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30/09/2016

La droite européenne à la manoeuvre pour sauver le Round-Up

Agriculture & Alimentation

La droite européenne à la manoeuvre pour sauver le Round-Up

L'utilisation de glyphosate sur la planète a augmenté d'une manière spectaculaire, puisqu'elle a été multipliée par un facteur de 260 au cours des 40 dernières années.

[Will Fuller/Flickr]

Les eurodéputés sont d’accord pour autoriser de nouveau pour sept ans le glyphosate, un produit chimique probablement cancérigène notamment présent dans le Round-Up. Une erreur, selon la gauche et les ONG.

Le Parlement européen n’a pas voté l’interdiction du glyphosate, mais demande de réduire à sept ans le renouvèlement de son autorisation, au départ prévu pour 15 ans par la Commission, et d’en limiter l’utilisation. Un revers pour la France, qui soutenait l’interdiction.

Les eurodéputé se sont également prononcé pour une interdiction de vente aux particulier et d’utilisation dans les jardins et parcs publics.

Malgré les études de plus en plus nombreuses qui dénoncent la dangerosité de ce produit, fabriqué par Monsanto et présent dans plus de 750 désherbants, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a jugé « improbable » le risque cancérigène du glyphosate. La Commission européenne a donc recommandé, via un acte d’exécution, le renouvèlement de l’autorisation de mise sur le marché du glyphosate pour 15 ans, soit jusqu’en 2031.

>> Lire : La Commission peine à trancher sur le glyphosate

Les groupes S&D, Verts, GUE et EFDD ainsi que certains députés du PPE et de l’ALDE ont déposé une résolution contre le renouvèlement de l’autorisation du glyphosate proposé par la Commission. Le 22 mars, cette résolution a été largement adoptée par la commission ENVI.

Les auteurs de la résolution ont dénoncé le manque de transparence  de l’évaluation de l’EFSA, qui se repose sur des études non publiques, « au mieux sponsorisées par l’industrie agrochimique, au pire rédigées par cette dernière ». Ils demandaient donc que la Commission fasse marche arrière sur le renouvèlement d’autorisation et mène une évaluation indépendante des effets du pesticide sur la santé et l’environnement. Ils souhaitent également que les études sur lesquelles ont été fondées les conclusions de l’EFSA soient rendues publique, et que la présence de la substance dans l’alimentation soit évaluée.

>> Lire : Les trois quarts des Allemands contaminés au glyphosate

Le 13 avril, la question a été portée en séance plénière. Les eurodéputés du PPE y ont cependant introduit un amendement, transformant la demande initiale d’interdiction en renouvèlement pour sept ans, au lieu des 15 prévus par la Commission. C’est cette résolution amendée qui a finalement été approuvée par le Parlement, avec une courte majorité : 374 pour, 225 contre et 104 abstentions. La résolution prévoit également l’interdiction de vente du produit aux particuliers et son utilisation dans les parcs et jardins publics.

>> Lire : Le lien entre stérilité et perturbateurs endocriniens confirmé

La gauche furieuse

Dans un communiqué, les eurodéputés socialistes français regrettent que le Parlement n’ait pas suivi la position de sa commission environnement, santé publique et sécurité alimentaire, qui avait voté en faveur de l’interdiction du glyphosate.

« Depuis plus de 30 ans, Monsanto empoisonne la planète avec son herbicide, plus connu sous le nom de Round up. Déclaré ‘cancérigène probable’ par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en mars 2015, le glyphosate reste l’herbicide le plus vendu au monde. Présent dans plus de 750 désherbants, ce produit dangereux a récemment été détecté chez 44 % des citoyens européens n’ayant jamais été en contact direct avec l’herbicide : c’est simple, une bonne partie de notre chaîne alimentaire est contaminée », dénoncent-ils. Ils appellent également à un durcissement des règles concernant tous les perturbateurs endocriniens.

Même incompréhension chez les Verts/ALE, qui dénoncent l’attitude « scandaleuse » de la Commission.

Le groupe GUE/NGL dénonce pour sa part un « pari honteux » et regrettent que la proposition initiale ait été déformée. « Le glyphosate est ‘cancérigène’ pour les animaux et ‘probablement cancérigène’ pour les humains. La Commission et la droite parie honteusement sur la santé des Européens », s’insurge Kateřina Konečná. « Aujourd’hui, les grandes entreprises comme Monsanto qui ont gagné, et la santé des Européens a perdu. »

La droite peu convaincue, la santé publique passe au second rang pour le PPE

Ce sont les eurodéputés du PPE qui ont affaibli la résolution contre le glyphosate. Dans un communiqué de presse, ils expliquent leur réticence à interdire la substance pour des raisons… économiques.

« Le débat sur la substance glyphosate suscite des inquiétudes chez les citoyens, c’est évident. Néanmoins, le secteur agricole est en grande partie dépendant de celle-ci. Or, à ce jour, il n’y a pas d’alternative économiquement viable et garantissant la santé humaine à proposer aux agriculteurs », déclarait Angélique Delahaye, rapporteuse pour le Groupe PPE, en amont du vote. « […] Cette

Une position qui pourrait être mal informée, puisque le centre fédéral de recherche sur les plantes cultivées allemand a étudié la question et conclu en 2015 que les agriculteurs pouvaient se passer du glyphosate.

Pour l’eurodéputée PPE la proposition de résolution initiale n’est qu’une « opposition de forme […] une simple incantation sans conséquence juridique puisqu’il s’agit d’un acte d’exécution, menée par la gauche et les extrêmes au Parlement européen, nous empêche de réfléchir à des solutions concrètes ».

Malgré les doutes du S&D sur l’agence, les Conservateurs européens s’inquiètent quant à eux du précédent que représenterait le fait d’ignorer l’évaluation de l’EFSA.

« Le principe de précaution du droit européen s’appliquent dans le cas où il n’y a pas de conseil scientifique. Or, ici, il y a pléthore de conseils. Nous devons choisir entre le conseil de l’EFSA, notre agence, et celui de l’IARC. Je ne vois pas de raison de nous éloigner de l’EFSA », argue Julie Girling, eurodéputée conservatrice britannique.

Les ONG déçues

« Les eurodéputés ont raison d’appeler à des restrictions de l’utilisation de glyphosate, mais ces restrictions ne suffiront pas à protéger les citoyens et l’environnement. La science a prouvé que le glyphosate était une menace pour la santé publique, il doit donc être immédiatement interdit. Une interdiction dans les villes et les jardins n’empêchera pas la contamination à grande échelle des aliments, de l’eau, de la terre et de l’air », regrette  Franziska Achterberg, de Greenpeace.

Même son de cloche chez HEAL, l’alliance santé et environnement, qui souligne que les restrictions proposées ne seront pas suffisantes, étant donné  l’utilisation massive de la substance et sa nature probable de perturbateur endocrinien.

« Le Centre international de recherche sur le cancer (IARC) de l’OMS a montré que l’EFSA n’était pas infaillible, et si l’EFSA avait fait un aussi bon boulot que l’IARC sur le glyphosate, son utilisation ne pourrait légalement pas être autorisée dans l’UE », assure Lisette van Vliet, conseillère au sein de l’organisation.

La recherche continue

L’agence européenne des produits chimiques (ECHA) a lancé des recherches plus approfondies sur le glyphosate, dont les résultats devraient être finalisés en 2017. Comme le souligne Greenpeace, rien n’empêcherait l’exécutif d’interdire la substance si les recherches de l’ECHA indiquent un risque potentiel, quelle que soit sa décision sur le renouvèlement de l’autorisation d’utilisation, qui doit être décidé avant le mois de juin.

Les eurodéputés espèrent par ailleurs que l’EFSA sera forcée de publier les sources de sa première évaluation, selon laquelle le risque lié au pesticide était négligeable.  La résolution adoptée le 13 avril n’est cependant pas contraignante, et la Commission n’est pas obligée d’en tenir compte.

De son côté, Monsanto affirme toujours qu’il n’y a aucun risque prouvé lié à l’utilisation de son herbicide. Suite à une demande adressée par le commissaire Vytenis Andriukaitis, Monsanto a accepté « de manière exceptionnelle » de permettre à certaine personnes d’avoir accès, dans une salle de lecture spécifique et de manière contrôlée, aux données utilisées par l’EFSA dans son évaluation des dangers du glyphosate.

>> Lire : La médiatrice tance Bruxelles sur la régulation des pesticides

Contexte

Utilisé depuis les années 1970, le glyphosate est notamment présent dans le Round Up du groupe Monsanto, pesticide le plus utilisé dans le monde.

Le texte de la résolution pointe que « son utilisation sur la planète a augmenté d'une manière spectaculaire, puisqu'elle a été multipliée par un facteur de 260 au cours des 40 dernières années », malgré des inquiétudes quant à son risque cancérigène et à ses effets perturbateurs sur le système endocrinien.

Plus d'information

Parlement européen

Centre fédéral de recherche sur les plantes cultivées allemand

Délégation des eurodéputés socialistes au Parlement

Parti populaire européen

Monsanto