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24/01/2017

L’Allemagne tente de développer l’agriculture durable

Agriculture & Alimentation

L’Allemagne tente de développer l’agriculture durable

Les agriculteurs allemands sont de plus en plus pris en étau entre les impératifs de rentabilité et un appauvrissement des ressources, comme l’eau et les sols.

« Le monde a changé », affirme Stefanie Wikl, d’un réseau agricole allemand Solidarische Landwirtschaft (SOLAWI), équivalent des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne françaises (AMAP). « Une agriculture gourmande en ressources permet une augmentation des gains à court terme, mais n’est pas durable. »

Depuis l’apparition de l’agriculture industrielle, l’humanité aurait épuisé 40 % des sols exploitables. En outre, la production de viande et de lait serait également extrêmement illogique. En effet, l’experte de l’association explique que « nous rassemblons de quoi nourrir le bétail depuis la planète entière, nous laissons les animaux souffrir dans des étables bien trop étroites et encourageons la résistance des agents pathogènes par l’utilisation excessive d’antibiotiques ».

Le réseau SOLAWI tente de contrecarrer cette tendance. Le concept de l’association, imaginé au milieu des années 1970 au Japon, où des millions de personnes se fournissent à présent en fruits et légumes bio par le biais de ce type de réseaux, est en fait assez simple : un groupe d’agriculteurs exploite une ferme et les clients prennent en charge les frais, pour l’achat des graines, les salaires, le bail et l’assurance par exemple. En contrepartie, ils obtiennent une part de la récolte et obtiennent l’ensemble des produits, frais, généralement bio, directement depuis la ferme.

« L’agriculture industrielle ne peut pas nourrir toute l’humanité »

La SOLAWI allemande est inspirée de la France, où toutefois l’accent n’est pas mis sur le bio, mais sur la conservation de l’agriculture paysanne, selon Stefanie Wild. Sur la plateforme française Urgenci, les échanges se font néanmoins également à l’échelle européenne et pourraient s’étendre aux États-Unis. En effet, le concept de la « community supported agriculture » s’y est entretemps largement répandu, avec près de 6 000 fermes.

« Le fait que l’agriculture industrielle ne nourrit pas la planète actuellement, et ne sera pas non plus un instrument adaptée dans le futur, est démontré dans le rapport mondial sur l’agriculture des Nations Unies, publié en 2008 » déclare la spécialiste de SOLAWI pour expliquer les raisons de la fondation du réseau allemand en 2011, qui compte à présent 110 fermes dans le pays. 100 autres initiatives sont en phase de création.

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Encourager les petits agriculteurs

Les meilleures chances d’augmenter la production résident dans l’aide au développement des petits agriculteurs, selon le rapport de l’ONU. Exploiter des surfaces de plus en plus grandes avec de plus en plus de technologies et de solutions chimiques serait  un « engrenage » vicieux, dans lequel le nombre d’agriculteurs perdant leur emploi est en constante augmentation.

Malgré tout, les petites entreprises ne sont pas soutenues par l’Europe. De fait, les subventions agricoles sont versées à des agriculteurs plus riches, qui possèdent d’importants terrains. Selon les données de l’OCDE, 1,8 % des entreprises allemandes seulement ont obtenu environ 40 % des aides financières européennes en 2013. La même année, près de 94 % des terres agricoles exploitées en Allemagne étaient cultivées par des entreprises conventionnelles, c’est-à-dire des industriels.

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Un modèle d’avenir ?

Le modèle traditionnel de la ferme, qui produit un large éventail des denrées alimentaires sur une surface réduite, est-il en voie de disparition ?

« J’ai envie de dire, de façon assez provocante, qu’il s’agit du seul modèle d’avenir », s’exclame Stefanie Wild. Finalement, tout dépendrait de la pression économique exercée sur les agriculteurs. « Pour l’aide au développement et les exigences, les politiques devraient se pencher sur le principe de causalité. »

Les charges devraient être transférées sur le mode production à l’origine de ses frais, comme la disparition de la diversité biologique, de villages et de fermes, l’appauvrissement des sols et la pollution des nappes phréatiques par les nitrates. Ainsi, l’agriculture ne devrait plus être encouragée, mais soumise à des taxes, par exemple, pour l’utilisation de pesticides.

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Une suggestion pourtant loin d’être envisageable en Allemagne. Les agriculteurs qui souhaitent cultiver des produits bio, en particulier, se trouvent dans une position difficile. En effet, les semences écologiques sont nettement plus chères que les graines conventionnelles, le travail pour éliminer les mauvaises herbes est plus important et l’alternance des cultures impliquent que les terres en jachère ne peuvent être exploitées chaque année.

Toutefois, les projets encourageant une agriculture à plus petite échelle, attentive à la fertilité des sols et la diversité des espèces, apparaissent de plus en plus en Allemagne. La société anonyme Regional AG de Fribourg-en-Brisgau, notamment, a récolté 3 millions d’euros sur cinq ans grâce à des financements privés pour fonder 17 entreprises écologiques dans les alentours de la ville et de la Forêt Noire.

Selon Stefanie Wild, les politiques devraient réfléchir au processus de vente des produits régionaux, provenant de petites fermes produisant en petites quantités. « L’introduction sur le marché est coûteuse et dispendieuse », explique-t-elle. Il serait intéressant, par exemple, d’introduire des quotas sur l’utilisation de produits régionaux dans les cantines scolaires.