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03/12/2016

La nouvelle PAC peine à rendre l’agriculture plus résiliente

Agriculture & Alimentation

La nouvelle PAC peine à rendre l’agriculture plus résiliente

Le parc naturel régional du Perche soutient les agriculteurs qui réduisent de moitié les produits phytosanitaires

Effective depuis début 2015, la nouvelle PAC a débarqué au milieu des crises agricoles. Si certaines mesures de verdissement semblent pouvoir soutenir le revenu des agriculteurs, d’autres enjeux comme l’emploi ou l’accès au foncier posent question.

Une crise agricole chasse l’autre. Après le vin et le porc, c’est au tour du lait et des céréales d’être à la peine. Malgré les mesures d’urgence, les revenus des agriculteurs s’effondrent : pour 2016, ils ont chuté à 354 euros pour un tiers des agriculteurs en France, selon la Mutualité agricole.

Et ce n’est pas faute d’un soutien sans relâche de l’Union européenne : la Politique Agricole Commune représente le premier poste de dépenses du budget européen, soit environ 60 milliards d’euros par an. En France, la PAC a représenté des paiements de 7,8 milliards d’euros en 2014, en plus de 525 millions d’euros consacrés à des mesures de marché pour soutenir différents secteurs en crise.

Régulièrement critiqué, l’effort financier des pays européens a été réformé en 2013, pour y intégrer des aspects environnementaux notamment, et ses règles assouplies : les États membres assument désormais de nombreux choix de répartition de l’aide, en fonction de leurs priorités.

Un verdissement à l’effet positif sur les revenus

Après quelques problèmes à l’allumage, le verdissement de la PAC commence à porter ses fruits. Certains dispositifs peuvent même avoir un impact positif sur les revenus des agriculteurs. C’est le cas des contrats de mesures agroenvironnementales et climatiques, mis en place par la PAC et cofinancé par le  FEADER.

En échange de primes à l’hectare, les agriculteurs s’engagent à repenser le fonctionnement de leur exploitation, notamment en divisant de moitié le recours aux produits phytosanitaires par rapport à la moyenne de leur département. « Ce sont surtout les jeunes qui s’engagent pour faire évoluer leur exploitation » constate-t-on au Parc Naturel du Perche, une des structures qui participe au verdissement de la PAC.

Ce que confirme Samuel, 37 ans. À la tête d’une exploitation de 80 vaches laitières dans l’Orne, il doit jongler avec un prix du lait inférieur à son coût de production. Réduire le coût des intrants et tenter de faire fonctionner son exploitation en autonomie était devenu une obsession, et la PAC l’y aide.

« J’utilisais déjà de moins en moins de produits chimiques, comme la plupart des agriculteurs. Avec le contrat agroenvironnemental, je réduis encore, et je change de pratique ».  Par exemple en semant de la moutarde entre deux cultures plutôt que d’acheter de l’engrais azoté et de désherber. Ou en favorisant le trèfle et la luzerne dans les herbages, des herbes riches en protéines qui devraient permettre de réduire les rations de maïs nécessaires en élevage. Un dispositif vertueux, mais contraignant. Trop ?

« On ne demande pas aux agriculteurs américains d’être à quatre pattes dans leurs champs pour vérifier qu’il y a bien trois variétés d’herbes nécessaires à l’obtention de la prime » ironise Jeremy Decerle, président des Jeunes Agriculteurs, qui participait à un atelier EurActiv à Paris, le 18 octobre.

L’accès aux terres et le revenu, des enjeux prioritaires

Très préoccupé par le recul de la population d’agriculteurs, qui a baissée de 50 % en France depuis 30 ans, le syndicat des Jeunes Agriculteurs demande surtout des mesures pour faciliter l’accès au foncier. Un problème crucial qui bloque souvent les agriculteurs les plus motivés, et empêche les jeunes de s’installer. Or, la situation commence à être critique : seulement 6 % des agriculteurs européens ont moins de 35 ans.

>> Lire : Les jeunes agriculteurs reprochent à la PAC de favoriser les plus vieux

« Certains pays ont imaginé des aides fiscales ou patrimoniales importantes, ça peut être une inspiration, mais c’est aux États membres d’en décider » estime Pierre Bascou, de la direction agriculture et développement rural à la Commission européenne.

Mais pour Claude Cochonneau, vice-président des Chambres d’agriculture, il faudrait pouvoir alléger les exploitations du poids de l’amortissement du capital, qui plombe les revenus surtout au démarrage. « Cette question de revenus est prioritaire. Elle entraîne de nombreux problèmes et accentue le risque de célibat », regrette l’agriculteur.

Autre mesure pour aider les jeunes et favoriser, la formation aux nouvelles technologies s’avère prioritaire. Ne serait-ce que pour avoir accès aux aides de la PAC, en définissant très précisément la taille des parcelles ou en calculant au plus juste la quantité des intrants nécessaires, les nouvelles technologies sont incontournables. La ferme d’aujourd’hui se gère à l’aide d’applications et de logiciels.

>> Lire : « Le numérique doit améliorer la productivité des exploitations agricoles »

L’agriculture connectée, innovation incontournable

Pour la gestion d’un troupeau par exemple : le logiciel Isalait permet de répertorier les vaches, de suivre leurs productions de lait et d’identifier plus facilement les problèmes de santé éventuels et les traitements ad hoc. Avec l’application, le fermier peut vérifier directement dans le champ les données de l’animal. « Entre les prévisions météo, les alertes sur les prix des veaux ou des céréales, les applis pour gérer le troupeau ou les semis sur les parcelles, on passe beaucoup de temps connecté » reconnait Samuel, qui ne quitte pas son iPhone emmailloté d’une épaisse coque de caoutchouc imperméable. La plupart de son exploitation est couverte par la 3G.

Ce qui est loin d’être le cas sur tout le territoire européen, même si le sujet est au cœur du marché unique numérique souhaité par la Commission. L’enjeu du numérique devra en tout cas être traité par la nouvelle PAC, à propos de laquelle le débat s’ouvre tout juste, notamment pour évoquer une approche assurantielle plutôt que systématique des aides, qui ne met pas tout le monde d’accord. « Il faudra aussi répondre au défi de l’emploi en agriculture » estime l’eurodéputé Eric Andrieu, auteur d’un rapport sur le sujet qui doit être voté le 25 octobre au Parlement européen.