L’agriculture allemande tente de réagir à la crise

Cet article fait partie de l'édition spéciale Les défis de l’agriculture allemande.

Crise du lait, des céréales, du vin : l’agriculture allemande traverse une période difficile. Les ministres en charge du secteur sont particulièrement dans l’embarras concernant la transformation structurelle de l’industrie agricole, pourtant si nécessaire.

La nouvelle législation nationale du gouvernement allemand prévoit une augmentation de 300 millions d’euros du budget de 5,9 milliards d’euros du ministère fédéral de l’Alimentation et de l’Agriculture (BMEL). Cette augmentation suffira-t-elle pourtant à sortir l’industrie agro-alimentaire allemande de la crise ?

Dans son dernier discours au parlement allemand, le ministre de l’Agriculture, Christian Schmidt, tente de répondre aux défis mondiaux auxquels fait face le secteur en présentant un nouveau paquet de mesures.

Le ministre promet d’alléger les charges fiscales des agriculteurs allemands et de conserver l’aide de 178 millions d’euros aux assurances agricoles contre les accidents. En outre, les agriculteurs dans le secteur laitier disposeront de « 150 millions d’euros à partir d’octobre pour la régulation des quantités », fournis par un paquet d’aide de l’UE.

Le bloc est d’ailleurs prêt à verser « près de 58 millions d’euros » pour la mise en place d’un paquet d’aide national. Christian Schmidt prévoit de compléter cette subvention « avec des fonds nationaux, pour atteindre 117 millions d’euros » et réguler la production laitière grâce à des mesures concrètes.

>> Lire : L’UE tente un nouvel outil pour résoudre la crise du lait

Cependant, à l’heure d’une agriculture qui doit être viable aussi bien sur le plan économique que sur le plan écologique, les agriculteurs et les experts allemands s’interrogent sur la faisabilité du projet présenté par le ministre.

Une transformation politique au lieu d’une politique symbolique

« La plupart des régions allemandes seraient compétitives, même sans aide financière », constate Folkhard Isermeyer, professeur à l’Institut Johann Heinrich von Thünen. Seul « le secteur de l’élevage présente des risques », selon lui. Il estime donc que l’agriculture allemande devrait avant tout trouver un moyen d’accorder ses structures et méthodes de production aux exigences de la société.

Ce rôle reviendrait aux politiques, qui pour l’heure ne sauraient pas jauger correctement la volonté du public. Selon des études, l’élevage et la protection de l’environnement sont en effet les thématiques prioritaires de la société, ainsi que l’imperméabilisation et la destruction des sols, l’utilisation du phosphore, le développement agricole et les structures sociales.

Pour répondre à ces attentes, Folkhard Isermeyer juge que le deuxième pilier de la PAC va dans le bon sens, mais reste insuffisant. En effet, la politique agricole commune européenne limite trop aux « objectifs sociétaux ». les mesures pour « le développement d’entreprises individuelles », évoquées par Christian Schmidt. Pour augmenter les « doses de verdissement » avec des financements échelonnés selon la taille des entreprises, il est nécessaire de renforcer les mesures politiques qui répondent mieux aux attentes de la société dans le secteur agro-alimentaire et doivent aller bien plus loin qu’une simple « politique symbolique ».

>> Lire : Berlin veut se débarrasser des dates de péremption

Une politique fédérale cohérente ?

Les ministres de l’Agriculture des différents Länder allemands ont tenté de répondre aux défis sociétaux de l’agriculture lors de la conférence agricole automnale dans la ville portuaire de Rostock-Warmemünde, dans le nord de l’Allemagne, le 9 septembre. Dans leurs conclusions sur « le lait et la PAC après 2020 », les décisions prises couvrent des thématiques allant de la réduction de la bureaucratie à la protection des consommateurs.

Dans le protocole de la conférence, les ministres allemands estiment que ce qui est important actuellement, c’est de « protéger durablement la PAC des crises ». Sur le plan de l’organisation du marché, il faut mettre en place des outils qui feront face aux crises plus efficacement et éviteront une chute drastique des prix des produits agricoles.

Pour récupérer les débouchés traditionnels des produits européens, les ministres des Länder appellent le gouvernement à lever l’embargo russe sur les produits alimentaires.

>> Lire : Le Sénat plaide pour une levée des sanctions contre la Russie

Cependant, bien que les ministres fassent preuve d’une position unanime concernant les thématiques importantes à l’échelle de la fédération, comme la mise en place d’une stratégie nationale pour éviter le gaspillage alimentaire, les conclusions pour les différentes régions ne coïncident pas. Les ministres ont toutefois clairement exprimé leurs décisions et ont demandé au gouvernement de les prendre en considération lors de l’adoption de la nouvelle stratégie pour la durabilité, prévue en novembre, ou du moins, de justifier pourquoi il n’en a pas tenu compte.