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19/01/2017

L’agriculture européenne mise à l’épreuve de la «croissance verte»

Agriculture & Alimentation

L’agriculture européenne mise à l’épreuve de la «croissance verte»

La déforestation des jungles a augmenté avec la demande en carburants écologiques.

[vcoe]

Le modèle de la « croissance verte » séduit de plus en plus les dirigeants politiques et les industriels du secteur agricole. Toutefois, certains experts craignent que le concept fasse exploser la demande et devienne contreproductif.

Difficile de tirer des conclusions du message cryptique rédigé par les 330 participants au sommet de l’agriculture de l’UE, ayant eu lieu début septembre, dans leur déclaration. Ils seraient « convaincus que la croissance économique et la durabilité ne sont pas incompatibles », comme ils l’ont mis en avant dans le préambule de la déclaration, définissant les jalons de la nouvelle politique agricole.

Bien qu’elle marque une certaine détermination, cette phrase caractérise l’un des problèmes majeurs de l’agriculture européenne, depuis que la Commission européenne ne se penche plus sur la question de l’écologie uniquement dans ses discours du dimanche. Comment fonctionne une économie durable ? Pendant deux jours, les hommes politiques et les industriels, présidés par le commissaire de l’agriculture, Phil Hogan, ont cherché à répondre à cette à la question dans la ville irlandaise de Cork.

Avec 330 participants, et donc 330 interprétations différentes possibles, cette déclaration d’intention n’a rien d’inhabituel. Or, le document ne précise pas dans quelle mesure croissance et protection de l’environnement peuvent être conciliées, à quel prix et qui paiera ce prix.

Des high-techs verts

Une solution pour combler le gouffre entre la prospérité et la durabilité réside dans le concept actuellement très populaire de « croissance verte ». L’idée de pouvoir appréhender le tournant climatique à l’aide de technologies vertes, sans pour autant devoir interrompre le cycle capitaliste fait en effet rêver l’UE.

Le fait est que l’UE a organisé en parallèle du sommet agricole en Irlande une conférence internationale à Bratislava, dont l’ordre du jour était « la transition vers une économie verte », mettant en évidence à quel point le concept a gagné en envergure à Bruxelles.

Dans l’industrie également, le terme fait déjà partie du vocabulaire officiel. L’association allemande des agriculteurs Deutscher Bauernverband (DBV) par exemple, a déclaré il y a déjà des années que le verdissement représentait « la bonne réponse aux défis de l’époque à laquelle nous vivons ». Dans ses prévisions annuelles pour la production de graines, le géant commercial BayWa appelle les producteurs à utiliser des méthodes de culture durables et de « semer une croissance verte ».

>> Lire : La crise agricole fait chuter les ventes de machines

Les paradoxes de la transition écologique

L’optimisme au sujet de la révolution verte n’est pas partagé par tous. De plus en plus d’experts expriment des doutes sur la capacité de la croissance verte de rendre l’économie véritablement durable.

Dans le livre « Critique de l’économie verte », les auteurs taclent les promesses grandiloquentes des adeptes du verdissement et affirment que tant qu’il n’est que question d’augmenter la croissance et la consommation, l’alternative verte ne peut être envisagée.

Ainsi, conduire avec un carburant écologique peut nuire autant à l’environnement que conduire avec du pétrole. En effet, sous prétexte de se déplacer « en respectant l’environnement », les gens conduiraient plus, et la demande grandissante en carburants écologiques entraînerait une production massive de carburants agricoles qui représenterait une nouvelle charge pour la nature, notamment en raison de la réduction des terres arables et la destruction des sols.

>> Lire : L’agriculture industrielle peut-elle être verte?

Pas une panacée

L’argument principal invoquait par les partisans de la croissance verte reste l’efficacité. Grâce à l’utilisation de méthodes de production moderne et de machines disposant de hautes technologies, il n’est pas seulement possible d’augmenter le rendement par unité, mais également d’économiser en ressources lors de la production.

Ainsi, cette productivité améliorée permettrait de produire plus à partir d’une même surface et sans utiliser toutes les matières premières. Le géant Monsanto estime que « chaque hectare de terre agricole chaque goutte d’eau, chaque unité énergétique » contribue à la croissance.

>> Lire : La mobilisation progresse contre la fusion Bayer/Monsanto

Cependant les critiques pensent que la croissance ne va pas nécessairement de pair avec le respect de l’environnement. Dans leur contribution au « rapport agricole critique 2016 », Reinhil Benning et Tilman SIantarius avertissent que la philosophie de croissance économique pourrait aggraver les problèmes plutôt que les résoudre.

La demande doit être prise en compte

Il serait évidemment positif d’avoir une économie agricole plus efficace, et une utilisation réduite des ressources par hectare, précisent les auteurs. Si cela contribue toutefois à une chute des prix des produits finis et que la demande totale monte en flèche, il n’y aurait rien à y gagner, en dehors de chiffres plus élevés dans les entreprises éventuellement.

« Finalement, les nouvelles classes moyennes en Chine, en Inde, au Brésil et ailleurs ne sont pas attirées par des produits riches en protéines parce qu’ils sont chers […], mais au contraire, parce qu’elle est relativement bon marché ».

Seules une modification des habitudes alimentaires et de consommation, accompagnée d’une production qui cesse de se concentrer sur les quantités, permettra que la politique agricole se transforme réellement. Le reste n’est qu’utopie.

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