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17/01/2017

L’Allemagne première bénéficiaire de l’aide d’urgence à l’agriculture

Agriculture & Alimentation

L’Allemagne première bénéficiaire de l’aide d’urgence à l’agriculture

Le commissaire de l’agriculture, Phil Hogan, a lancé une « campagne diplomatique » pour btrouver de nouveaux débouchés à une agriculture européenne à la peine.

[European Commission]

La Commission a détaillé les modalités de l’aide dite « flexible » à l’agriculture, de 500 millions d’euros, approuvée le 7 septembre pour contrer la crise qui frappe le secteur.

Les agriculteurs-éleveurs européens, durement touchés par la crise des prix du lait et de la viande, s’étaient rassemblés à Bruxelles le 7 septembre pour une manifestation musclée. Le jour même, la Commission européenne a annoncé vouloir débloquer 500 millions d’euros d’aide pour les producteurs les plus touchés.

Sans grande surprise, c’est l’Allemagne en tant que premier producteur de lait européen, qui sera la première bénéficiaire.

 >> Lire : Les agriculteurs européens à Bruxelles pour faire pression sur l’UE

La suppression des quotas, en mars, le déclin de la demande chinoise, le changement des habitudes alimentaires dans le monde et l’embargo russe sur les produits alimentaires européens ont eu pour conséquence l’effondrement des prix du lait, de la viande de porc et de bœuf, et de certains fruits et légumes.

Fonds « flexibles »

Quelque 420 millions d’euros seront alloués aux agriculteurs-éleveurs européens confronté à un manque de liquidité. 80 % de cette somme sera distribuée en fonction des quotas de lait des États membres pour la dernière année des quotas.

Les 20 % restants seront alloués de manière à assurer une aide supplémentaire aux agriculteurs-éleveurs des États membres les plus touchés par la chute des prix du lait et de ceux de la viande porcine, résultat des sanctions imposée par l’UE à la Russie dans le cadre de la crise ukrainienne, qui a poussé Moscou à déclarer un embargo sur les produits européens. Pour couronner le tout, les fermiers ont été confrontés à une sécheresse dans certains pays européen cet été. 

Les plus grands bénéficiaires de cette aide sont l’Allemagne (69,2 millions d’euros), la France (62,9) et le Royaume-Uni (36,1). Les pays qui recevront le moins d’aide sont Malte (0,1 million), Chypre (0,4) et le Luxembourg (0,7).

 « Il s’agit d’un paquet d’aide solide, complet et décisif. C’est une déclaration de soutien à l’agriculture très forte de la part de la Commission, qui reflète concrètement un passage du discours de l’état de l’Union du Président Juncker, la semaine dernière, dans lequel il s’est qualifié de ‘grand défenseur de la PAC’ », a déclaré le commissaire au développement rural et à l’agriculture, Phil Hogan.

L’exécutif européen a également décidé d’offrir « un maximum de flexibilité » aux États membres.

« Je suis prêt à donner aux États membres un maximum de flexibilité afin que l’aide cible les mesures nécessaires et adaptées pour contrer l’impact de [la chute] des marchés sur les agriculteurs, et notamment l’effondrement des prix des produits laitiers et de la viande porcine et la sécheresse », a-t-il souligné.

La Commission entend également laisser les États membres débloquer eux-mêmes des aides nationales supplémentaires pour soutenir encore davantage les mesures des enveloppes d’aide européennes.

Le paquet d’aide prévoit également des paiements anticipés.

Phil Hogan a en effet décidé que les États membres pourraient avancer jusqu’à 70 % des paiements directs à partir du 16 octobre.

« Les États membres pourront verser des avances [sur les paiements directs] de 70 % après les vérifications administratives, sans attendre les contrôles sur le terrain habituels », explique-t-il.

« Cette dérogation est une concession importante, étant donné le risque financier potentiel qui y est associé, et est proposé comme une mesure absolument exceptionnelle. C’est la limite de la flexibilité que la Commission peut offrir dans le cadre du budget européen. »

Stabilisation des marchés

Le paquet d’aide comporte aussi deux nouveaux programmes pour le stockage privé, dans l’espoir de stabiliser le marché. Ces programmes concernent la viande de porc, d’un côté, et le fromage et le lait écrémé en poudre, de l’autre.

Un responsable européen avait déjà déclaré la semaine dernière que pour stabiliser le marché, il fallait régler le problème de la surproduction du lait.

 « Il y a trop de lait dans l’UE. Ajoutez à cela l’interdiction russe [l’année dernière], les prix ont dégringolé », a-t-il souligné.

 >> Lire : L’UE veut ouvrir les marchés asiatiques aux produits laitiers européens

L’UE à 28 produit 151 millions de tonnes de lait par an, et 90 % de cette production est consommé dans l’UE.

La Commission a décidé d’augmenter l’aide de plus de 100 % en ce qui concerne le lait écrémé en poudre et de fixer à un an la période de stockage.

« La Commission prend des mesures très efficaces pour stabiliser les marchés, en augmentant l’attrait du programme et en retirant les produits hors du marché assez longtemps pour que la crise se résorbe », a expliqué le commissaire à l’agriculture.

Pour ce qui est du fromage, le nouveau programme prévoit le stockage de 100 000 tonnes, qui seront réparties entre États membres en fonction de leur production.

Le secteur de la viande porcine a également été très durement touché par l’embargo russe. Suite à des demandes dans ce sens, la Commission a décidé que plus de types de viandes pourront être stockés dans le cadre de la nouvelle aide.

Nourrir les réfugiés

Une très grande partie du programme d’aide contribuera à la gestion de la crise des réfugiés.

Ainsi, 30 millions d’euros permettront d’assurer que le lait européen est mis à disposition des réfugiés.

« Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ce défi humanitaire sans précédent et nous devons nous servir de nos manœuvres de stabilisation des marchés pour renforcer nos actes de solidarité », a insisté Phil Hogan. 

Réactions

Dans un communiqué de presse, l'ONG belge CNCD (Centre national de coopération au développement) souligne que quel que soit l'ampleur de l'aide, celle-ci ne palie pas les sources de la crise (la surproduction, dans le cas du lait).

« La seule option est de réguler les niveaux de production en fonction de l’offre. Aucune aide financière publique ne pourra compenser les pertes actuelles des producteurs laitiers. » L'ONG rappelle également qu'« au final, ce sont les pays du Sud qui sont le plus fortement frappé par cette politique dépassée. Ils doivent fournir des matières premières agricoles à nos méga-fermes et servir de marchés d’exportation à nos surplus. Difficile dans ce contexte d’y regagner leur souveraineté alimentaire. »

L'European Board Milk est du même avis : « Ce que nous voulons, ce n'est pas des aides, c'est une régulation de la production ».