«Pour une PAC simple, qui nous permette de dormir la nuit»

La nouvelle politique agricole commune (PAC) de l’UE après 2020 devrait être « simple » et compréhensible » pour que les agriculteurs européens puissent profiter d’une politique communautaire solide, a affirmé Martin Merrild.

Martin Merrild est président de l’association des agriculteurs européens (COPA). Il a accordé une interview à EURACTIV Espagne.

Comment l’UE peut-elle garantir que son pari pour la numérisation du secteur sera économiquement viable pour les agriculteurs de l’UE après 2020 ?

La Politique agricole commune ne peut pas garantir qu’une politique forte sera utile et réalisable pour tous les agriculteurs dans tous les pays de l’UE. Cela doit se faire à échelle nationale, mais ce que doit faire la PAC est garantir un cadre.

Avant de parvenir à une agriculture plus numérique, il existe encore des défis de taille, notamment l’infrastructure à haut débit et la formation des agriculteurs. Comment avancent les choses de ce point de vue-là ? 

Le plus important est d’assurer une infrastructure à large bande pour que tous les agriculteurs soient connectés à Internet. Aujourd’hui, il est essentiel de connecter les machines et autres dispositifs technologiques. C’est indispensable. Quant aux compétences numériques, la nouvelle PAC (au-delà de 2020) devrait garantir, de manière plus efficace que l’actuelle, la possibilité de développer ces aptitudes. Les gouvernements nationaux devraient travailler là-dessus dès maintenant. Ils devraient commencer des programmes pour former les agriculteurs et les aider à investir dans certains de ces nouveaux dispositifs numériques.

Que pensez-vous de la PAC, dans les grandes lignes ?

La nouvelle PAC doit renforcer les revenus des agriculteurs et surtout les stabiliser. Je crois qu’il est très important que la PAC s’assure que les agriculteurs européens soient à la hauteur de la concurrence internationale. Je crois qu’il existe une véritable nécessité de débattre de l’équilibre entre les attentes des politiques de l’UE, qui disent « nous voulons que la PAC soit libérale et puisse opérer avec les prix du marché mondial », mais qui en même temps rendent tout cela trop couteux et bureaucratiquement très complexe en ce qui concerne le verdissement de la PAC. Voilà le dilemme que nous devons aborder. Nous ne pouvons pas rivaliser avec le reste du monde et en même temps soutenir une lourde charge, tant bureaucratique qu’économique.

La nouvelle PAC devrait donc être simplifiée ?

Oui, une simplification est nécessaire, la PAC devrait être simple. Nous discutons avec nombre d’agriculteurs et c’est le premier message qu’ils nous transmettent : simplifiez-la pour que nous puissions la comprendre et surtout pour que nous puissions dormir la nuit.

Le verdissement de la PAC actuelle a compliqué beaucoup de choses. Pensez-vous que malgré une meilleure application des techniques numériques la situation continuera de s’emmêler ?

Eh bien, dans notre société, nous avons constaté que dans certains cas, les nouvelles technologies numériques entraînaient au final une plus grande charge bureaucratique. Il faut éviter cela pour la PAC. Nous ne devrions pas utiliser les technologies numériques pour trouver de nouvelles idées sur les programmes de contrôle qui ne font que compliquer le quotidien des agriculteurs. Les nouvelles techniques devraient améliorer la productivité de chaque exploitation agricole.

Comment pourrait être financée l’agriculture numérique ? Certains pensent qu’il faudrait utiliser tant le pilier des paiements directs que celui du développement rural.

L’agriculture numérique (ou de précision) devrait s’appuyer sur le pilier développement rural. Je crois que nous arrivons tard dans le débat sur l’agriculture numérique pour aider les agriculteurs qui parient déjà sur l’ère de la précision, car nos concurrents en Amérique du Nord ont déjà reçu le soutien de leurs gouvernements depuis plusieurs années.

Étant donné la situation de crise économique, d’où seront tirés les fonds nécessaires ?

Il est important que l’UE cherche de nouvelles voies de financement parce que les techniques numériques permettront à tout le secteur agraire ainsi qu’à la société européenne d’avancer. Je suis sûr qu’une hausse de la productivité ne bénéficiera pas seulement aux agriculteurs et à la population des zones rurales, mais à toute l’UE.

Comment voyez-vous les négociations commerciales en cours entre l’UE et des pays tiers ?

Rappelons que l’UE est exportatrice nette de produits agricoles. Nous avons besoin d’un accès aux marchés du monde entier. Il nous faut soutenir la position de la Commission qui est d’ouvrir de nouveaux marchés. Mais quand nous parlons de commerce international, il faut aussi souligner que l’échange ne doit pas seulement être libre, mais aussi juste. Nous devons nous situer sur un plan d’égalité, et nous savons qu’il existe certains produits face auxquels nous ne pouvons pas rivaliser. Il faut donc établir des restrictions. Les négociations commerciales servent à cela : chercher la manière la plus juste de faire du commerce.

Vous soutenez la position de la Commission pour plus de commerce, mais en même temps un embargo russe a durement frappé les exportations agricoles de l’UE. Comment voyez-vous la situation ?

L’embargo russe nous a démontré à quel point le mélange entre politique et commerce était dangereux pour les agriculteurs. Ce qu’il s’est passé avec l’embargo russe est que les politiques ont pris des décisions qui ont forcé la Russie à valider cet embargo. C’est une décision politique tant de l’UE comme de la Russie, et le marché russe s’est fermé. Qui en a payé le prix ? Les agriculteurs. Les accords commerciaux devraient rester en marge de la politique.