L’UE veut ouvrir les marchés asiatiques aux produits laitiers européens

Des agriculteurs bloquent la place Schuman. Bruxelle, 7 septembre. [Joel Schalit/Flickr]

Le 7 septembre, la Commission européenne a adopté un plan d’aide agricole de 500 millions d’euros. Un des objectifs : développer de nouveaux marchés à l’exportation des produits laitiers en Asie.

Après la manifestation agricole du 7 septembre, la Commission européenne a débloqué 500 millions d’euros d’aide pour les agriculteurs frappés par la baisse des prix et par l’interdiction des exportations vers la Russie.

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Le nouveau plan d’aide s’attaquera en priorité aux difficultés de liquidités que connaissent les agriculteurs, au fonctionnement de la chaine d’approvisionnement, à la stabilisation des marchés et à l’assistance sociale.

Aucun Etats membre n’a rejeté la proposition

Le paquet de la Commission a été présenté le 7 septembre par le vice-président, Jyrki Katainen lors d’une réunion du Conseil des ministres européens de l’Agriculture, qui, selon cette source, ont été surpris par le montant du plan d’aide.

« Les ministres de l’UE ne s’attendaient pas à cette proposition de la part de l’exécutif », a déclaré la source, tout en ajoutant : « nous sommes contents de la manière dont les ministres ont répondu à notre proposition […] je n’ai entendu personne rejeter cette offre ».

Reste à savoir comment ces fonds seront répartis entre les 28 États membres.

« Lors de la réunion d’hier, la Commission européenne voulait s’assurer un soutien politique et obtenir un retour des États membres […] les détails de la distribution de l’aide seront disponibles dans quelques jours », a indiqué le responsable européen, tout en ajoutant que l’aide sera distribuée équitablement, ciblera les agriculteurs qui « en ont réellement besoin » et ceux qui « ont un avenir ».

De nouveaux marchés asiatiques pour les produits laitiers européens

Selon cette source proche des institutions, une partie des 500 millions euros d’aide sera utilisée pour promouvoir les exportations des produits laitiers, afin d’ouvrir des marchés dans des pays tiers, et particulièrement les pays asiatiques, comme le Japon, le Viêt Nam, et probablement l’Inde.

Le Viêt Nam a conclu un accord de libre-échange avec l’UE cet été (le 4 août), et le Japon et l’Inde sont en train de négocier des accords avec Bruxelles.

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« Tous [les accords commerciaux] possèdent un chapitre sur l’agriculture, ce qui bien entendu nous aide à vendre nos produits », a déclaré le responsable européen, insistant sur le fait que les normes sanitaires de l’UE devront tout de même être respectées.

Stabiliser le marché

Selon le responsable européen, pour stabiliser le marché, il faut régler le problème de la surproduction du lait : « Il y a trop de lait dans l’UE. Avec l’interdiction russe [l’année dernière], les prix ont chuté ».

L’UE à 28 produit 151 millions de tonnes de lait par an, dont 90 % sont consommés dans l’UE.

Pour une autre source proche de l’UE, la crise de l’industrie laitière n’est pas un problème uniquement européen.

« Le plus grand souci auquel l’industrie laitière est confrontée est la baisse des achats par la Chine, 53 % de moins ces derniers mois. C’est donc un problème qui ne touche pas que l’industrie européenne des produits laitiers », a-t-il indiqué.

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La Russie était la première destination des produits laitiers européens.  L’interdiction introduite par Moscou l’année dernière a porté un coup dur au secteur européen des produits laitiers, a admis la source.

Le responsable a ajouté que la demande chinoise était toujours là, toujours croissante, mais moins rapidement qu’avant. Pour des raisons géographiques, le premier fournisseur de la Chine est la Nouvelle-Zélande. « Nous ne pouvons pas évaluer clairement ce qu’est la situation en Chine actuellement et si le pays possède encore de grandes réserves de ses achats en 2013 […] certains disent que les réserves chinoises sont sur le point de se tarir et d’autres disent le contraire ».

Contexte

En réponse aux sanctions imposées par l’Occident suite au conflit ukrainien, la Russie a interdit l’importation de certaines denrées alimentaires et boissons produites dans l’UE.

Cette interdiction est entrée en vigueur en août 2014 et a forcé la Commission européenne à utiliser les fonds alloués à l’agriculture pour aider les producteurs touchés par ces restrictions.

Après les États-Unis, la Russie est la deuxième destination d’exportations des aliments produits dans l’UE. En 2013, les échanges avec Moscou représentaient 11,8 milliards d’euros, soit environ 10 % de toutes les exportations d’aliments issus de l’agriculture-élevage, selon les chiffres de la Commission. L’interdiction russe touche des produits agroalimentaires qui représentaient 5,1 milliards d’euros en 2013, soit 43 % des exportations agroalimentaires européennes vers la Russie, a indiqué l’exécutif européen.

Tous les secteurs ne sont cependant pas touchés de la même façon. Outre les mesures d’urgence de soutien du marché pour l’industrie laitière, la Commission a annoncé en août dernier qu’elle allouerait environ 32 millions d’euros aux producteurs de pêches et de nectarines, et 125 millions d’euros aux producteurs de fruits et de légumes périssables.

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