La fin des quotas laitiers dans l’UE divise le monde agricole

Cow

The US is opening its market to beef imports from the EU [Jack Malvern/Flickr]

La suppression des quotas laitiers dans l’Union européenne, effective depuis le 1er avril, provoque des réactions contrastées chez les producteurs européens, certains y voyant une occasion en or de s’étendre, d’autres une menace pour leur survie.

Prévue depuis longue date, la suppression des quotas laitiers en Europe est entrée en vigueur le 1 avril, au grand dam de la France, qui craint que la mesure n’ait un impact négatif sur le secteur.

Les quotas laitiers européens avaient été mis en place en 1984 pour maîtriser les excédents. Depuis 2008, ils ont été augmentés de 1% tous les ans pour préparer le secteur à l’après-quota.

Absence de garde-fous

Mais les éleveurs français estiment qu’on ne peut pas passer d’un système totalement régulé au robinet ouvert, sans aucun garde-fou. Opinion que partage le gouvernement français qui a toujours plaidé à Bruxelles pour la mise en place d’outils, de mécanismes permettant de prévenir les crises.

>>Lire : Les producteurs laitiers bloquent le quartier européen

Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a reconnu le 31 mars qu’il était difficile de trouver des alliés européens pour réfléchir à la mise en place de mécanismes pour l’après-quotas laitiers.

La Confédération paysanne, syndicat agricole minoritaire, a estimé que la situation des éleveurs était « inquiétante » et demandé des mesures européennes de gestion des volumes produits.

« C’est un choix de libéralisation, on ne va pas revenir dessus », a déclaré le ministre à l’AFP mardi. « Mais on a permis aux producteurs de s’organiser entre eux et maintenu un filet de sécurité avec la possibilité d’apporter des restitutions (dédommagements) en cas de détérioration grave du marché », a-t-il souligné.

Craintes françaises

Alors que plusieurs pays du Nord, dont l’Allemagne ou les Pays-Bas, optent pour des fermes à grande échelle et l’industrialisation de la production, en France, les producteurs ont été encouragés à se regrouper en GAEC (groupements agricoles d’exploitation en commun), a-t-il rappelé.

« Loin des fermes-usines, on arrive ainsi à des groupements de 400 vaches capables de produire jusqu’à un million de litres. Mais chacun reste en capacité d’assurer son autonomie fourragère. Ce système permet de se satisfaire d’une rentabilité plus faible que dans le cas des fermes-usines qui nécessitent d’importants investissements », a relevé M. Le Foll.

>>Lire : Malaise en France après la décision des États membres d’augmenter les quotas laitiers

En comparaison, le modèle des fermes industrielles ne lui paraît pas une garantie d’avenir. « Le gigantisme fait peser de graves risques sanitaires sur le troupeau et l’exploitation reste étroitement dépendante de la volatilité des prix de l’alimentation animale », a critiqué le ministre.

De quelque 400.000 exploitations laitières en 1986, la France est passée à 68.000 aujourd’hui, pour une production annuelle de 24 milliards de litres.

« En tant que député européen, j’avais voté contre la fin des quotas en 2008 », a rappelé M. Le Foll, dont trois tentatives de faire rouvrir le débat à Bruxelles depuis son arrivée au ministère, en 2012, 2013 et de nouveau fin 2014, sont restées vaines.

La Coordination rurale (syndicat agricole minoritaire) organise mardi des opérations « feux de détresse » en plusieurs points du territoire, devant les laiteries notamment, pour dénoncer « l’abandon des producteurs ».

Satisfaction des pays du nord

En Allemagne, premier producteur européen, et en Irlande, grand pays exportateur, les organisations agricoles ont de leur côté saluent la levée de ces quotas instaurés en 1984, avec amende à la clé pour dépassement, afin de maîtriser une offre alors largement excédentaire.

L’association DBV a ainsi estimé que les producteurs laitiers allemands étaient enfin « libérés » des quotas. « La fin des quotas apporte davantage de liberté pour décider des quantités à produire en fonction du marché », dit-elle.

>>Retrouvez l’interview de Jean Bizet : « L’abandon des quotas laitiers n’est pas un drame »

L’Irish Farmers Association (IFA) prédit quant à elle que la suppression des quotas permettra la création de 9.500 nouveaux emplois en Irlande, et procurera 1,3 milliard d’euros de revenus supplémentaires à l’exportation, selon une estimation haute.

L’Association laitière européenne, qui représente l’industrie de transformation des produits laitiers, s’est également félicitée d’une décision qui « allégera le fardeau administratif à tous les niveaux » et « renforcera la compétitivité de l’ensemble du secteur ».

L’organisation européenne des producteurs de lait (EMB, European Milk Board), qui regroupe 14 pays et représente 100.000 producteurs selon son site, a en revanche organisé une « marche funèbre » devant le Parlement européen mardi à Bruxelles en prédisant un effondrement des prix « inévitable ».