Le recul des dépenses de santé en Europe devient dangereux

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Homeless immigrant. Germany, undated.

Certains États membres ont réduit les dépenses dans les soins de santé. Une décision peu optimale, parfois pour les patients, selon des experts.

Entre 2008 et 2011, 17 des 28 États membres ont réduit leurs dépenses publiques dans les soins de santé en raison de politiques d'austérité. Voilà le constat amer de la conférence annuelle de l'Alliance européenne pour la santé publique (EPHA), organisée à Bruxelles le 5 septembre.

Tandis que l'Allemagne, la France, le Luxembourg et le Royaume-Uni ont enregistré une baisse pendant un an seulement, l'Irlande a réduit ses dépenses trois années de suite.

Les réductions forcées ne sont pas toujours mauvaises et peuvent renforcer l'efficacité des systèmes de soins de santé, selon Sarah Thomson, chercheuse senior à l'Observatoire européen des systèmes et des politiques de santé et vice-directrice de LSE Health. Mais les États membres de l'UE sont passés à côté d'opportunités de rationalisation, ajoute-t-elle.

« Même si la crise présentait plusieurs défis de taille pour certains pays, [...] c'était l'occasion pour eux d'effectuer des changements nécessaires qu'ils ne faisaient pas en période faste», a expliqué la chercheuse lors de la conférence.

Il aurait été censé de se concentrer sur la santé en ligne, les soins coordonnés ou la rationalisation des hôpitaux, estime Mme Thomson.

Or les solutions les plus répandues ont consisté à tailler dans les salaires, le personnel, la formation, la recherche et les avantages sociaux. Ou pire , des investissements ont été annulés, et de nouvelles taxes d'utilisation reportées.

Austérité permanente

Avant la crise, Bucarest dépensait moins de 4 % de son PIB dans les soins de santé, bien moins que la moyenne européenne de 8,4 %, explique Raed Arafat, le secrétaire d'État roumain à la santé. La mise en place de mesures d'austérité dans un pays en crise permanente constituait un réel défi pour la Roumanie, poursuit-il. Environ 20 % des infirmières roumaines ont quitté le pays pendant la crise et l'accès à certains médicaments était très difficile.

« Une part substantielle des ressources n’est pas dépensée de manière adéquate [...], mais dans le même temps, des dépenses supplémentaires dans les soins de santé sont nécessaires en Roumanie », estime le secrétaire d'État.

Le pays avait même envisagé que les personnes victimes de maladies infectieuses, comme le sida ou la tuberculose, qui viennent souvent de groupes pauvres et marginalisés, cofinancent leurs médicaments. Cette idée a finalement été abandonnée.

« Une catastrophe de santé publique aurait pu se produire », indique-t-il.

Des responsables politiques courageux

L'ensemble du système des soins de santé grec subit une pression énorme en raison de la crise. Et les autorités espagnoles ont restreint l'accès aux soins pour les sans papiers.

Des groupes déjà vulnérables avant la crise, à l'instar des sans papiers, des demandeurs d'asile, des toxicomanes, des travailleurs du sexe, des citoyens européens pauvres et des sans-abri, ont constaté une réduction dans les filets de sécurité sociale qui leur accordent de l'aide de base.

Dr Kathia van Egmond, membre du conseil d'administration de l'organisation humanitaire Médecins du monde, ajoute que les mesures d’austérité se sont répercutées sur les systèmes de soins de santé et ont sapé les principes de solidarité et d’égalité.

« D'un côté, nous constatons la baisse de l'accès aux soins de santé, principalement pour les groupes vulnérables, les premières victimes des mesures d'austérité. De l'autre, la montée de la xénophobie, dans toute l'Union européenne », explique le Dr van Egmond.

Quelque 20 % des patients des hôpitaux de Médecins du monde se sont vu refuser l'accès à des soins de santé ces douze derniers moins. Ils étaient 62 % en Espagne.

En Grèce, avant la crise, la plupart des patients étaient des sans papiers. Mais l'année dernière, près de la moitié des soins ont été prodigué par Médecins du monde à des citoyens grecs. Bon nombre d'entre eux ne peuvent plus s'offrir les soins habituels.

« Nous avons besoin de responsables politiques forts et courageux pour dénoncer cette situation, qui n'abandonneront pas une seule seconde la lutte contre l'inégalité sociale, le racisme et la xénophobie », souligne le Dr van Egmond.

Réactions: 

Sarah Thomson, chercheuse senior à l'Observatoire européen des systèmes et des politiques de santé et vice-directrice de LSE Health, a déclaré :

« Même si cela n'a pas toujours été le cas pendant la crise, certains pays ont réagi très rapidement au potentiel de réductions dans le budget des soins de santé. Ils ont utilisé un large éventail d'outils pour tenter de maintenir les niveaux de dépenses publiques dans la santé. Certains pays ont été en mesure de trouver une solution et d'autres ont prouvé que, grâce à des réformes financières, il était possible de protéger le budget de santé. Il était également possible de mettre en place des changements qui protégeaient le marché du travail et d'introduire des politiques plus ciblées. »

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