La PAC laisse de côté les abeilles et les pollinisateurs

Les papillons faut également partie des pollinisateur en déclin. [Stock30/Shutterstock]

À l’occasion de la semaine de l’abeille, la question de l’inclusion des pollinisateurs dans la Politique Agricole Commune a été mise sur la table par les apiculteurs et les agriculteurs, qui estiment que des mesures spécifiques pourraient être mises en œuvre. 

« L’apiculture doit être reconnue comme un bien commun pour l’humanité », déclare Francesco Panella, apiculteur italien et président de Bee Life.

La protection des abeilles ne peut cependant pas se faire de manière unilatérale. C’est pourquoi les grands acteurs de la semaine de l’abeille et de la pollinisation appellent depuis plusieurs années à la création d’une plateforme d’échange entre législateurs, scientifiques, apiculteurs et agriculteurs. Cette année, l’EFSA, l’Agence européenne de sécurité des aliments, s’est engagée à faciliter la mise en place de cette plateforme.

Les abeilles meurent plus en Belgique et en France

L’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) confirme la forte mortalité des abeilles dans l’UE. La Belgique arrive en première place pour la mortalité hivernale, la France pour celle de saison.

La raréfaction des abeilles et autres pollinisateurs sauvages inquiète de plus en plus différents pans de la société, des agriculteurs aux fonctionnaires européens, en passant par les fabricants de machines agricoles. « On estime que 75 % des cultures alimentaires et 90 % des fleurs dépendent de la pollinisation », souligne Simon G. Potts, qui a participé à la rédaction d’un rapport sur la question pour l’IPBES, la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services des écosystèmes, créée dans le cadre des Nations unies.

Les causes du déclin des abeilles sont multiples et, pour la plupart connues. Le rapport de l’IPBES souligne particulièrement le changement d’affectation des sols, l’agriculture intensive dans sa forme actuelle, les pesticides et les OGM, des pratiques qu’il serait pourtant possible d’adapter à une politique de protection de la biodiversité, assure Simon G. Potts.

Comme plusieurs autres intervenants, Barbara Pesce Monteiro, directrice de la PNUD à Bruxelles, estime que l’apiculture doit être inscrite dans les objectifs de développement durable (ODD). De leur côté, les apiculteurs font remarquer qu’il serait déjà bénéfique d’inclure les abeilles à la PAC.

 

« Contrairement aux moutons, aux vaches, etc., les abeilles ne disposent d’aucune mesure spécifique dans la PAC. Il y a bien quelques références aux bandes fleuries, pour la biodiversité, mais ce n’est pas comparable », regrette Thomas Dahl, apiculteur suédois.

Le professionnel déborde d’idées pratiques pour la PAC, mais estime que les échanges à ce sujet n’ont pas été assez fournis. « On pourrait par exemple demander aux agriculteurs de faire pousser des fleurs sur les parcelles en jachère, ça ne leur coûterait pas plus cher, et les abeilles auraient de quoi se nourrir », propose-t-il.

Les maux des abeilles menacent l'agriculture

Jamais les pollinisateurs n’ont été aussi menacés, et jamais l’humanité n’a autant eu besoin d’eux. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

« La PAC nous interdit de récolter pendant l’interculture, donc on ne peut pas récolter, alors qu’on pourrait planter des cultures comme le sarrasin, ou le colza, qui nous permettraient d’avoir une récolte et qui seraient très bénéfiques pour les abeilles », assure pour sa part Francis Pestre, agriculteur en champagne, qui estime que la collaboration pourrait être fructueuse.  « Je me rends compte aujourd’hui de la problématique des apiculteurs, parce que je suis d’une région où on fait de l’agriculture intensive et industrielle »

« On pourrait aussi resemer les bords de champs et de routes, où pour l’instant il n’y a pas de fleurs pour le butinage, ou faire des jachères fleuries, avec du tournesol ou de la luzerne sur des zones qui n’ont pas de vocation agricole, puis récolter et faire de la méthanisation », poursuit-il.

Innover pour protéger

Par ailleurs, une réflexion doit s’engager sur l’adaptation des machines agricoles, un sujet qui occupe Gilles Dryancour, de l’association européenne des producteurs de machines agricoles (CEMA) depuis plusieurs années. « Il faut encourager l’innovation », plaide-t-il, afin d’adapter les comportements des agriculteurs.

On peut par exemple limiter la mortalité des abeilles en fauchant tôt le matin, ou en utilisant des drones pour pulvériser les pesticides la nuit, à l’heure où les abeilles sont dans leur ruche, explique-t-il, mentionnant également une machine récemment créée qui permet d’écarter les pollinisateurs avant le fauchage du champ. Un projet qui lui tient à cœur, puisqu’« en fonction des fleurs et de l’heure, on tue entre 9 000 et 90 000 abeilles par hectare » de terre fauché.

L’évolution de la machinerie agricole pourrait également permettre de planter côte à côte du seigle ou du blé, par exemple, et des fleurs. À l’heure actuelle, c’est déjà possible, mais la récolte différenciée pose encore problème aux robots, indique-t-il, s’empressant d’assurer qu’il ne s’agissait que d’une question de temps avant que cette technique devienne viable.

Cultures riches en nectar

« La raison de la situation actuelle est très simple : on a oublié une chose fondamentale, c’est que les fleurs sont liées à la fertilité, et c’est un péché mortel », assure pour sa part Francesco Panella, qui s’en prend ainsi aux OGM, qui ne fournissent pas nécessairement de nourriture pour les pollinisateurs. « Il faut revenir à des cultures à fleurs, et les agriculteurs qui cultivent des espèces naturelles, bénéfiques aux abeilles devraient être encouragés dans la cadre de la PAC. »

Etienne Bruneau, responsable « Miel » de la Copa-Cogeca, estime également qu’il est essentiel de favoriser les espèces mellifères, comme le colza, qui pourrait en outre être utilisé comme carburant pour les machines agricoles, ou les cultures protéinées, généralement bénéfiques aux pollinisateurs. D’autant plus que la superficie des prairies fleuries s’est rétrécie comme peau de chagrin ces dernières années.

Les eurodéputés interdisent les pesticides sur les surfaces d’intérêt écologique

Le 14 juin, le Parlement européen a adopté de peu l’interdiction d’utilisation des pesticides sur les terrains désignés d’« intérêt écologique ». Les groupes de protection de l’environnement appelle l’UE à changer le processus de décision lié à sa politique agricole.

 

 

 

Contexte

Depuis 2012, une semaine de l’abeille et de la pollinisation, la « Bee week » est organisée tous les ans au Parlement européen et rassemble eurodéputés, apiculteurs, vétérinaires, scientifiques, industrie agroalimentaire, ONG et représentants de la Commission et du Conseil. Ensemble, ces acteurs débattent de biodiversité et de la durabilité des services de pollinisation, dont dépend notamment le secteur agricole.