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01/10/2016

La crise alimentaire couve dans les pays en développement

Agriculture & Alimentation

La crise alimentaire couve dans les pays en développement

Des inondations au Viêtnam pourrait entrainer une famine en Afrique.

[Oxfam East Africa/Flickr]

Les conditions météo extrêmes dans les grands pays producteurs de céréales pourraient créer une hausse des prix plongeant 200 millions de personnes dans la famine. Un article d’EurActiv Allemagne.

Le blé, le riz et le maïs sont la base de l’alimentation partout dans le monde, mais de nombreux pays en développement ne produisent pas assez de céréales pour nourrir leur propre population.

En dépendant essentiellement d’un ou deux grands exportateurs, les pays qui doivent importer une grande partie de leur nourriture mettent leur sécurité alimentaire en danger, souligne l’institut de recherche Mercator sur le changement climatique et le les ressources mondiales (MCC), à Berlin.

Les chercheurs de l’institut se sont penchés sur les conséquences probables d’un arrêt soudain des importations, suite à une sécheresse par exemple, dans plusieurs régions du globe. Leur étude  indique que les pays ayant un taux de pauvreté important, en particulier l’Afrique occidentale, seraient durement touchés.

Christopher Bren d’Amour, auteur principal de l’étude, prend l’exemple de la Thaïlande. « Si la Thaïlande, qui est le plus grand exportateur de riz au monde, suspendait ses exportations, 136 millions de personnes seraient en danger, de la Mauritanie au Nigéria », explique-t-il. Il suffirait d’une baisse de 5 % du volume de riz arrivant dans un pays en développement pour que les prix augmentent de 17 %. « C’est une hausse considérable quand on survit avec moins de deux dollars par jour », souligne le chercheur.

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La dépendance de certains pays vis-à-vis du maïs américain est également identifiée comme un risque par les spécialistes. En cas d’interruption des exportations au départ des États-Unis, la faim menacerait 21 millions de personnes, pour la plupart en Amérique centrale et dans les Caraïbes.

De nombreux pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient seraient quant à eux particulièrement vulnérables face à une augmentation des prix des céréales, une possibilité bien réelle, pour Christopher Bren D’Amour.

En temps de crise, les grands pays exportateurs, comme la Russie, la Thaïlande et le Viêtnam, favorisent en effet des politiques d’exportation restrictives, afin de dynamiser leurs marchés internes. Les événements météorologiques extrêmes constituent un autre danger, aux conséquences potentiellement catastrophiques.

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Varier les sources d’approvisionnement

Le MCC a ainsi imaginé plusieurs scénarios possibles. Les résultats donnent froid dans le dos : en cas de réduction de seulement 10 % des exports de riz, de maïs et de blé, 55 millions de personnes seraient menacés de famine et le prix des céréales augmenterait dans 58 pays.

« Si les rizières du delta du Mékong, au Viêtnam, étaient inondées, les habitants des bidonvilles de Lagos et du Nigéria ne pourraient plus se permettre d’acheter leur aliment de base », explique Felix Creutzig, qui a également participé à l’étude. Les risques climatiques dans une région sont donc clairement liés à la faim dans une autre partie du monde.

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Un lien particulièrement inquiétant étant donné les dernières statistiques de l’OCDE. Les « Perspectives agricoles 2014-2023 » de l’organisation prévoient en effet que la production alimentaire devra augmenter dans les décennies à venir pour s’adapter à de nouvelles habitudes alimentaires et à une population croissante. L’Asie et l’Amérique latine sont les régions qui devront satisfaire cette demande accrue. Au total, ces régions devraient concentrer plus de 75 % de l’augmentation de la production agricole dans les dix ans à venir.

Les chercheurs du MCC proposent des mesures préventives contre les crises alimentaires, le renforcement de l’agriculture au sein d’un pays, par exemple. Ils suggèrent aussi aux États de diversifier leurs partenaires commerciaux, ainsi que leurs régimes alimentaires. L’irrigation, la mise en place de plusieurs récoltes par an et la diversification des cultures pourraient par ailleurs accroître les revenus dans les pays tropicaux et subtropicaux. Or, plus les revenus des habitants des pays en développement augmentent, plus ils seront à même de faire face aux fluctuations des prix.

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Plus d'information

Institut de recherche Mercator sur le changement climatique et le les ressources mondiales (MCC)

OCDE