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27/09/2016

La France tente de rattraper son retard sur le bien-être animal

Agriculture & Alimentation

La France tente de rattraper son retard sur le bien-être animal

© Jane Atwood/Ministère agriculture

Le ministère de l’agriculture français a lancé son premier plan stratégique sur 4 ans sur le bien-être animal. Le pays est à la traine par rapport à ses partenaires européens.

« Ce n’est pas simplement parce que des images horribles ont été publiées que je me saisis du sujet », a d’emblée prévenu Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture, en présentant le premier plan stratégique sur 4 ans pour le bien-être animal en France.

La diffusion par l’association L214 d’une nouvelle vidéo attestant de violences atroces lors d’abattages d’animaux dans un abattoir certifié bio du Pays basque a toutefois rendu le sujet brûlant.

>>Lire : Après les abattoirs en France, le sort des poussins mâles préoccupe l’Allemagne

Le ministère a d’ailleurs décidé d’urgence  « une inspection de tous les abattoirs » de France en avril, soit 263 sites. Tout en reconnaissant que l’effort en matière de bien-être animal avait été porté depuis le début du quinquennat sur d’autres sujets que l’abattage.

Le retard de la France sur le bien-être des truies en gestation ainsi que des palmipèdes à foie gras, puis les investissements dans la mise aux normes des bâtiments ont absorbé les ressources financières disponibles sur le sujet.

350 millions d’euros d’aides ont été déployés pour inciter la rénovation voire souvent la construction de nouvelles étables, pour un investissement total de 1 milliard d’euros ; selon le ministère, ces investissements s’inscrivent dans le cadre du bien-être animal.

Une sanction pénale pour les responsables d’abattoirs

Selon Brigitte Gothière, de L214, la surveillance des abattoirs de boucherie est insuffisant, puisqu’« on abat en France 800 millions de volailles contre 5 millions de bovins et 25 millions de porcs chaque année ».

Si le ministre veut ce nouveau plan ambitieux, les ressources qui lui seront affectées restent modestes : l’État prévoit simplement de créer 60 postes par an pour la surveillance vétérinaire des abattoirs.

« Mais tout ne repose pas sur l’argent », a rappelé le ministre, en détaillant un des éléments de la stratégie concernant les poursuites pénales.

Une sanction pénale doit en effet être créer au sein de la loi Sapin II en cas de maltraitance animale, qui vise précisément les responsables d’abattoirs.

Jusqu’à maintenant, salariés et dirigeants d’abattoirs pouvaient se voir notifier des contraventions, peu appliquées en pratique. A l’inverse, le gouvernement peut pouvoir créer un statut d’observateur dans chaque abattoir, et protéger des salariés qui seraient des lanceurs d’alerte de la maltraitance.

La France à la traine par rapport aux autres pays

Au niveau européen, la France a tendance à trainer du pied sur les sujets du bien-être animal. Un manque d’intérêt qui se manifeste notamment au Parlement européen, où la mobilisation des eurodéputés français sur le sujet reste modeste par rapport aux nationalités nordiques notamment.

Mais aussi par le biais de procédures d’infractions : la Commission européenne avait ainsi ouvert en 2014 une procédure contre la France en raison de la mise en cage des truies en gestation, désormais partiellement interdite.

Au niveau du Conseil de l’UE, la position de la France a toujours été de freiner des quatre fers, que ce soit sous des présidences de droite ou de gauche. Ainsi, une initiative de Danemark, de l’Allemagne et des Pays-Bas patiente dans les méandres des décisions européennes depuis 2014.

Il s’agit d’un ensemble de mesures destinée à améliorer règlementation, et connaissances sur le bien-être animal. Fin 2014, la France s’était déjà opposée à cette idée. Faute de mieux, l’Allemagne, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas ont proposé, mi-février, la création d’une plate-forme européenne sur le bien-être animal, au sein de la DG Santé. La France a alors proposé d’ajouter un élément sur les bienfaits du plein-air pour le bien-être animal.

Un moindre mal contre le végétarisme ?

« Si on ne fait rien, le risque, c’est de voir tout le monde devenir végétarien » a averti le ministre de l’Agriculture mardi.

Une attitude dénoncée par L214. « La soi-disant mobilisation sur le bien-être animal est un effet de com’ destiné à contrer le végétarisme »  souligne Brigitte Gothière. Contrairement à d’autres pays européens comme l’Allemagne ou l’Italie, le végétarisme n’est pas très répandu en France.

Les organisations agricoles comme la FNSEA qui a participé à l’élaboration du plan crient au loup dès qu’elles entendent parler de végétarisme, et s’accordent sur le fait qu’il faut préserver le bien-être animal- mais pas trop.

« La proposition d’étendre le référent de protection animal aux abattoirs de petite taille est une façon d’amener une responsabilisation de tous les acteurs », a assuré la vice-présidente de la FNSEA, Christiane Lambert à l’AFP, donnant ainsi son satisfecit au projet. Cette mesure est en fait obligatoire depuis 3 ans selon le règlement européen sur la protection des animaux de 2009.

Contexte

Les objectifs poursuivis par la plateforme de l'UE pourraient notamment être les suivants:

  • faciliter l'échange d'expérience et de bonnes pratiques;
  • donner de la visibilité aux initiatives en faveur du bien-être animal;
  • susciter des partenariats entre les parties prenantes;
  • recenser les bonnes pratiques dans les États membres;
  • permettre la création de réseaux et, notamment, la mise en commun de connaissances et
    d'informations sur la recherche et le développement;
  • renforcer la détermination des parties prenantes à contribuer à la promotion du bien-être
    animal;
  • débattre du renforcement des normes de bien-être animal et de l'amélioration de la législation
    en la matière.