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25/08/2016

L’intervention de Bruxelles sur les marchés du lait et du porc n’enraye pas la crise

Agriculture & Alimentation

L’intervention de Bruxelles sur les marchés du lait et du porc n’enraye pas la crise

L'embargo russe a incité la Commission européenne a rouvrir le stockage public et privé de lait et de porc

[Smoobs/Flickr]

Les syndicats agricoles français tentent de mobiliser le gouvernement et Bruxelles pour augmenter le prix d’intervention. Mais face au recul structurel de la consommation de porc et de lait, la Commission préfère miser sur de nouveaux marchés.

Le président de la FNSEA, Xavier Beulin, a rencontré lundi le président de la République, alors que la faiblesse des prix met en danger des milliers d’exploitations dans l’élevage français, principalement en ce qui concerne le porc et le lait. Les syndicats agricoles réclament des mesures spécifiques, qui devraient être annoncées le 3 septembre prochain, date d’une manifestation prévue à Paris. Pas moins de 1000 tracteurs sont attendus dans la capitale.

Après la crise du marché du porc, c’est au tour des producteurs de lait de tirer la sonnette d’alarme. Comme les producteurs de porc, ils souffrent de la prolongation de l’embargo russe sur leurs produits, et demandent une intervention plus importante de Bruxelles.

Des mécanismes de stockage rouverts depuis mars pour le lait et le porc

Depuis mars, la Commission européenne a rouvert les deux mécanismes qui permettent de soulager quelque peu le marché du lait : les stocks d’intervention, et les stocks privés de beurre et de lait en poudre. Des systèmes qui permettent de limiter la pression baissière des prix en faisant temporairement fléchir l’offre : la Commission indemnise le stockage temporaire privé de beurre, de lait ou de porc, ou achète des stocks pays par pays.

>>Lire: L’aide alimentaire européenne appelée à la rescousse pour soutenir l’élevage en France

Or, les prix d’achat sont considérés comme trop faibles par rapport aux coûts de production du lait en France, selon la FNSEA.

L’UE achète actuellement 1698 euros la tonne de lait en poudre, soit 1,69 euro par kilo, et 2217.5 euros la tonne de beurre, soit 2.2 euros le kilo. Malgré un marché saturé, très peu de pays ont eu recours au mécanisme. Seuls la Belgique, la Lituanie, la Pologne et le Royaume-Uni ont utilisé le système cette année, et seulement à partir de la mi-juillet.

Pour la viande de porc, les mesures d’intervention publiques ont également repris en mars dernier, sans grand succès.

>>Lire: Le Sénat appelle la Commission à l’aide face à la crise de l’élevage

Les sujets du stockage de porc et de lait, et surtout de leur prix, seront abordés lors d’une réunion des ministres européens de l’Agriculture, le 7 septembre prochain.

Interrogée par EurActiv, la Commission européenne rappelle qu’une enveloppe de 820 millions d’euros soutient déjà les producteurs de lait en Europe, ainsi qu’un programme de distribution de lait à l’école, qui représente 66 millions d’euros.

La FNSEA souhaite également que le sujet de la levée de l’embargo russe soit abordé, une sujet qui risque de ne pas faire consensus.  La violation continue des accords de Minsk ne plaide pas pour un réchauffement entre les relations UE/Russie et de levées des sanctions économiques contre la Russie, qui de son côté pratique cet embargo en réponse aux sanctions.

De nouveaux débouchés face à l’évolution des modes alimentaires

Mais la Russie est loin de représenter le seul problème de la filière. Selon les dernières statistiques publiées en août par FranceAgriMer, la consommation de viande et de lait affiche une baisse tendancielle, tant au niveau européen que français en 2014.

>>Lire : L’embargo russe sur le porc sème la zizanie à Bruxelles

Dans l’UE à 28 la consommation de viande de porc est en déclin : pour 100 kilos de porc consommés en 2008, on en consomme plus que 96,5 en 2014, selon les statistiques de Kantar Worldpanel de FranceAgriMer. Pour le lait, la situation est comparable, même si les Européens consomment plutôt plus de fromage frais, ce qui ne parvient pas à compenser la moindre consommation de lait en brique.

Des tendances qui se reflètent aussi dans les choix éthiques. Ainsi, une pétition suggérant de proposer des alternatives végétariennes dans les cantines françaises a rencontré un gros succès, avec 80.000 signatures en moins d’une semaine –et en plein mois d’août.

>>Lire : 21 ministres de l’Agriculture réclament de l’argent frais face à l’embargo russe

« Il y a une évolution des modes alimentaires, et c’est une question de bon sens : il faut que la politique le prenne en compte » assure Yves Jego, son initiateur. Député de Seine et Marne, Yves Jégo est aussi maire d’une petite ville, Montereau Fault Yonne. « Les maires sont aujourd’hui laissés seuls face aux problèmes religieux suscités par l’alimentation scolaire. J’estime qu’il faut proposer une loi qui donne un cadre, dans lequel il sera précisé qu’une alternative végétarienne sera proposée dans les cantines » précise le député, qui a obtenu des soutiens en provenance de différents partis politiques, y compris des écologistes.

Une idée à laquelle le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, avait vivement réagi la semaine dernière en accusant la droite de n’avoir d’autre solution que le végétarisme pour résoudre la crise de l’agriculture.

Les accords de libre-échange, troisième pilier de la PAC

« Une alternative végétarienne n’enlève rien au menu traditionnel. Et il faudrait commencer par s’assurer que la viande servie aux enfants est bien produite en France » estime de son côté l’élu UDI.

A Paris, les cantines proposeront dès la semaine prochaine un menu végétarien une fois par semaine, et l’initiative n’est pas isolée dans le premier pays producteur de viande bovine d’Europe.

Pour Bruxelles, le futur de l’agriculture européenne passe aussi par les exportations. La nouvelle Commission a approuvé 41 programmes de promotion et de recherche de marchés tiers sur trois ans, et tente de trouver des débouchés. « L’ouverture de nouveaux marchés dépend aussi de nouveaux accords de libre-échange, c’est le troisième pilier de la Politique Agricole Commune » assure-t-on ainsi à la Commission.

Contexte

L'Union européenne a décidé d'imposer des sanctions à l'encontre de la Russie en juillet 2014, en réponse à l'attitude de Moscou en Ukraine.

Pour la première fois, les sanctions ciblent de larges secteurs de l'économie russe, dont les compagnies pétrolières, les banques et les entreprises de défense.

Avec ces mesures, les grandes banques d'État russes seront exclues des marchés européens. Le secteur du gaz, dont l'Europe dépend fortement, n'est toutefois pas concerné par ces sanctions.

La Russie a répliqué rapidement en imposant un embargo sur les produits alimentaires en provenance des pays occidentaux.  Une situation qui risque de créer des pénuries et une hausse des prix en Russie, et qui affecte aussi le secteur agro-alimentaire européen. Les importations de porc étiaent bloquées depuis fin 2013, pour un motif sanitaire.

Prochaines étapes

  • 3 septembre: annonce de mesures spécifique en France pour faire face à la crise de l'élevage
  • 7 septembre: réunion des ministres européens de l’Agriculture

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