Uber tente de défendre son modèle au Parlement européen

Uber est partout. Pékin, 2014. [Julien GONG Min/Flickr]

Attaqué de toutes parts en Europe mais aussi aux États-Unis, Uber ne perd pas espoir de convaincre les gouvernements qui ont lancé des poursuites à son encontre.

« Si vous êtes dans une ville où Uber n’est pas encore présent, il est difficile mobiliser des clients et de faire pression sur les politiques », explique Simon Hampton, directeur des politiques publiques pour l’Europe chez Uber, lors d’une table ronde au Parlement européen.  « Mais si vous êtes dans une ville où Uber a fonctionné et sera bientôt supprimé, alors vous avez peut-être les moyens de persuader les habitants de défendre le service », a-t-il ajouté, encourageant le public à « lire entre les lignes ».

La semaine dernière, Thibaud Simphal et Pierre-Dimitri Gore-Coty, les dirigeants d’Uber France ont été placés en garde à vue à Paris. Et ce juste après une grève des taxis, qui protestaient contre la concurrence non encadrée d’Uber. Certaines des manifestations organisées par les conducteurs de taxi avaient dégénéré en violence.

Thibaud Simphal et Pierre-Dimitri Gore-Coty doivent être jugés en septembre sur les activités du service à la demande UberPop, qui ont été interdites en France au début de l’année. Le service restera cependant opérationnel jusqu’au recours d’Uber à l’automne.

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L’application UberPop permet aux utilisateurs de réserver des trajets avec les conducteurs non professionnels, sélectionnés par l’entreprise. Les conducteurs de taxi d’un certain nombre de villes européennes se sont opposés à ce service, qui les met en concurrence avec des conducteurs amateurs, moins contrôlés et qui bénéficient d’avantages injustes, estiment-ils.

L’an passé, le site de covoiturage citadin a également été confronté à des procédures judiciaires aux Pays-Bas, en Belgique, en Espagne, en Allemagne, en Italie et au Portugal. L’entreprise a répondu à ces procédures en portant plainte auprès de la Commission européenne contre la France, l’Allemagne et l’Espagne.

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Les procédures judiciaires ne sont cependant pas limitées à l’Europe. Simon Hampton a tenté de minimiser les événements de la semaine dernière en France, assurant qu’ils ne constituaient en réalité qu’une surenchère exagérée mais limitée de l’animosité contre l’entreprise.

« Notre siège est à San Francisco et nous avons eu des difficultés à San Francisco, à New York et dans d’autres villes », indique-t-il. « Il y a un an, je pense que nos collègues américains auraient déclaré être confrontés à une situation similaire à celle d’Uber Europe aujourd’hui. C’est peut-être un peu plus sérieux ici, surtout cette semaine. »

Le mois dernier, un tribunal californien a décidé que les conducteurs d’Uber devraient avoir le statut d’employés et non d’indépendants.

Les revenus des conducteurs sont une autre pierre d’achoppement en Europe. Si Uber se vante de donner du travail à ses conducteurs, les dirigeants de l’entreprise évitent soigneusement de dire qu’ils créent des emplois, puisque ceux-ci seraient alors soumis au droit du travail.

Au mois de mai, la Commission européenne a annoncé vouloir enquêter sur l’économie de partage d’ici la fin de l’année, dans le cadre de son projet de marché unique numérique. Cette « économie de partage » désigne certains services, comme Uber et AirBNB.

« La hausse de l’économie de partage offre également des occasions d’améliorer l’efficacité, la croissance et l’emploi, grâce à un choix plus abondant pour le consommateur. Elle soulève cependant de nouvelles questions potentielles en ce qui concerne la réglementation », selon le communiqué de la Commission.

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Simon Hampton assure que son entreprise a donné du travail à des dizaines de milliers de personnes et a critiqué la réglementation excessive française, qui entrave cette tendance. À Paris, il y a proportionnellement deux fois moins de taxis que dans d’autres villes qui appliquent des politiques plus libérales, prétend le directeur des politiques publiques de l’entreprise.

« Dans le contexte actuel, on pourrait penser que les politiques se jettent sur l’opportunité de doubler le nombre de travailleurs dans une industrie. Pourtant, ce n’est pas le cas », regrette-t-il.

Uber était sur toutes les lèvres au Parlement européen ce mercredi 1er juillet. Le jour même de l’apparition de Simon Hampton, lors d’une autre discussion au Parlement, Antoine Aubert, un autre directeur des politiques publiques de l’entreprise, a également souligné que l’entreprise crée du travail, mais pas d’emploi.

Contexte

Estimée à 36 milliards d'euros, Uber est la start-up financée au capital-risque la plus importante au monde. L'entreprise est cependant confrontée à de plus en plus de difficultés légales en Europe, où les conducteurs de taxi manifestent et entament des poursuites judiciaires à son encontre.

Partout dans le monde, elle essuie des critiques sur la manière dont elle rémunère ses conducteurs, facture ses passagers et assure leur sécurité. Les sociétés de taxi traditionnelles estiment la concurrence d'Uber déloyale parce que l'entreprise ne paye pas les mêmes droits de permis qu'elles et ne se conforme pas aux lois locales. 

À ce jour, des injonctions judiciaires ont été émises en Belgique, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Espagne.

Uber a déjà déposé deux plaintes contre une loi française qui, selon ses membres, favorise les sociétés de taxi traditionnelles, auprès de la Commission européenne.

L'exécutif européen a répondu que la réglementation des services de taxi relève des compétences des États membres, mais qu'elle examinerait les plaintes conformément aux principes de proportionnalité, de non-discrimination et de liberté d’entreprendre.

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