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27/09/2016

La France trouve du soutien à l’Est face à la crise agricole

Agriculture & Alimentation

La France trouve du soutien à l’Est face à la crise agricole

L'embargo russe a incité la Commission européenne a rouvrir le stockage public et privé de lait et de porc

[Smoobs/Flickr]

Les pays de l’est de l’Europe pourraient se rallier à l’idée française d’une suspension temporaire des règles du marché intérieur pour enrayer la crise agricole.

Le ministre de l’Agriculture français, qui tente de convaincre l’UE d’intervenir pour réguler la crise agricole que traverse le continent, semble avoir trouvé de nouveaux alliés parmi les États membres de l’Est.

« J’ai rencontré mon homologue slovène à Ljubljana et nous partageons la totalité du diagnostic et des solutions proposées par la France » a annoncé le ministre lors d’un point presse le 11 mars à Paris.

Le soutien de la Slovénie va permettre au ministre de défendre son plan d’action devant ses homologues de Pologne, Hongrie, Slovaquie, République Tchèque, Roumanie, Bulgarie et peut-être Autriche lors d’une réunion en amont du Conseil agriculture du 14 mars.

« La Slovénie s’est engagée à organiser cette réunion le 14 mars afin que nous puissions trouver un large consensus sur ces points » a expliqué Stéphane Le Foll.

>> Lire : Bruxelles reporte les décisions sur la crise de l’élevage

Ces nouveaux alliés viennent compléter plusieurs soutiens apportés par la Belgique, l’Espagne, l’Italie et le Portugal.  Avec l’Allemagne, la France a été jusqu’à élaborer une liste de demande commune, que les pays défendront lors du Conseil Agriculture à Bruxelles.

Crise de surproduction

Selon Paris, la crise agricole est d’une violence telle que l’UE doit apporter une réponse drastique en suspendant temporairement les règles de libre concurrence du marché intérieur grâce à l’article 222, une première au niveau européen

>>Lire : Le commissaire Hogan tente de rassurer les agriculteurs français

Dans le fait, l’activation cet article permettrait de limiter la production laitière afin de résorber les excédents. Mais provoque l’hostilité de l’Irlande, du Royaume-Uni, de la Suède et des Pays-Bas.

Aides à l’export

Au niveau international, les deux ministres ont réclamé de mesures supplémentaires d’aide à l’exportation, et plaidé pour une levée rapide de l’embargo sanitaire russe sur le porc.

Cet embargo décidé en 2014 suite à des cas de peste porcine en Europe a été maintenu depuis, sans réelle raison sanitaire.

« Nous avons 20 millions de porcs en trop en Europe dont 3 millions à cause de l’embargo sanitaire russe »  rappelle l’eurodéputé socialiste français Éric Andrieu.

La levée de l’embargo russe sur le porc,  si «  elle est soutenue par la majorité des pays européens, va nécessiter une intervention au plus haut niveau politique », prévient Stéphane Le Foll.

>>Lire : La France limite la casse face à l’embargo russe

Autre mesure défendue dans la liste demandes franco-allemande,  l’augmentation du plafond européen d’intervention pour le lait. « Cette mesure devrait permettre de maitriser la crise jusqu’à ce que nous puissions activer l’article 222 » confie un conseiller du ministre.

Ce prix minimum auquel l’UE s’engage à racheter le lait aux producteurs en mal de débouché est aujourd’hui soumis à un plafond de 109 000 tonnes par an, mais devrait être très rapidement atteint.

« En 2015, les États membres ont stocké 45 000 tonnes de laits. Sur les 3 premiers mois de l’année, nous en sommes déjà à 54 000 tonnes », affirme Stéphane Le Foll. « Et tous les pays sont touchés ».

L’Irlande, le pays du très libéral commissaire européen à l’Agriculture Phil Hogan, a stocké depuis le début de l’année 4750 tonnes de lait, contre 1800 sur toute l’année 2015. « Alors s’ils veulent me dire qu’il n’y a pas de problème de surproduction, il va falloir qu’ils aient de très bons arguments » a prévenu Stéphane Le Foll.

>> Lire : L’intervention de Bruxelles sur les marchés du lait et du porc n’enraye pas la crise

La position du commissaire à l’agriculture irrite d’ailleurs assez largement parmi les élus français. «  Phil Hogan pense qu’il faut aller chercher les marchés à l’export plutôt que de régler les problèmes du marché intérieur », regrette le député européen socialiste Jean-Paul Denanot. « Le problème de Phil Hogan c’est qu’il n’écoute rien, c’est un autiste » s’énerve l’élu.

De fait, le commissaire a largement campé sur ses positions depuis le début de la débâcle agricole, provoquant notamment l’agacement du premier ministre Manuel Valls, qui avait appelé la Commission « à prendre pleinement toutes ses responsabilités » pour ne pas rajouter aux multiples crises que traverse « une crise agricole majeure qui mettrait en cause le projet européen».

Prochaines étapes

14 mars: Conseil agriculture - Bruxelles