EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

30/08/2016

Feu vert à l’importation d’huile d’olive tunisienne en Europe

Agriculture & Alimentation

Feu vert à l’importation d’huile d’olive tunisienne en Europe

Les producteurs italiens s'inquiètent de la concurrence tunisienne.

[Terre dei Trabocchi/Flickr]

Le Parlement européen accepte de supprimer certaines taxes sur les importations d’huile d’olive tunisienne dans l’UE, malgré les protestations de l’Italie. Un article d’EurActiv Italie.

L’augmentation des importations d’huile d’olive tunisienne, proposée par la Commission pour soutenir l’économie du pays, a été largement acceptée par le Parlement européen, avec 500 voix pour, 107 contre et 107 abstentions. Les producteurs tunisiens pourront donc exporter à droit nul, sans taxes, 35 000 tonnes d’huile en plus par an en 2016 et en 2017.

Afin d’alléger l’impact de cette décision sur les producteurs européens, le Parlement a prévu deux amendements à la proposition de la Commission : des exigences en matière de traçabilité et l’interdiction de renouveler la mesure. Nombre d’eurodéputés italiens estiment pourtant que cette décision pénalisera les oléiculteurs de l’union.

>> Lire : Les Italiens s’inquiètent des facilités d’importations pour l’huile d’olive tunisienne

Le secteur oléicole représente plus d’un million d’emplois directs et indirects en Tunisie, a expliqué la rapporteuse, Marielle de Sarnez (ALDE), qui soutient que ces importations sans taxes fourniront une aide essentielle au pays. L’objectif de renforcer l’économie tunisienne, après les attentats de 2015, n’a jamais été remis en question par les détracteurs de la mesure, qui trouvent cependant qu’il vaudrait mieux mettre en place des systèmes qui ne nuisent pas aux producteurs de l’UE, et surtout de sa région méridionale.

Les eurodéputés italiens montent au créneau

Si les amendements du Parlement améliorent la proposition de la Commission, la mesure « est inadaptée de par sa nature et son timing », estime Paolo De Castro, coordinateur du S&D pour les questions d’agriculture.

Pour son collègue du PPE, Salvatore Cicu, il ne peut y avoir « d’adhésion à une décision qui va à l’encontre [des intérêts] de nos entreprises », surtout à une période où nombre de régions italiennes sont déjà affaiblies et font face à des « conditions néfastes, comme les Pouilles, qui ont fait face à une épidémie de xylella, la Sicile qui peine à commercialiser efficacement sa production, et la Sardaigne, dont les petits producteurs n’ont toujours pas un accès aisé au marché ».

>> Lire : L’Italie lutte contre l’abattage des oliviers malades

Selon Mara Bizzotto, eurodéputée de la Ligue du Nord, il s’agit carrément « de dispositions littéralement scandaleuses et qui auront des conséquences dévastatrices pour les producteurs italiens et pour tout le Made in Italy ». Elle s’inquiète pour les entreprises italiennes, mais pense également que la mesure entrainera davantage de fraudes liées au commerce de l’huile d’olive.

Selon Paolo De Castro, la Haute Représentante de l’UE, Federica Mogherini, s’est néanmoins engagée à faire en sorte que la mesure soit accompagnée d’une répartition mensuelle du supplément d’importation, afin que le marché ne soit pas inondé à certaines périodes de l’année.

L’eurodéputée Michela Giuffrida, du Partito démocratico, a quant à elle demandé l’activation de la clause de sauvegarde de l’accord euro-méditerranéen à l’occasion d’une question au commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan.

« J’ai demandé des contrôles stricts à la douane, une protection de nos produits et la réactivation rapide des taxes sur les importations de pays méditerranéens, qui nuisent à l’économie agricole du sud de l’Europe, et particulièrement de la Sicile », a-t-elle déclaré. Michela Giuffrida s’en prend également aux eurodéputés qui ont voté pour la proposition : « comment peut-on approuver un accord qui aura des conséquences négatives sur certains États membres seulement, et sur un segment particulier de l’agriculture, sans même se donner la peine de faire une évaluation d’impact ».

Dans une lettre, les eurodéputés du Mouvement 5 étoiles critiquent d’ailleurs les élus du Partito democratico qui ont soutenu la proposition.

Avant d’entrer en vigueur, le texte amendé doit encore être approuvé par le Conseil.

Un système de traçabilité efficace

Les coopératives agricoles italiennes se sont également plaintes de la décision du Parlement européen, assurant que les amendements ajoutés par les eurodéputés ne suffiraient pas à protéger les producteurs. En matière de traçabilité, les coopératives souhaitent une utilisation plus généralisée du système SIAN de l’association italienne de l’industrie oléifère.

« Il y a un seul moyen de garantir la traçabilité de l’huile qui arrive non seulement des autres pays européens, mais également des pays non-UE : le SIAN, le réseau télématique qui permet de surveiller tous les mouvements de l’huile produite et commercialisée en Italie », estime Angelo Cremonini, président de la section « huile d’olive » de l’association. « Ce modèle, qui n’existe actuellement qu’en Italie, doit s’élargir le plus rapidement possible à toute l’Europe, afin d’assurer un contrôle efficace des flux d’importation tunisiens. »

>> Lire aussi : Les agriculteurs italiens tentés par le TTIP