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17/01/2017

L’agriculture intelligente accusée d’être au service d’intérêts industriels

Agriculture & Alimentation

L’agriculture intelligente accusée d’être au service d’intérêts industriels

Agrobusiness et agroécologie, deux modèles qui s'opposent.

[Susanne Nilsson/Flickr]

À quelques semaines de la conférence climat de Paris (COP21), des ONG dénoncent la mainmise de l’agrobusiness, fabricants d’engrais en tête, dans la promotion d’une « agriculture intelligente » visant à trouver des solutions au réchauffement climatique.

Dans un rapport publié mercredi, l’ONG Grain critique vivement le rôle des producteurs d’engrais, accusés de contribuer au réchauffement climatique plus que d’y apporter des solutions.

« Nous éprouvons de profondes préoccupations face à la place grandissante accordée au concept d’agriculture intelligente face au climat », écrivaient le 21 septembre dans une lettre ouverte 355 ONG nationales et internationales, comme Greenpeace, Action contre la Faim ou le Secours catholique.

Ces ONG demandent que ce concept et ses promoteurs soient retirés de l’« Agenda des solutions » de la COP21. Cet agenda regroupe des initiatives sectorielles visant à mettre en œuvre des solutions concrètes pour réduire les gaz à effet de serre.

Depuis 2010, la FAO, l’agence de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation, utilise le concept d’« agriculture intelligente face au climat », y voyant un moyen « crucial de garantir la sécurité alimentaire et les objectifs sur le réchauffement climatique ».

L’agriculture fait effectivement face à une double pression : nourrir une population mondiale grandissante, tout en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre, qui représentent 20 % du total mondial.

En cause : le méthane et l’oxyde d’azote venant de l’élevage et des engrais, des gaz au pouvoir 30 fois et 300 fois plus réchauffant que le CO2.

>> Lire : Les États membres refusent de limiter les émissions de méthane

« L’agriculture intelligente face au climat peut apparaître comme un concept prometteur mais a en réalité été forgée à des fins politiques », dénoncent pourtant les ONG, soulignant que la FAO ne fixe pas de critères permettant de qualifier telle ou telle mesure d’« intelligente ».

Un concept flou

Un flou qui laisse la porte ouverte au « greenwashing » et surtout aux « sociétés de l’agrobusiness qui prônent l’utilisation d’engrais chimiques, la production de viande industrielle et l’agriculture industrielle à grande échelle », ajoutent-elles.

Des craintes ravivées par le lancement par l’ONU, en septembre 2014, d’une Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face au climat (GACSA).

Parmi la centaine de membres, on compte une vingtaine de pays dont la France et les États-Unis, des instituts de recherche (Cirad et Inra), mais aussi de grands groupes agroalimentaires (Danone), ou des fabricants d’engrais.

Ceux-ci représentent 60 % des membres du secteur privé de l’alliance, alors que les engrais, fabriqués à base de gaz naturel, contribuent au réchauffement climatique, souligne l’ONG Grain.

Sans être directement membres de l’Alliance, des multinationales contestées comme le semencier Monsanto ont également lancé des programmes d’agriculture intelligente.

« Les fabricants d’engrais et les autres ont un intérêt à sauvegarder le modèle existant », basé sur l’utilisation de produits chimiques, assure Devlin Kuyek, chercheur de l’ONG Grain.

Les détracteurs de l’Alliance craignent que le lobby de l’agrobusiness ne s’en serve pour diriger des financements vers des programmes basés sur l’utilisation d’OGM ou de pesticides censés protéger les cultures et améliorer les rendements.

Tout cela se déroule évidemment au détriment de l’agroécologie, un modèle basé sur les petits paysans et la réduction des produits chimiques, que tentent de promouvoir ces ONG.

Sollicitée par l’AFP, la FAO se dit ouverte au dialogue sur le sujet, soulignant que l’objectif de l’Alliance n’est pas de choisir un seul type d’agriculture pour en faire la promotion, mais de reconnaître la diversité du monde agricole.

Côté français, « le gouvernement voulait être dedans plutôt que dehors » pour avoir une influence sur l’Alliance, tandis que l’Inra et le Cirad trouvaient « important de pouvoir expliciter les options amenées par la recherche publique » pour l’agriculture et le climat, explique Jean-François Soussana, directeur scientifique Environnement de l’Inra.

Pour lui, « les vraies actions de recherche » scientifique sont toutefois menées dans un cadre différent, celui de l’Alliance mondiale pour la recherche sur les gaz à effet de serre agricoles, dont les seuls membres sont des États.

>> Lire : Le sommet climat donne un timide coup d’accélérateur au Fonds vert

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