Greenpeace demande l’interdiction complète des néonicotinoïdes

À long terme, l'empoisonnement des pollinisateurs aux néonicotinoïdes met l'agriculture en danger. [quisnovus / Flickr]

Les pesticides aux néonicotinoïdes ne sont pas seulement dangereux pour les abeilles, mais aussi pour de nombreuses autres espèces, selon un rapport scientifique publié par Greenpeace.

En mai 2013, une évaluation des risques de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) concluait que la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame, substances de la catégorie des néonicotinoïdes, étaient dangereux pour les abeilles. La Commission avait alors décidé d’introduire une interdiction partielle, afin de réduire l’utilisation de ces pesticides.

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Une nouvelle enquête, menée par des scientifiques de l’université du Sussex, à la demande de Greenpeace, analyse à présent l’impact des néonicotinoïdes sur les organismes qui ne sont pas ciblés par le pesticide, sur la base des données scientifiques publiées ces trois dernières années.

Conséquences multidimensionnelles

Greenpeace souligne que selon ces recherches, les néonicotinoïdes ne sont pas uniquement dangereux pour les abeilles, mais ont un impact écologique beaucoup plus large et menacent d’autres espèces, comme les bourdons, les papillons et les insectes aquatiques.

« Les néonicotinoïdes peuvent rester présent plusieurs années dans les sols agricoles, ce qui mène à une contamination chronique et parfois à une accumulation », indiquent les scientifiques, qui ajoutent que ces substances ne se limitent pas aux champs, mais s’insinuent dans les cours d’eau et d’eau de ruissellement, ce qui a un impact plus large sur la chaîne alimentaire.

En outre, de nouvelles données scientifiques montrent que les organismes aquatiques sont de plus en plus sensibles aux néonicotinoïdes. « Nombre d’espèces d’insectes aquatiques sont beaucoup plus sensibles à ces substances que les modèles d’organismes traditionnels utilisés dans l’évaluation réglementaire de l’utilisation de pesticides », prévient l’étude.

Interdiction totale

À la lumière de ces nouvelles découvertes, Greenpeace appelle donc l’exécutif européen à interdire complètement les néonicotinoïdes. « Devons-nous vraiment attendre une catastrophe avant que l’UE n’interdise ces pesticides ? », interroge Marco Contiero, directeur des politiques agricoles de la branche européenne de l’organisation.

« La science montre clairement que les néonicotinoïdes sont omniprésents et restent dans l’environnement, pas seulement sur les terres agricoles », ajoute-t-il.

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Dave Goulson, professeur de biologie, estime probable que ces substances soient également liées au déclin des espèces de papillons, d’insectes aquatiques et d’oiseaux.  « Étant donné les preuves apportées sur le danger écologique généralisé, il apparait prudent d’étendre le champ d’application de la restriction européenne en place », déclare-t-il.

Impact économique majeur

L’industrie agro-alimentaire a pour sa part exprimé des inquiétudes quant à l’impact économique de la restriction de l’utilisation de trois néonicotinoïdes courants sur le secteur agricole. Une étude menée par la firme de consultance HFFA Research GmbH, financée par Bayer et Syngenta, deux géants chimico-pharmaceutiques, a conclu que la première année d’interdiction des néonicotinoïdes a coûté près de 900 millions d’euros à l’industrie du colza européenne.

Cette étude estime que l’absence de ces pesticides a coûté 4% du volume production annuelle, soit 912 000 tonnes, une baisse de 6,3% de la qualité des récoltes et 0,73 application foliaire de plus par hectare cultivé. Elle considère en outre que l’interdiction a eu un impact mondial.

Ses auteurs font remarquer que la productivité de la terre au niveau mondial ne s’améliorera pas suite à l’interdiction et qu’une productivité améliorée requerrait davantage de ressources.

« Déplacer la production de colza hors d’Europe ne serait possible qu’avec 533 000 hectares supplémentaires de terres hors d’Europe. Cela causerait 80,2 millions de tonnes d’émissions de CO2, un supplément de 1,3 milliard de mètres cubes d’eau consommés et une perte de biodiversité », assurent-t-il.

Accusations croisées

Le 11 janvier, le Réseau action pesticides (PAN), une association d’ONG militant contre les pesticides,  a relancé le débat en accusant l’industrie des pesticides de faire pression sur les législateurs européens en leur fournissant des informations trompeuses afin de continuer à vendre leurs produits.

Selon les ONG, l’association européenne de protection des cultures (ECPA), l’association européenne des semences et la Copa-Cogeca, qui représente les agriculteurs traditionnels, se livrent à un « lobbying intense ». « Leur objectif est d’inonder le personnel de la Commission européenne et les membres du Parlement d’informations fausses […] Il n’est pas surprenant qu’aucune publicité n’ai été faite autour de [cette campagne] et des deux événements, dont l’un est uniquement sur invitation », dénonce le PAN.

Martin Dermine, responsable des pollinisateurs pour PAN Europe, est catégorique : «  les rapports de l’EFSA sur les néonic[otinaoïdes] sont clairs : il n’y a pas d’utilisation sûre ». « Nous comprenons pourquoi les industries des pesticides et des semences veulent induire en erreur les décideurs politiques, mais le comportement de la Copa-Cogeca est irresponsable. Depuis 2013, sans néonic, les productions agricoles sont stables. Les néonicotinoïdes coûtent cher aux agriculteurs et détruisent l’environnement et les pollinisateurs desquels nos cultures dépendent », ajoute-t-il.

Suite au communiqué du PAN, Graeme Taylor, porte-parole de l’ECPA, a déclaré à EURACTIV que « le PAN parle d’informations fausses, pourtant ses propres communications contiennent des demi-vérités sur un rapport qu’ils n’ont clairement pas pris le temps de lire complètement ». Selon lui, les agriculteurs souffrent de l’interdiction déjà en place.

« Et il ne s’agit pas uniquement des agriculteurs, les enquêtes montrent que cela a également un impact sur l’environnement », a-t-il assuré, ajoutant que ces résultats, dénoncés par le PAN, sont cohérents avec ceux de la Commission.

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