manifesté son soutien aux mesures françaises le 20 août.
Une réaction logique, selon Sylvain Kahn, spécialiste des affaires européennes et enseignant à Sciences Po. Le gouvernement italien approuve aujourd’hui les décisions françaises car il est "trop content de ne plus être totalement isolé" dans sa politique contre les Roms, explique-t-il. Le chercheur exprime toutefois des craintes sur l'absence de réactions des autres Etats membres de l'UE. C'est "la politique de l'autruche", conclut-il.
La réunion informelle des ministres de l'immigration du 6 septembre qui se tiendra à Paris, et à laquelle ni la Roumanie ni la Bulgarie n'ont été conviées, permettra de préciser les différentes positions sur ce "dossier rom".
POSITIONS:
L'ancien premier ministre français, Dominique de Villepin, a condamné le 23 août dans Le Monde, la "dérive inacceptable" que constitue, selon lui, la répression touchant les Roms et les communautés tsiganes.
"Il y a aujourd'hui une tâche de honte sur notre drapeau", a-t-il insisté, évoquant une "indignité nationale". En bon rival du président français, il dénonce une surenchère sécuritaire qui "n’a d’autre but que la provocation et la division pour assurer la conservation du pouvoir au service d’intérêts personnels".
Il appelle les citoyens français à s'opposer aux mesures actuelles qui offrent, selon lui, un "visage méconnaissable de la patrie des droits de l’homme".
Les membres de l'opposition ont également exprimé leur indignation à l'image de l'eurodéputé socialiste Vincent Peillon qui a dénoncé des attaques dirigées contre "les plus faibles".
Le père Arthur Hervet, un prêtre de Lille, a déclaré le 22 août que la communauté rom "a été soumise à la guerre" pendant trois ans. Il a déclaré aux journalistes après la messe qu'il priait pour que le président Nicolas Sarkozy ait une crise cardiaque, mais a regretté plus tard cette déclaration virulente.
L'archevêque d'Aix-en-Provence et Arles, Christophe Dufour, a également critiqué le gouvernement, après avoir assisté au démantèlement d'un camp.
CALENDRIER
6 septembre 2010: Réunion des ministres de l'intérieur à Paris
Mars 2011: Adhésion à l'espace Schengen de la Roumanie et la Bulgarie
Contexte
Schengen est un village à la frontière entre le Luxembourg, la France et l'Allemagne, où un accord visant à supprimer progressivement les contrôles aux frontières communes a été signé le 14 juin 1985 entre ces trois pays, ainsi que les Pays-Bas et la Belgique.
Peu à peu, le processus a été poussé plus loin et les contrôles aux frontières ont été abolis en 1995 entre la Belgique, l'Allemagne, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas, l'Espagne et le Portugal.
Aujourd'hui, l'espace Schengen sans frontières se compose de 25 États : l'Autriche, la Belgique, le Danemark, la France, la Finlande, l'Allemagne, la Grèce, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal, l'Espagne, la Suède, la République tchèque, l'Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie, ainsi que les trois pays associés non-UE, la Norvège, l'Islande et la Suisse.
Le Royaume-Uni et l'Irlande ont décidé de rester en dehors de cet espace Schengen.
La Bulgarie, la Roumanie et Chypre n'appliquent encore que partiellement l'acquis de Schengen pour le moment. Des contrôles sont donc toujours effectués à la frontière de ces trois États membres.



Réagissez