Paris tâte le terrain en vue du prochain vote sur le glyphosate

La France a envoyé des emails à plusieurs services diplomatiques à Bruxelles pour tenter de savoir quelle position ils adopteraient lors du prochain vote sur la prolongation de l’autorisation du glyphosate.

Le glyphosate est l’ingrédient actif de l’herbicide le plus vendu, le Roundup, produit par le géant agrochimique américain, Monsanto. « La France a envoyé des emails pour sonder la tendance des États membres », indique un diplomate européen, qui ajoute que cela pourrait vouloir dire que même Paris n’est pas convaincue de sa position finale sur le sujet.

« C’est une question technique qui a été politisée, à tort […] l’agriculture ne devrait jamais être politisée », affirme le diplomate. En effet, sur fond de crainte que le glyphosate ne soit cancérigène, le renouvellement de son autorisation a déclenché un débat intense à Bruxelles et dans les capitales européennes.

La nouvelle procédure d'autorisation du glyphosate démarre

Selon les eurodéputés socialistes français Eric Andrieu et belge Marc Tarabella, la Commission européenne s’apprêterait à proposer au mois de juin un renouvellement d’autorisation du principe actif controversé du Roundup. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Les détracteurs de l’herbicide, menés pas Greenpeace, se réfèrent à l’étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui suggère que la substance pourrait causer des cancers et appellent donc à une interdiction totale de celle-ci.

D’un autre côté, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) concluait en mars dernier que les preuves scientifiques disponibles ne permettaient pas de classer le glyphosate comme un cancérigène, un mutagène ou une substance toxique pour la reproduction.

En mai, le collège des commissaires a proposé un renouvellement de dix ans de la licence du glyphosate, mais ce seront les 28 États membres qui auront le dernier mot.

« Je dois rester humble, je ne suis pas un expert scientifique, mais je crois que les avis politiques ne peuvent pas l’emporter sur des opinions scientifiques généralement approuvées », a déclaré le commissaire à la santé, Vytenis Andriukaitis.

« En tant que docteur, j’ai confiance en la science. Je continuerai donc à fonder mes décisions sur la science et sur la primauté du droit », a-t-il souligné.

Monsanto accusé de corruption scientifique pour sauver le glyphosate

Pour éviter l’interdiction du gyphosate en Europe, ses producteurs auraient financé la publication de fausses preuves scientifiques, dénonce un rapport.

Position française

Lors de la dernière réunion du comité permanent sur les plantes, les animaux et les aliments (SCoPAFF) en juillet, la Commission a réclamé des commentaires écrits sur la proposition de réautorisation du glyphosate d’ici au 4 août 2017, ou si cela était impossible à cause des vacances, d’ici au 1er septembre. Toutefois, seule une poignée d’opinions ont été collectées.

La France a remonté le débat d’un cran le mois dernier lorsque le ministre français de l’Environnement, Nicolas Hulot, a annoncé que Paris voterait contre le renouvellement de l’herbicide.

Les agriculteurs français s'opposent à Hulot sur le glyphosate

La volonté de Nicolas Hulot de s’opposer au renouvellement de la licence du glyphosate dans l’UE suscite une levée de boucliers chez les agriculteurs, qui jugent ce produit essentiel pour les cultures, mais aussi pour l’agroécologie, l’environnement et le climat.

Toutefois, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert n’a pas encore exprimé publiquement son opinion, car il soutient que plus de temps est nécessaire pour trouver un substitut fiable.

D’un autre côté, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont clairement soutenu la réautorisation. La chancelière allemande Angela Merkel l’a publiquement annoncé lors de la journée des agriculteurs allemands en juillet. Il ne s’agit toutefois pas de la position officielle du gouvernement.

À la lumière de la proposition de la Commission et des nouvelles preuves scientifiques de l’ECHA, certains États membres, qui s’étaient jusqu’à présent montrés réticents à voter ou qui s’étaient abstenus, ont désormais une vision plus claire de la situation, affirme le diplomate européen, tout en ajoutant que l’issue finale était néanmoins impossible à prédire.

Les 28 États membres voteront sur la proposition de l’exécutif européen lors de la prochaine réunion du comité des produits phytopharmaceutiques (PAFF) les 5 et 6 octobre. Si aucun accord n’est conclu, un autre vote pourrait avoir lieu lors de la réunion ScoPAFF le 6 novembre, puisque la licence du glyphosate expire fin 2017.

Certaines sources ont suggéré qu’il y aurait seulement un vote, mais pas de discussion lors de cette dernière réunion.

Alternatives

Dans l’éventualité où le glyphosate est interdit, deux herbicides pourraient remplacer le Roundup de Monsanto : Reglone, de Syngenta, et le Basta S de Bayer. Mais ces deux produits sont chers et les agriculteurs européens perdront une « solution peu couteuse et efficace », commente le diplomate.

Un tel scénario augmenterait les frais généraux des agriculteurs et encouragerait la création d’un marché noir, puisque le glyphosate continuerait d’être produit dans les pays tiers. « Nous devons nous attendre à une utilisation illégale de l’herbicide si celui-ci est interdit », conclut le diplomate.