Audition de Monsanto sous haute tension au Parlement européen

Les commissions environnement et agriculture du Parlement européen organisent le 11 octobre une audience publique très attendue sur les « Monsanto papers », ce qui risque d’enflammer encore plus le débat sur le glyphosate.

Les dirigeants des groupes politiques du Parlement européen ont décidé le 28 septembre de refuser aux lobbyistes de Monsanto le droit d’entrer dans les bâtiments du Parlement puisqu’ils refusaient de venir répondre aux questions des eurodéputés.

Monsanto persona non grata au Parlement européen

Le refus de Monsanto de venir répondre aux questions des eurodéputés lui a couté son droit d’entrée au Parlement européen.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont donné leur feu vert à cette substance chimique, soutenant qu’elle est « peu susceptible de présenter un risque cancérogène pour les personnes exposées à cette substance dans l’alimentation ».

Une décision qui contraste fortement avec une évaluation distincte du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS, qui souligne que le produit chimique utilisé comme herbicide est « probablement cancérogène pour les humains ».

Pour le commissaire européen à la santé, Vytenis Andriukaitis, il est étrange que les personnes qui s’opposent au glyphosate ne s’arrêtent que sur les résultats du CIRC. « Parfois, ces personnes diffusent le message selon lequel l’UE ne prend pas en compte ces résultats alors que ce n’est pas du tout le cas », a-t-il ajouté.

Le glyphosate fait monter la tension entre États membres et Commission

Les États membres doivent cesser de se cacher, voire de se décharger sur la Commission sur la question du glyphosate, assure Vytenis Andriukaitis, commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire.

Plusieurs centaines de patients atteints d’un cancer aux États-Unis ont poursuivi Monsanto en justice, reprochant à la firme de ne pas avoir prévenu les utilisateurs des risques de cancers associés au RoundUp, un puissant désherbant.

Le Dr Christopher Portier, toxicologue de renom et ingénieur en environnement, a été appelé à témoigner en tant qu’expert par les avocats des plaignants pour soutenir scientifiquement que le glyphosate est cancérogène.

Ce toxicologue, qui sera un des témoins clés lors de l’audience, a envoyé plusieurs lettres au commissaire européen à la santé et à l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA) pour plaider contre la substance.

« J’ai réalisé ce travail avec mes propres ressources et sur mon propre temps », écrit-il dans la lettre à l’EPA. Dans sa lettre à Vytenis Andriukaitis, le Dr Portier cite tous ses titres académiques, mais ne mentionne pas sa participation en tant qu’expert dans les affaires judiciaires américaines, ce qu’il fait pourtant dans sa lettre au président de la Commission, Jean-Claude Juncker.

« Les points de vue exprimés ici et les analyses réalisées pour soutenir ces points de vue sont personnelles et ont été menées sans aucune compensation. En ma qualité de consultant privé, je suis témoin expert pour un cabinet juridique américain impliqué dans le conflit sur le glyphosate. Je travaille également à mi-temps en tant que scientifique pour le Fonds de défense de l’environnement sur des sujets non liés au glyphosate ou à d’autres pesticides. »

Le débat scientifique sur le glyphosate refuse de mourir

Le docteur Christopher Portier a analysé les sources des recherches des agences européennes sur le glyphosate. Dans une lettre à Jean-Claude Juncker, il s’inquiète d’un manque de rigueur scientifique.

Le 13 décembre 2016, le docteur Christopher Portier a participé à une audience de l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) sur le glyphosate en qualité d’expert d’une ONG appelé Health and Environmental Alliance (HEAL).

« Dans l’affaire du glyphosate, le processus a réellement besoin de plus de transparence, car les gens veulent savoir. Si vous n’êtes pas transparents, vous perdez leur confiance », souligne-t-il dans une vidéo suivant cette réunion.

Le 12 octobre 2016, il écrit pour le site Agri-Pulse : « personne ne m’a jamais donné un centime pour faire ce que je fais sur le glyphosate. Je ne me trouve dans aucun conflit d’intérêts ». Il affirme toutefois avoir facturé ses clients pour ses témoignages en tant qu’expert devant le tribunal.

Il prendra part à l’audience du 11 octobre au Parlement en tant que professeur à l’université de Maastricht. Il répète encore une fois « sans aucune compensation, et pour le compte d’aucun client ».