Le Brexit, menace existentielle pour le bœuf irlandais

Les exportations de boeuf irlandais vers le Royaume-Uni pourrait être taxées à 60% après le Brexit. [Hien Le/Flickr]

L’incertitude entourant l’avenir de la frontière irlandaise  complique déjà la vie des agriculteurs irlandais et constitue une « menace existentielle » pour le secteur, selon des sources bruxelloises.

Prenons l’exemple du bœuf. Le Royaume-Uni absorbe 50 % des exportations de bœuf irlandaises, mais le déclin de la livre britannique, qui a récemment atteint un plus bas historique face à l’euro, menace la profitabilité des exportateurs.

« Les éleveurs de bœuf irlandais ont subi un coup dur aux environs du mois d’août », assure Eddie Punch, président de l’association irlandaise des éleveurs de bovins et de moutons (ICAS). « Le prix du bœuf est passé de £4.05 (€4.40) il y a à peu près six semaines à £3.80 (€4.10) le kilo aujourd’hui. »

« Chaque fois qu’il y a un mouvement négatif du taux de change, les usines de viande se mettent à parler de réduction des prix. Nous estimons que bien que la livre sterling ait perdu un peu de valeur [cette réduction] n’est pas justifiée, puisque les éleveurs britanniques continuent à percevoir le prix plein », ajoute-t-il.

L’agriculture irlandaise se prépare au pire après le Brexit

Le gouvernement irlandais s’efforce de protéger son industrie agricole du Brexit. Ce secteur importe en effet près de la moitié de sa production vers le Royaume-Uni.

Le fait que la production de bœuf irlandaise se structure comme une pyramide à large base n’aide pas : des milliers de petits éleveurs sont en concurrence pour vendre à une poignée de transformateurs qui détiennent un quasi-monopole et dictent les prix.

Le marché est donc en pratique entre les mains des géants ABP Group et Dawn Meats, qui ont récemment englouti leurs concurrents. « Il y a de moins en moins de concurrence entre les transformateurs, ce qui complique considérablement la négociation des exploitants », précise Eddie Punch.

ABC Group et Dawn Meats n’ont pas répondu à notre demande de commentaire.

Barrières tarifaires

L’agriculture est le secteur économique irlandais le plus exposé aux retombées négatives du Brexit. Selon une étude du ministère des Finances, l’agriculture est le pan de l’économie qui sera le plus marqué par l’impact du Brexit sur l’emploi. Le secteur sera également le deuxième le plus touché en termes de chiffre d’affaires.

Une fois le Royaume-Uni effectivement sorti du marché unique, de nouvelles règles dicteront ses relations commerciales avec la République d’Irlande. Si aucun accord n’est négocié, notamment en termes de libre-échange,  le régime qui s’appliquera par défaut est celui des règles de base de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les pays membres de l’OMC s’engagent à mettre en place des « plafonds contraignants », c’est-à-dire des contingents tarifaires maximum imposés aux biens produits par les autres États membres. Dans le pire des cas, Londres pourrait donc imposer une taxe de 60 % au bœuf irlandais, selon les calculs du ministère de l’Agriculture.

Dans ces conditions, les producteurs irlandais seraient incapables de concurrencer leurs homologues australiens, brésiliens ou uruguayens sur le marché britannique. La perte de ce marché aurait des conséquences dangereuses sur l’emploi en Irlande, où l’agriculture fournit 5,6 % des emplois, soit bien plus que la moyenne européenne de 4,5 %.

L'Irlande, victime collatérale du Brexit

La République aurait fort à pâtir de la mise en place d’une frontière physique avec l’Ulster, sa sœur du nord. Déjà, la chute de la livre sterling fait souffrir son économie. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Michael Creed, le ministre irlandais de l’Agriculture, tente d’ouvrir des marchés alternatifs aux producteurs et a mis en place un « programme intensifié de missions commerciales de promotion des aliments et boissons irlandais sur les marchés de l’UE et d’État tiers », dont l’Asie, l’Amérique du Nord et l’Afrique.

L’accord conclu récemment avec Singapour permettra déjà l’augmentation des exportations vers le Sud-est asiatique.

Les exportations à destination du Royaume-Uni s’élèvent cependant à 270 000 tonnes, un volume qui devrait se détourner vers le reste du marché européen, avec le risque de faire baisser les prix, avertit une source proche des négociations du Brexit.

Afin d’éviter que le « problème irlandais » ne se répande au reste de l’UE, l’Association agricole irlandaise demande un accès libre au marché britannique et un soutien des revenus pour les agriculteurs touchés par la chute de la livre sterling.

 

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