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26/09/2016

L’agriculture industrielle peut-elle être verte?

Agriculture & Alimentation

L’agriculture industrielle peut-elle être verte?

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Avant son deuxième forum, l’alliance pour une agriculture intelligente orientée vers le climat a été vertement critiquée par de nombreuses associations, qui dénoncent l’écoblanchiment et l’inexistence d’un impact réel sur le changement climatique. Un article d’EurActiv Allemagne.

L’agriculture pourrait être le secteur le plus affecté par le changement climatique, étant donné la menace qui pèse sur l’eau, l’utilisation des terres et la sécurité alimentaire. Résultat : la famine s’étend, en Afrique subsaharienne, mais aussi dans le sud de l’Asie. La déforestation, une détérioration de la biodiversité, l’utilisation croissante de produits chimiques toxiques, l’érosion des sols et la baisse des nappes phréatiques sont autant de facteurs exacerbant la situation.

À l’approche du deuxième forum de l’alliance pour une agriculture respectueuse de l’environnement (Global Alliance for Climate-Smart Agriculture – GASCA), qui se déroulera en Italie, de nombreuses associations agricole, de développement et de défense de l’environnement ont soulevé leurs inquiétudes.

Le changement climatique rend de plus en plus urgent la transition vers un modèle d’agriculture rurale écologiquement durable, notamment grâce aux approches intégrées, actuellement à l’examen, comme l’agriculture soutenue par la communauté (ASC) ou des projets de sécurité alimentaire. Ces initiatives ont cependant également été critiquées. Au nom du climat, l’ASC menace en effet de rendre permanents les déséquilibres de pouvoir dans le système alimentaire mondial, ainsi que dans la production agricole industrielle et mondialisée.

« L’ASC permettra aux puissantes entreprises agro-alimentaires d’imposer leurs pratiques nocives comme faisant partie de la solution », a averti un certain nombre d’ONG, dont Oxfam, BUND et Bread for the World, dans une opinion sur l’agriculture intelligente orientée vers le climat. Les membres des associations agricoles peuvent en effet classer tout et n’importe quoi comme « intelligent et orienté vers le climat », des engrais et pesticides aux OGM, dénoncent les associations.

>> Lire : Le Parlement européen s’oppose au colonialisme agricole en Afrique

Les petits exploitants et les locaux des pays en développement, qui dépendent le plus de l’agriculture pour survivre, sont les plus touchés par le changement climatique. Les épisodes climatiques extrêmes, les nuisibles et les sécheresses représentent donc une menace grave pour les communautés locales. Les membres de la GACSA sont pour la plupart issus de pays développés, continuent les ONG, et représentent souvent des grandes multinationales et des groupes d’intérêts. L’alliance «reproduit les déséquilibres de pouvoir du système alimentaire mondial », assure le rapport des ONG.

Les associations soulignent également que les pratiques classées comme « pro-climat » ne sont pas clairement définies. Les grandes monocultures industrielles, fondées sur la technologie génique et les produits agrochimiques peuvent donc tout autant prétendre à l’étiquette que les exploitations écologiques adaptée à leur environnement.

>> Lire : Un référentiel international pour évaluer le gaspillage alimentaire

Les pratiques socialement et écologiquement nuisibles mises en place par l’agriculture industrielle ne sont pour autant pas remises en question, se plaignent les ONG. La GASCA n’impose toujours pas de cadre réglementaire ou d’objectifs stricts à ses États membres en matière de conservation du climat ou de réduction des émissions.

Deux ans après son lancement, l’alliance pour l’agriculture intelligente tournée vers le climat reste donc au centre du débat sur le climat et l’agriculture. Elle est composée de 21 gouvernements nationaux, d’acteurs de l’agroalimentaires et des représentants de la société civile.