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09/12/2016

La Commission accusée de mettre la Baltique en danger

Agriculture & Alimentation

La Commission accusée de mettre la Baltique en danger

La Commission européenne a proposé des limites de pêche le 29 aout.

Bruxelles est accusée de fermer les yeux sur les dangers guettant les réserves de cabillaud, élément essentiel de l’écosystème en mer Baltique.

Le 29 août, la Commission européenne a proposé ses quotas de pêche pour 2017 pour la mer Baltique. Une décision finale sera prise lors du Conseil Agriculture et pêche des 10 et 11 octobre.

Tous les ans au mois d’octobre, les ministres européens proposent des quotas de pêche, appelés le total admissible des captures (TAC), sur la base de données scientifiques récoltées par plusieurs organisations et rassemblées par le Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM).

Après analyse des avis scientifiques pour 2016, l’exécutif européen a suggéré d’augmenter les plafonds de pêche pour six des dix réserves halieutiques (harengs de Botnie, du stock occidental et du stock central, sprat, plie et saumon du bassin principal) et de les abaisser pour deux espèces (le hareng du golfe de Riga et le saumon finlandais).

>>Lire : L’Espagne veut redistribuer les quotas de pêche non utilisés

Karmenu Vella, le commissaire chargé de l’environnement, des affaires maritimes et de la pêche, a qualifié les propositions de quotas de « bonnes nouvelles » pour les pêcheurs et assuré qu’elles contribueraient à la durabilité des réserves européennes.

« En termes socio-économiques, la proposition de la Commission devrait améliorer les performances économiques de la mer Baltique dans son ensemble, malgré les grandes différences des segments de flotte et des ressources halieutiques. Cette proposition pourrait permettre d’engranger 13 millions d’euros supplémentaires et de créer de l’emploi au niveau du bassin maritime », a-t-il déclaré.

Le cabillaud de la Baltique

Les choix de la Commission en ce qui concerne le cabillaud de la mer Baltique ont cependant soulevé des critiques. Le cabillaud est le poisson le plus rentable de la mer Baltique, et des recherches scientifiques montrent qu’il joue un rôle important dans l’écosystème de la région, notamment en ce qui concerne la prolifération d’algues.

Selon le projet médiatique « Save our Baltic sea », la diminution des populations de cabillaud a entrainé une réaction en chaine : une augmentation du nombre de sprats, et donc une raréfaction de la nourriture de choix de ces derniers, le zooplancton.

« Cela a alors mené à une augmentation du phytoplancton [plancton végétal], ce qui favorise la prolifération d’algues. Des taux élevés de phytoplancton peuvent priver d’oxygène les bassins marins, qui risquent de mourir, puisque les algues intègrent beaucoup d’oxygène », expliquent les auteurs du projet.

Dans son communiqué, la Commission européenne fait référence à des études du CIEM et admet que l’état des réserves de cabillaud de la mer Baltique ne s’était pas amélioré cette année, en raison de la pression élevée exercée par la pêche commerciale et récréative.

L’exécutif a cependant décidé de ne pas imposer de limite à la pêche du cabillaud tant que son propre groupe d’experts, le Comité scientifique, technique et économique de la pêche (CSTEP) n’aura pas fourni de données inquiétantes sur le sujet.

>> Lire : Petite avancée pour limiter la pêche en eau profonde

Selon des sources interrogées par EurActiv, la Commission a utilisé la même excuse les années précédentes. « Si toutes les données nécessaires sont déjà là », pourquoi l’exécutif attend-il une confirmation supplémentaire, s’est-elle demandé.

Oceana, une organisation internationale de protection et de défense des océans a également réagi avec force à la proposition. L’organisation accuse la Commission de ne suivre les avis scientifiques « que lorsqu’ils vont dans le sens de l’économie », d’« ignorer les priorités de durabilité écologiques dès qu’elles impliquent des sacrifices à court terme » et de ne pas tenir compte des informations fournies par le CIEM.

Etat des réserves

« Les ministres de la Pêche européens ont fermé les yeux de manière ostentatoire sur l’état des réserves de cabillaud en prenant des décisions à court terme depuis des années. Il est choquant de voir que la Commission européenne, qui devrait assurer le respect de la politique commune de la pêche, s’en lave également les mains », estime Lasse Gustavsson, directeur exécutif d’Oceana Europe.

Le spécialiste ajoute que la situation des cabillauds en mer Baltique empire d’année en année. On ne peut parler de durabilité socioéconomique de l’industrie de la pêche « si on ne gère pas sa base même, les ressources naturelles », ajoute-t-il, soulignant qu’« on ne pêche pas dans une mer vide ».

Selon Oceana, la Commission devrait imposer des limites de pêche aux deux réserves de cabillaud de la Baltique. L’an dernier, l’organisation avait déjà critiqué l’exécutif européen, qui n’avait pas proposé de TAC, et, « malgré les critiques virulentes, avait décidé de laisser le choix aux États membres, qui ont autorisé la surpêche pendant de nombreuses années ».

Prochaines étapes

  • 10-11 octobre : Le Conseil Agriculture et pêche aura le dernier mot sur les plafonds de pêche proposés par la Commission.

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