Les États membres encouragés à limiter l’utilisation de pesticides

Huit ans après l'adoption de la directive sur les pesticides, la Commission presse les États membres de l'appliquer.

La Commission européenne encourage les États membres à appliquer la législation, censée être en place depuis huit ans, afin d’assurer une utilisation plus durable et plus sûre des pesticides.

Dans un rapport publié le 10 octobre, la Commission européenne estime que la mauvaise application des règles européennes sur les pesticides empêche l’UE de bénéficier des améliorations promises par la directive de 2009 sur les pesticides en termes de santé.

Les pesticides, « s’ils sont utilisés conformément aux conditions d’utilisation autorisées, n’ont aucun effet nocif avéré sur la santé humaine et animale, ni aucun effet inacceptable sur l’environnement », affirme ce rapport.

L’exécutif fait remarquer que l’UE applique la procédure d’autorisation des pesticides la plus sévère au monde, mais admet que l’initiative de ce rapport est motivée par l’inquiétude croissante du public vis-à-vis des effets indésirables des pesticides.

« Je suis pleinement conscient du fait que les citoyens s’inquiètent des effets de l’utilisation des pesticides sur la santé humaine et l’environnement », a confirmé Vytenis Andriukaitis, commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire. « Nous prenons ces inquiétudes en considération et nous collaborons avec les États membres pour faire en sorte que les pesticides soient utilisés de façon durable dans nos modes de culture et de production des denrées alimentaires. »

Les agences européennes accusées de dissimuler des preuves contre le glyphosate

Les avocats qui poursuivent Monsanto en justice aux États-Unis accusent les agences européennes de sécurité alimentaire d’avoir « délibérément écarté certaines études » dans leur évaluation de la dangerosité du glyphosate.

Pas d’objectif clair

Tous les États membres ont adopté des plans d’action nationaux stipulant une réduction de l’utilisation des pesticides, mais la Commission estime que l’ambition et l’application de ces plans, qui ne donnent pas toujours d’objectifs chiffrés et datés, varient trop largement.

La plupart de ces plans d’action se concentrent en effet sur la formation des utilisateurs de pesticides ou la réglementation des équipements de mesure, mais ne comprennent que peu de détails quant à la protection d’écosystèmes spécifiques et des réserves d’eau. En outre, « dans à peu près 80 % des cas, les plans d’action ne précisent pas comment la réalisation des objectifs ou des cibles sera mesurée », ce qui « complique l’évaluation des progrès réalisés dans la mise en œuvre, ainsi que l’identification des domaines dans lesquels des actions supplémentaires sont nécessaires », regrette la Commission.

Nombre d’États membres ont mis en place des mesures limitant la quantité de pesticide atterrissant dans les cours d’eau, notamment via la modification des équipements et des incitatifs financiers liés à l’installation de zones tampon. Dans la plupart des États membres, les terrains couverts par ces mesures sont cependant très limités, et les objectifs trop bas pour garantir des résultats réels.

Le glyphosate fait monter la tension entre États membres et Commission

Les États membres doivent cesser de se cacher, voire de se décharger sur la Commission sur la question du glyphosate, assure Vytenis Andriukaitis, commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire.

Des tests de la qualité de l’eau réalisés dans 16 États membres en 2012 révélaient déjà que 16 % des rivières étaient « classé[e]s en mauvais état chimique ».

Vers une lutte intégrée contre les ennemis des cultures

La solution, selon le rapport, est que les États membres cessent d’être dépendants des pesticides en s’orientant vers un système de lutte intégrée contre les organismes nuisibles (IPM). Selon la Commission, l’IPM « vise à maintenir l’utilisation des pesticides ou autres formes d’intervention à des niveaux économiquement et écologiquement justifiés et qui réduisent ou minimisent le risque pour la santé humaine et l’environnement ».

Cela peut être réalisé, estime l’exécutif, en utilisant d’autres formes d’intervention comme des méthodes physiques, non chimiques et biologiquement durables pour protéger les cultures et éloigner les organismes nuisibles.

Les enquêtes de l’UE révèlent que les agriculteurs appliquent généralement l’IPM dans une certaine mesure mais le rapport conclut que son potentiel est largement inexploité en tant que méthode de protection pour protéger les consommateurs et l’environnement des effets néfastes des pesticides.

Selon le directeur agriculture et alimentation de Greenpeace, Marco Contiero, l’IPM devrait se concentrer sur la prévention et les pesticides ne devraient être utilisés qu’en dernier recours.

« Si toutes les autres approches ne fonctionnent pas et qu’un nuisible fait pression sur une culture, alors l’utilisation des pesticides ayant été identifiés comme surs peut être pertinente », soutient Marco Contiero. « Ce qui est moins acceptable c’est que ces produits sont présentés comme une solution durable. »

La Commission veut restreindre les néonicotinoïdes

La Commission européenne projette de proposer davantage de restrictions sur l’utilisation des néonicotinoïdes. La lutte entre groupes de défense de l’environnement et producteurs de pesticides continue.