L'étude réalisée par l’institut «Testbiotech» à votre initiative met en cause l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa). Que lui reprochez-vous? 

En tant que membre de la commission Environnement du Parlement européen, je suis en charge de la révision de la stratégie biodiversité de l’Union européenne à l’horizon 2020. A cette occasion, nous avions pensé à faire réaliser une étude sur l’évaluation des effets des OGM sur la biodiversité.

Or, quand l’institut Testbiotech a commencé à travailler sur le sujet, il a constaté, qu’en l’état, les procédures de l’agence ne permettent pas de faire cette évaluation. 

Vous dénoncez donc davantage une absence de critères clairs qu’un manque de transparence de l’Agence?

Les deux sont liés. L’absence de critères clairs pour évaluer les OGM renforce le manque de transparence. A l’occasion de la révision du règlement sur les OGM, la Commission européenne a invité l’Efsa à revoir ses procédures d’évaluation. Un rapport devrait sortir en novembre 2010. 

Par ailleurs, la Commission a opéré un complet revirement concernant la politique commune lié à la gestion des risques des OGM. L’accord, déjà plus ou moins acté entre la Commission et un certain nombre d'Etats membres, consiste en effet à permettre l’accélération des procédures d'autorisation en échange d’un renforcement de la compétence des Etats pour autoriser la commercialisation et l’exploitation d’OGM. Mais cela passe nécessairement par un allègement des contrôles de l’Union européenne.

L’accélération de l’instruction des dossiers d'autorisation va-t-elle forcément de pair avec une facilitation des autorisations? 

L’accélération des dossiers ne doit pas être un objectif en soi. La mission de l’agence consiste à évaluer les impacts sur la santé et l’environnement d’un certain nombre de produits. Elle doit donc avoir pour seul objectif de mettre en place des protocoles d’évaluation donnant les meilleurs résultats sur les impacts de ces produits sur la santé et l’environnement.

Or, puisqu’il n’existe aucune garantie que les OGM n’ont pas d’effet sur la santé, les protocoles appliqués à ces produits devraient être semblables à ceux que l’on applique aux produits pharmaceutiques. Cela supposerait, par exemple, que les expérimentations qui sont faites sur les rats soient prolongées.

Mais l’Efsa a déjà reconnu que les OGM peuvent avoir «des effets complexes et imprévisibles»… 

C’est tout le paradoxe! En octobre 2009, lors de son audition, la directrice de l’Efsa n'a pas nié que les OGM pouvaient avoir des effets sur la santé et l’environnement. En même temps, l’Agence continue d’avancer au fur et à mesure. 

Normalement, la situation devrait pousser la communauté scientifique à appliquer le principe de précaution. Elle devrait contiuer les études et les expérimentations avant d’autoriser les OGM.

Au lieu de cela, l’Efsa semble pratiquer une politique du «risque minimum». Il y a un risque, mais puisqu’il y a un intérêt commercial, on accepte de prendre ce risque. 

La question des OGM n'est-elle pas aujourd'hui plus politique que technique?

Le politique a besoin de prendre des décisions éclairées. Nous avons besoin d’agences indépendantes.

Il faut repenser la recherche en encourageant la pluridiciplinarité. Elle ne doit plus être seulement aux mains de scientifiques spécialisés. La recherche sur les OGM doit aussi tenir compte d'une évaluation socio-économique de l’impact des OGM. Par ailleurs, il serait intéressant de regarder le panel de scientifiques qui travaille sur les OGM. Est-il régulièrement ouvert à de nouveaux laboratoires? Je préconise un renouvellement des chercheurs. 

De plus, le pouvoir économique joue un rôle fort dans le domaine des OGM. Je pense notamment aux grosses firmes comme Monsanto, Norvatis, etc…

La vraie question est de savoir qui décide. Certains Etats, comme la France avec le [maïs OGM] Mon810, remettent en question des évaluations de l’Efsa. Ils considèrent que l’agence ne joue pas totalement son rôle et ne permet pas au politique de prendre la bonne décision.