Hogan mise sur l’agriculture de précision dans la prochaine PAC

L'agriculture de précision prévoit la gestion individuelle de chaque parcelle.

Phil Hogan, le commissaire à l’agriculture, a annoncé que la prochaine PAC serait « plus ambitieuse » en termes d’objectifs écologiques, en assurant la participation des agriculteurs aux projets de verdissement, via un plus grand recours aux techniques de précision.

Phil Hogan a dévoilé certaines des initiatives qui devraient dominer la prochaine Politique agricole commune (PAC) lors d’un événement intitulé « Eau et agriculture en Europe : pour une approche intégrée ». Cet événement était organisé par le European Policy Centre (EPC), un groupe de réflexion bruxellois, et l’ONG de protection de la nature WWF.

Interdépendance des politiques

La politique agricole a longtemps été considérée comme une « île », selon le commissaire à l’agriculture, qui souligne que cette perspective a engendré des incohérences entre l’agriculture et d‘autres secteurs, avant tout l’environnement. « Si nous voulons aller de l’avant, nous devons nous attaquer à ces clivages », a-t-il assuré.

Pour améliorer la cohérence entre les différentes politiques européennes, les commissaires à l’environnement et à l’agriculture ont adopté en avril un document de travail soulignant les actions à mener pour garantir une gestion durable de l’eau dans l’agriculture. Deux de ces actions ont été présentées lors de l’événement du 28 septembre.

Agriculture de précision

La Commission européenne explore le potentiel de nouvelles technologies censées permettre une utilisation plus efficace des ressources dans l’agriculture. Cela inclut des robots mesurant l’utilisation d’eau dans la production de vin, des capteurs surveillant la croissance des plantes et des drones pour identifier et traiter les maladies de manière localisée. Cet ensemble de techniques forme ce que l’on appelle l’agriculture de précision.

« Nous avons pris certaines mesures pour soutenir l’agriculture par les données et de précision. L’efficacité des ressources en eau ne peut être améliorée que si l’on utilise de nouvelles technologies, comme les capteurs, l’intelligence artificielle ou les données. Ces méthodes permettront aux agriculteurs d’augmenter leur rendement économique et leurs performances écologiques », estime Phil Hogan.

Le commissaire a notamment annoncé la création d’une plateforme dédiée à la gestion des nutriments, qui donnera aux exploitants des informations détaillées sur la croissance et l’état de leurs cultures. Cela leur permettra d’utiliser l’eau et les intrants chimiques, comme les engrais et les pesticides, de manière optimisée. Cette plateforme sera librement accessible sur Internet et compilera des données issues d’une grande série de sources, comme le programme satellite Copernicus.

Tweet de Phil Hogan : « Aujourd’hui, je suis heureux d’annoncer que les services de la Commission européenne coopèrent pour mettre en place une plateforme de gestion des nutriments des exploitations agricoles. »

Les partisans de l’agriculture de précision affirment que ces techniques permettront aux exploitants de « faire plus avec moins » de ressources, en limitant donc l’impact écologique de l’agriculture. Ses détracteurs rappellent cependant que ces technologies ne sont pas accessibles pour la majorité des agriculteurs européens, dont le tiers a 65 ans ou plus et ne dispose donc pas des compétences numériques nécessaires.

Autre problème de taille : ces technologies coûtent cher. Pour pouvoir se les permettre, les agriculteurs devraient bénéficier d’économies d’échelle très importantes. Or, l’agriculture européenne est constituée d’un patchwork de petites ou très petites exploitations, qui ne suffisent souvent pas, ou à peine, à assurer un revenu minimum aux agriculteurs et à leurs familles, comme l’illustrent les données d’Eurostat.

Des satellites pour mieux réguler l’agriculture européenne

La Commission européenne envisage de confier aux satellites la surveillance des parcelles  recevant des subventions de la Politique agricole commune.

Gestion de l’eau

Phil Hogan a également annoncé le lancement d’une initiative d’information sur les meilleures pratiques de gestion de l’eau, en partenariat avec le Centre commun de recherche, qui permettra aux États membres de choisir les mesures les plus adéquates pour la gestion de l’eau et l’agriculture sur leur territoire.

Andrea Kohl, responsable des politiques chez WWF, a appelé à plus d’efforts pour la durabilité de la gestion de l’eau dans l’agriculture. Elle estime ainsi que la directive-cadre sur l’eau devrait être intégrée à la PAC.

La transition à une agriculture durable devrait être l’objectif clé de la PAC, assure-t-elle, ajoutant que le premier pilier de la politique, les paiements directs aux agriculteurs, devrait être remplacé par un système encourageant les pratiques plus respectueuses de l’environnement.

« Dans la PAC actuelle, il y a beaucoup de bonnes intentions en termes de verdissement, mais les mesures ont été tellement adoucies qu’elles n’ont pas constitué une incitation assez importante pour les agriculteurs », souligne-t-elle. Le verdissement est le deuxième pilier de la PAC et prévoit des subventions pour les agriculteurs qui mettent en place des mesures censées améliorer leur impact environnemental.

« La carotte et le bâton »

Phil Hogan reconnait qu’il est essentiel de s’assurer de la participation des exploitants. « Nous devons utiliser à la fois la carotte et le bâton », estime-t-il.

La carotte serait le premier pilier, celui des paiements directs, « mais nous devons justifier l’argent que nous dépensons dans le cadre des objectifs généraux de la Commission ».  La Commission a « de grandes ambitions sur l’environnement, mais nous devons collaborer avec les personnes qui peuvent mettre ces ambitions en pratique : les agriculteurs », a-t-il conclu.