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23/01/2017

Juncker soutient Schulz pour un troisième mandat à la tête du Parlement

Affaires publiques

Juncker soutient Schulz pour un troisième mandat à la tête du Parlement

Malgré le soutien de Juncker, le PPE forcera Martin Schulz à tenir sa promesse de partage de la présidence du Parlement européen.

[SPÖ]

Exclusif. En campagne pour obtenir un troisième mandat consécutif à la tête du Parlement européen, Martin Schulz peut compter sur le soutien de poid de Jean-Claude Juncker. Qui n’empêche pas une grogne des  eurodéputés PPE. 

Jamais deux sans trois? Le pari fait par l’actuel président du Parlement européen, Martin Schulz, de rester pour un troisième mandat consécutif en janvier 2017 à la tête de l’institution se précise et ne fait pas que des heureux.  

Martin Schulz a commencé à défendre ses arguments face aux eurodéputés et à d’autres figures politiques notoires du Parlement, ont affirmé plusieurs responsables à EurActiv

Suite à un accord passé avec le PPE, l’allemand Martin Schulz est pourtant censé laisser son poste à un candidat de centre droit pour la seconde moitié du cycle politique de cinq ans. Un accord auquel la base des élus PPE sont très attachés.

Contrat de mariage

« Cela serait une remise en cause de notre contrat de mariage avec les socialistes, avec qui nous avons un accord écrit, et signé par Martin Schulz lui-même sur le partage de la mandature » rappelle un eurodéputé PPE. « Si tout à coup l’accord entre PPE et Socialistes était rompu, il y aurait une très forte réaction des élus PPE » poursuit-il. 

A l’inverse, pour les supporters de Martin Schulz, il serait insensé qu’il quitte son poste avant la fin des cinq années de mandat puisqu’il s’est lancé dans une croisade pour accroître l’influence et la visibilité du Parlement.

Le social-démocrate allemand a transformé l’Assemblée de Strasbourg en un lieu très apprécié des dirigeants nationaux pour expliquer leur vision des principaux défis auxquels fait face l’Union européenne. Angela Merkel, la chancelière allemande, et François Hollande, le Président français, y ont pris la parole en septembre dernier, et le Premier ministre britannique, David Cameron, pourrait assister à la plénière lorsqu’il aura présenté ses propositions pour renégocier la position du Royaume-Uni dans l’UE.

L’homme politique allemand est aussi perçu comme étant le seul capable de maintenir une discipline au sein de la délégation socialiste, et donc de protéger la « grande coalition » entre les socialistes et le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, ont ajouté des représentants européens.

>> Lire : Le PPE et les socialistes en marche vers une grande coalition au Parlement européen

Élément déterminant, la volonté de Martin Schulz de renouveler son mandat pour deux ans et demi est aussi soutenue par Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne.

Les deux présidents ont tissé des liens étroits ces derniers mois, ont confirmé des responsables européens,  ajoutant que Jean-Claude Juncker est l’un des plus fervents défenseurs de l’idée. Le chef de l’exécutif a trouvé en Martin Schulz un allié précieux pour que ses propositions soient adoptées au Parlement, ont-ils ajouté.

Malgré le soutien de Jean-Claude Juncker, le PPE refuse encore de renoncer à la seconde moitié du mandat de cinq ans. Suite à un accord similaire lors de la précédente législature, Martin Schulz avait dû partager les cinq années de présidence avec son homologue polonais, Jerzy Buzek.

Les conservateurs sont prêts à livrer bataille. Des représentants du PPE ont souligné que Martin Schulz avait signé un accord avec le groupe de centre droit pour partager la présidence du Parlement, et qu’il devait donc être respecté.

Pour apaiser les critiques, Martin Schulz a commencé à organiser des réunions avec les membres éminents du PPE, y compris avec le chef de file du groupe, Manfred Weber.

Le PPE doit encore choisir son candidat. Plusieurs noms ont été avancés, dont celui de l’eurodéputé italien, Antonio Tajani, et celui de l’Irlandais, Mairead McGuinness. Alain Lamassoure, chef de la délégation française du centre droit au Parlement, a aussi été mentionné comme candidat potentiel.

>> Lire : Alain Lamassoure appelé à réunir la délégation UMP au Parlement européen

Le PPE devrait nommer un candidat d’ici fin 2016 et a conseillé aux concurrents potentiels de ne pas se lancer trop tôt dans la course.

Le nom d’Antonio Tajani circule depuis plusieurs mois déjà. Toutefois, le soutien apporté à l’ancien commissaire à l’industrie et à l’entrepreneuriat, qui est aussi l’un des fondateurs du parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia, est loin de faire l’unanimité parmi les membres du PPE.

De récentes révélations ont montré qu’en 2013, lorsqu’il était commissaire,  Antonio Tajani avait fermé les yeux sur le scandale des émissions de Volkswagen. Cette découverte semble bel et bien annoncer la fin de sa candidature.

>> Lire : La Commission aurait su dès 2013 que certains moteurs automobiles étaient truqués

Pendant ce temps, Martin Schulz se livre à des manœuvres pour élargir l’éventail de ses options. Le poids lourd des socialistes ne veut pas revenir au Parlement comme simple eurodéputé. Son option préférée serait d’occuper un poste au gouvernement allemand. La présidence du Parlement ne serait pour lui qu’un plan B, ont indiqué des responsables. Le rêve de Martin Schulz serait de diriger le Parti social-démocrate allemand lors des prochaines élections nationales, qui auront lieu à l’automne 2017.

Néanmoins, il n’est pas le seul à avoir cette ambition. Sigmar Gabriel, vice-chancelier et chef du SPD, a déclaré la semaine dernière qu’il voulait « bien entendu » se présenter aux prochaines élections. Le maire d’Hambourg, Olaf Scholz, et le ministre du Travail, Andrea Nahles, aspirent aussi à des postes plus élevés.

Selon les derniers sondages d’opinion, seuls 24 % des Allemands sont prêts à voter pour les sociaux-démocrates.  L’avenir des prochains mois semble pourtant difficile à prédire puisque la crise des réfugiés a bouleversé le paysage politique allemand et causé une fracture profonde entre les partis de la « grande coalition ».

Tout dépendra de la chancelière Angela Merkel. Soutiendra-t-elle un compatriote d’un parti de l’opposition ou préfèrera-t-elle soutenir sa propre famille politique, le PPE ? Malheureusement, avec la crise des réfugiés et la popularité du gouvernement allemand en berne, l’avenir de Martin Schulz risque d’être le cadet des soucis d’Angela Merkel. 

Contexte

Martin Schulz a été élu Président du Parlement européen le 17 janvier 2012 pour un mandat de deux ans et demi. Il avait remporté 387 votes. Lors des élections européennes, il était bien placé en tant que « Spitzenkandidat » pour le centre gauche de l’UE mais a perdu face au candidat du PPE, Jean-Claude Juncker. Le 1er juillet 2014, Martin Schulz a été réélu avec 409 votes, devenant ainsi le premier Président de l’histoire du Parlement à exercer un second mandat.

>> Lire : Martin Schulz rempile pour une présidence plus difficile au Parlement européen

Suite à un accord passé avec le PPE, Martin Schulz est censé laisser son poste à un candidat de centre droit pour la seconde moitié du cycle politique de cinq ans.

S’il reste à son poste et termine les cinq années de mandat en même temps que la fin du mandat de Jean-Claude Juncker, il détiendra le record de temps passé à la tête du Parlement, soit 7,5 ans au total. 

Prochaines étapes

  • Fin 2016 : le PPE choisit son candidat à la présidence du Parlement européen
  • Janvier 2017 : le nouveau président entre en fonction
  • Automne 2017 : élections allemandes