L’aide alimentaire européenne appelée à la rescousse pour soutenir l’élevage en France

La faiblesse des cours de la viande de porc menace des exploitations

Les coups de chaud se multiplient dans l’élevage français, où 22.000 exploitations sont au bord du dépôt de bilan. Le président du Sénat demande à la Commission européenne d’acheter des stocks de porc dans le cadre du renforcement de l’aide alimentaire à la Grèce.

Sécheresse et canicule depuis la mi-juin n’ont fait que renforcer les problèmes de l’agriculture française. L’hexagone paie un lourd tribut face à la faiblesse des prix des filières porcines et bovines ou du cours du lait. Des manifestations d’agriculteurs parfois musclées ont émaillé le début de l’été. Après la « nuit de détresse » organisée le 2 juillet, plusieurs opérations coup de poing ont été organisées un peu partout en France.

En réponse, le Sénat a organisé le 16 juillet une table-ronde entre producteurs, distributeurs et politiques. « Il faut des mesures d’urgence, de court terme pour répondre à la crise » s’est exclamé le président du Sénat, Gérard Larcher.

« Ce n’est pas banal de demander un débat au Sénat, mais l’heure est grave» a précisé Xavier Beulin, représentant du premier syndicat agricole. « Au-delà d’une situation conjoncturelle catastrophique, il y a une impasse structurelle » a déploré l’agriculteur, évoquant le cas de la Bretagne. « 400 à 500 exploitations porcines y sont virtuellement en dépôt de bilan » a regretté le dirigeant.

>>Lire : L’embargo russe sur le porc sème la zizanie à Bruxelles

Le recul des prix du porc français, dont la Russie achetait environ 10 % de la production, n’est pas un phénomène isolé : toute l’Europe en pâtit.

Evolution du prix du kilo porc / Marché du porc bretonEvolution du prix du kilo porc / Marché du porc breton

Mais la stagnation durable des prix, notamment en début de l’été et malgré l’effet « barbecue » qui entraîne une hausse de la demande, préoccupe plus sérieusement que les autres années.

« Nous demandons de la transparence sur l’étiquetage, et aussi un prix qui soit au-dessus du standard mondial » a également demandé Xavier Beulin.

Un « foodstamp » à l’européenne pour les pays frappés par la crise

Le président du Sénat a de son côté écrit au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, pour demander que l’aide alimentaire qui doit être renforcée pour la Grèce le soit massivement, et ait recours aux stocks importants de porc qui plombe les cours du marché de la viande.

« Il faut que nous mettions en place une sorte de « foostamp » à la française, qui réponde aux besoins des pays les plus frappés par la crise » a souligné l’élu. Aux Etats-Unis, 46 millions de personnes reçoivent une aide sous forme de bons permettant d’acheter de la nourriture.

Le système est organisé par le ministère de l’agriculture,

«C’est une bonne idée; les exportations vers la Grèce ont diminué, et compte tenu des disponibilités notamment dans la filière porcine, la mesure semble logique» estime Guy Vasseur, le président des Chambres d’agriculture.

>>Lire : La Commission veut renforcer l’aide alimentaire et fournir des médicaments à la Grèce

Réactions

« Entre 22 et 25.000 » exploitations d'élevage, soit 10% du total, « sont cet été au bord du dépôt de bilan », affirme le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll dans Le Parisien du 17 juillet.

En avançant ces chiffres « collectés département par département » par ses services, le ministre insiste sur « l'urgence » à traiter « trois crises, bovine, porcine et laitière, (qui) se conjuguent ».

« Près de 10% des exploitations d'élevage, soit entre 22 et 25.000, sont cet été au bord du dépôt de bilan », avance M. Le Foll. D'après Le Parisien, cela représente « au moins 40.000 emplois directs ».

« Dans la crise actuelle, chacun est responsable, du consommateur à l'élu local, qui doit privilégier les produits français dans la restauration collective », insiste-t-il.

Il rappelle aussi qu'en juin, « tous les acteurs se sont engagés à augmenter les tarifs et à répercuter cette sur les producteurs ».

Contexte

L'Union européenne a décidé d'imposer des sanctions à l'encontre de la Russie en juillet 2014, en réponse à l'attitude de Moscou en Ukraine.

Pour la première fois, les sanctions ciblent de larges secteurs de l'économie russe, dont les compagnies pétrolières, les banques et les entreprises de défense.

Avec ces mesures, les grandes banques d'État russes seront exclues des marchés européens. Le secteur du gaz, dont l'Europe dépend fortement, n'est toutefois pas concerné par ces sanctions.

La Russie a répliqué rapidement en imposant un embargo sur les produits alimentaires en provenance des pays occidentaux.  Une situation qui risque de créer des pénuries et une hausse des prix en Russie, et qui affecte aussi le secteur agro-alimentaire européen. Les importations de porc étiaent bloquées depuis fin 2013, pour un motif sanitaire.