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29/08/2016

La Commission peine à trancher sur le glyphosate

Agriculture & Alimentation

La Commission peine à trancher sur le glyphosate

Si pratiquement toute la population est contaminée au glyphosate, c'est à la campagne que les taux sont les plus inquiétants.

[David Hudson/Flickr]

Face à l’opposition de certains États et de la société civile, la Commission a reporté sa décision sur la prolongation d’utilisation du glyphosate.

Plusieurs États membres ont rejoint les rangs des militants anti glyphosate, un agent herbicide « probablement cancérigène », selon l’OMS.

Les avis scientifiques divergent sur cette substance largement utilisée dans les pesticides, et notamment dans le très controversé Round-Up, du groupe Monsanto.

>> Lire : Après le Round-Up, un nouveau désherbant classé cancérigène

Pas de consensus

Le Centre international pour le cancer (CIRC), une agence de l’OMS, a averti de la dangerosité probable de la substance et assuré que ses recherches dévoilent de « solides » indications de génotoxicité. Peine perdue, puisque la Commission s’est basée sur l’avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), qui estime « improbable » son risque cancérogène, pour proposer un renouvellement pour quinze ans.

L’autorisation d’utilisation du glyphosate expire le 30 juin et un comité d’experts représentant les 28 États membres du Conseil était censé s’exprimer sur le sujet le 8 mars. La question n’a cependant  « pas été soumise au vote » à l’occasion de cette réunion. Selon deux sources diplomatiques, la majorité qualifiée (55 % des États membres représentant 65 % de la population de l’UE), nécessaire à son adoption, n’aurait pas pu être atteinte.

Dans un communiqué de presse, Ségolène Royal, ministre française de l’Environnement, assure qu’un certain nombre de pays, dont la France, l’Italie et les Pays-Bas, se sont opposés au renouvellement de l’autorisation. D’autres, comme l’Allemagne et l’Autriche, ont annoncé qu’ils s’abstiendraient en cas de vote.

L’annonce du renouvellement possible de l’autorisation de l’herbicide avait généré une mobilisation considérable de la société civile, inquiétée par l’utilisation très répandue du glyphosate. Selon une étude récente, on trouve du glyphosate dans l’urine de 99,6 %  des Allemands. Pour les trois quarts de la population, le taux présent lors de l’élimination de la substance est en outre cinq fois plus élevé que le maximum autorisé dans l’eau. ONG et eurodéputés sont montés au créneau et les pétitions contre la substance ont récolté un nombre très important de signataires.

>> Lire : Les trois quarts des Allemands contaminés au glyphosate

L’exécutif européen a toutefois refusé de formellement confirmer que le vote sur sa proposition avait été reporté. « Les services de la Commission et les États membres ont discuté de la façon d’aller de l’avant à ce sujet », a déclaré une source à la Commission, soulignant qu’il « reste du temps pour de plus amples discussions », puisque l’échéance pour renouveler l’autorisation du glyphosate avant son expiration, fin juin. Le comité d’experts compétent se réunira à nouveau les 18 et 19 mai, mais « au besoin, cette question peut être soulevée […] avant », a-t-elle précisé.

>> Lire : Pesticides et OGM, quand la Commission européenne fait le jeu des multinationales

L’issue de ce vote semblait incertaine dès la semaine dernière, après que les Pays-Bas eurent indiqué qu’ils demanderaient un report, tandis que la France, la Suède et l’Italie avaient prévenu qu’elles voteraient « non ».

Les ONG appellent à plus de précautions

« Malgré le fait que la Grande-Bretagne et la Commission européenne s’associent pour défendre les intérêts de Monsanto, les gouvernements en Europe ont refusé de faire de leurs populations des rats de laboratoire en approuvant une nouvelle licence pour le glyphosate », s’est félicitée mardi Alice Jay, de l’ONG Avaaz, qui a recueilli 1,4 million de signatures contre le renouvellement du produit.

La pétition lancée par foodwatch, la Ligue contre le Cancer et Générations Futures a de son côté récolté près de 114 000 signatures en quelques jours. Les associations ne comptent cependant pas se reposer sur leurs lauriers et exigent que le gouvernement français  maintienne son opposition au renouvellement.

« Dès lors qu’un doute subsiste sur la nocivité d’une substance, il ne s’agit plus de tergiverser. Décider aujourd’hui ou demain ne change rien au débat : il faut protéger la santé des consommateurs et appliquer strictement le principe de précaution inscrit dans nos textes européens », déclarent-elles dans un communiqué commun. « La France, l’Italie, les Pays-Bas et la Suède ont choisi ce camp-là : la protection des citoyens contre celui des intérêts de l’industrie chimique. »

Même son de cloche du côté de Greenpeace : « s’empresser d’accorder une autorisation d’utilisation aujourd’hui, sans attendre l’évaluation de l’ECHA, serait comme de sauter d’un avion sans vérifier son parachute », soutient Franziska Achterberg, directrice des politiques agricoles de l’organisation. « Tant que les rapports scientifiques sont contradictoires, le glyphosate ne devrait pas être autorisé dans l’UE. »

>> Lire : Les ruraux surexposés aux pesticides

Monsanto, de son côté, a défendu l’utilisation de ce désherbant et le « processus rigoureux et transparent » auquel il a fallu se soumettre pour cette procédure de réautorisation sur le marché européen.

« Les travaux menés par les experts européens ont constitué une des évaluations scientifiques les plus complètes et approfondies d’une substance active à ce jour », a plaidé le géant américain dans un post sur son blog.

Pas sûr que ces allégations suffisent à rassurer les Européens. L’ECHA, l’OMS et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) se penchent toutefois toutes trois sur le sujet et pourraient apporter plus de clarté sur les effets potentiels de l’herbicide dans un avenir proche.

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