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03/12/2016

La mobilisation progresse contre la fusion Bayer/Monsanto

Agriculture & Alimentation

La mobilisation progresse contre la fusion Bayer/Monsanto

Le restaurant des frères Bras, signataires d'une lettre ouverte contre la fusion, à Laguiole

Des députés européens demandent à la Commission de se pencher sur la fusion Bayer Monsanto. En France, les chefs cuisiniers ont écrit une lettre ouverte contre l’agrochimie dans nos assiettes.

Une lettre signée par 55 eurodéputés a été envoyée à la Commission européenne le 22 septembre, pour faire part de l’inquiétude des élus sur la fusion Bayer/Monsanto. Envoyée par l’élue vert Michèle Rivasi, la lettre est co-signée par 54 autres élus principalement de gauche (verts, socialistes et gauche radicale).

Dans la missive, les élus soulignent que la DG Concurrence devrait rapidement s’emparer du sujet, ne serait-ce que parce que le chiffre d’affaires cumulé des deux entités dépasse largement le seuil des 5 milliards d’euros à partir duquel  les services de la Commission sont compétents : le chiffre d’affaires du nouveau géant avoisinerait les 23 milliards d’euros. Le chiffre d’affaires européen est aussi nettement plus élevé que 250 millions d’euros, et les deux sociétés sont présentes sur les mêmes marchés sur les pesticides et les graines.

La fusion concentrerait 30 % du marché des semences

Les élus s’appuient sur un rapport du Centre pour la sécurité alimentaire américain, qui avait montré, en 2013, qu’une augmentation des prix des semences serait inévitable en cas de fusion dans l’industrie. Bayer pourrait avoir la mainmise sur 30 % du marché des semences, et 24 % du marché des pesticides si l’opération a lieu. « De plus en plus de citoyens européens sont conscients du besoin d’un nouveau modèle de développement pour l’agriculture durable, et cette fusion se fera contre leur volonté » assurent les élus.

Lesquels rappellent que la Commission a déjà promis, en juin dernier, à deux eurodéputés, Sven Giegold et Martin Häusling, qu’une enquête serait ouverte sur la fusion.

Interrogée par EurActiv.fr sur le sujet, la commissaire à la concurrence, Margrethe Vestager, avait indiqué mi-septembre qu’il y avait eu une augmentation dans le niveau de concentration dans le secteur appelé « protection des plantes ». « Au niveau de la recherche et du développement, un élément très important pour le futur de l’agriculture, nous voyons aussi une concentration accrue. Nous devons garder cela en tête » avait précisé la commissaire.

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Exclusif. Margrethe Vestager, la commissaire à la concurrence, a été à la fois louée et critiquée pour l’affaire Apple en Irlande. D’après elle, l’appel renforcera la position de la Commission, qui a d’autres dossiers sur les réglementations fiscales sur le feu.

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La grande cuisine se rebelle

En France, l’annonce de la fusion entre l’allemand Bayer et l’américain Monsanto a créé un certain émoi, jusque dans les pianos de cuisine. Plusieurs grands chefs, dont Olivier Roellinger à Cancale, Yannick Alléno du Pavillon Ledoyen ou les frères Bras qui tiennent un restaurant à Laguiole en Auvergne, se sont alarmés des conséquences potentielles de ce rapprochement pour l’agriculture, et donc l’alimentation.

Dans une lettre ouverte contre l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes, les cuisiniers estiment que « ce rapprochement agrochimique constitue un danger pour nos assiettes, mais il est également une source d’inquiétude pour les paysans et les agriculteurs qui voient se limiter leur liberté de planter et cultiver telle ou telle semence. Demain, à cause des OGM, du Roundup et des différents produits chimiques sortis des usines, les diversités culturale et culturelle n’existeront plus » s’inquiètent les spécialistes du palais.

Plusieurs pétitions ont déjà été lancées pour demander la suspension de la fusion, dont l’une d’elle a rassemblé plus de 500.000 signatures. Une réaction qui s’explique aussi par les interrogations multiples suscitées par un des produits phares de Monsanto, le glyphosate, commercialisé sous la marque Round Up, et dont l’impact sur la santé humaine pose question.

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Le groupe d’experts et de représentants des 28 a de nouveau reporté sa décision sur l’autorisation du glyphosate. Probablement cancérigène, le désherbant est un perturbateur endocrinien pour la France.

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