La recherche en Suisse, une excellence basée sur l’autonomie

  
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Reconnue au plus haut niveau de la Commission européenne de la recherche, la performance académique de la Suisse doit beaucoup à son organisation ouverte sur le monde, estime Patrick Aebischer.

 

 

Patrick Aebischer est le président de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), en Suisse. Neuroscientifique de formation, il a favorisé la rencontre des Sciences de la vie et de l’ingénierie au sein de la Haute école lausannoise.

Au début de cette année, la Commission européenne de la recherche a désigné ses deux « Flagship projects » : Graphene, basé à l’Université Chalmers en Suède, et le Human Brain Project, piloté depuis l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Deux des 4 autres finalistes pour l’obtention de cette bourse, à laquelle ont concouru des équipes de vingt-six pays d’Europe, étaient eux aussi coordonnées depuis la Suisse : Guardian Angels (co-direction de l’EPFL et de l’ETH Zurich) et FuturICT (ETH Zurich).

Il peut sembler étonnant qu’un petit pays comme la Suisse ait su aligner autant d’équipes dans le carré final. Une des raisons principales tient à la remarquable autonomie dont jouissent ses institutions académiques. L’organisation de la formation et de la recherche n’est pas centralisée comme elle peut l’être dans d’autres pays d’Europe. Les Cantons financent les Universités, tandis que la Confédération accorde une enveloppe importante, de l’ordre de 2 milliards de francs suisses (1,6 milliard d’euros) par an, à ses deux Ecoles polytechniques et instituts de recherche affiliés. Et celles-ci assument de manière autonome la responsabilité de la gestion de leur budget.

En outre, une partie importante – environ 30%, soit 228 millions de francs pour l’EPFL en 2012 – des recettes des Ecoles polytechniques provient de fonds « concurrentiels », obtenus sur concours, ce qui stimule le dynamisme de nos chercheurs et de nos institutions. Le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), mais également la Commission européenne de la recherche, surtout par le biais du 7ème programme-cadre (FP7), octroient des financements pour les projets les plus prometteurs.

Là encore, les chercheurs des institutions suisses se démarquent. Selon Thomson Reuters, la Suisse est au premier rang mondial en termes de productivité scientifique depuis 1990. Les scientifiques de ses deux Ecoles polytechniques ont obtenu pas moins de 133 « ERC grants », les bourses de la Commission européenne de la recherche, entre 2007 et 2012.

Ce succès en matière de recherche découle de l’esprit d’ouverture qui souffle sur notre système académique. La nationalité des professeurs n’est jamais un critère d’engagement, seules comptent leurs compétences. Le système de « tenure-track », ou prétitularisation conditionnelle, permet d’engager de jeunes scientifiques de portée internationale, qui ont huit ans pour faire leurs preuves et obtenir un titre de professeur associé ou ordinaire.

Enfin, un large recours à l’anglais pour l’enseignement dès la filière master nous permet d’accueillir des étudiants et des scientifiques de toute provenance, en atténuant les barrières linguistiques et culturelles. Pas moins de 120 nationalités sont représentées en permanence sur le campus de l’EPFL ! Ce contexte éminemment international favorise également les coopérations: le Human Brain Project fédère 85 institutions de recherche dans 23 pays d’Europe. Nous entretenons par ailleurs des relations suivies avec des pays de tous les continents. Au niveau européen, nous sommes en train de tisser de nouveaux liens avec plusieurs universités d’Europe de l’Est et de Russie.

Cette politique d’autonomie, d’ouverture et de valorisation de l’excellence se traduit par une grande qualité de notre recherche. Au-delà des bourses – qu’elles soient exceptionnelles comme la FET Flagship Initiative ou régulière comme les ERC Grants –, elle se mesure à l’aune de notre positionnement dans les plus importants classements des universités. L’EPFL est par exemple 1ère en Europe du Crown Indicator de Leiden, qui se base essentiellement sur l’impact des recherches dans la communauté scientifique. Elle pointe au 2e rang européen du classement de Shanghai pour l’ingénierie, la technologie et l’informatique, et se classe au 5ème rang des universités d’Europe au palmarès du Times Higher Education.

Objets de légitime fierté, tous ces indicateurs sont surtout la preuve que les options choisies il y a parfois plusieurs décennies dans l’organisation du système académique suisse sont les bonnes. L’évolution dans la même direction que l’on observe aujourd’hui dans certains pays d’Europe est réjouissante et ne peut que conduire à une amélioration globale de la qualité de recherche. Des actions telles que la FET Flagship Initiative, destinées à donner un important coup d’accélérateur à la recherche fondamentale, sont éminemment bienvenues – car c’est de là que viendront les grands sauts technologique de demain. Elles permettent à la science européenne d’être un acteur de poids face à l’omniprésence américaine et au développement rapide des universités asiatiques. Mais Rome ne s’est pas faite en un jour : ce virage devra lui aussi se dérouler sur plusieurs années.

 

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